Échecs

à Sihem.

Soliloque

il me revient ton image radieuse que je touche, ses aspérités sont mon chemin, combien seul sur une terre étrangère et dans le noir de ce jardin…

tu n’as jamais cesser de m’aimer à chaque grand virage, sur les tours de garde et devant les âges. notre relation aussi brève qu’elle fut été intense, rare et sublime…

je peux sentir tes bras autour de mon cou, c’est de tes gestes, tes lèvres accueillantes… je te pleure, mon amour perdu ! je me laisserai tomber dans l’œil du silence, une perle qui coulerait à jamais…

je lis à l’instant la nature de tes imitations, comme croire qu’il est difficile de construire sur le long terme. toi, tu es étonnamment une femme, dont j’admirais plus que tout la conformation astrale…

te souviens-tu des arbres que l’on capturait en photo, les grilles hérissées de pics et le parc ? j’y suis aussi fantasque qu’au cœur des nues, une source de calme et de régénération…

à Zoubida.

Qu’importe si je te vois comme mon amoureux

il avait de l’honneur et quelque chose de l’empêché, un sombre cœur. il voyait la soif des routes marchandes et les vents sonores jointement, ses yeux inoubliables cherchaient le renouveau d’Alger…

il rêvait d’une union de la parole, et ses factions n’étaient que les hautes échelles à gravir. il se présentait quelquefois comme tailleur de pierre, s’attelant au granite des consciences…

il plaisait aux femmes selon les dires de ses proches qui en témoignent, surtout son petit côté voyou. il était coiffé d’une casquette bleue recouvrant ses cheveux noirs mêlés de gris…

il aimait la compagnie des bateaux amarrés paisiblement, sur les quais ou à la Pérouse sous un ciel voilé. il remontait les lendemains en jouant avec l’aube entre ses bras…

la bouteille d’Ali La Pointe ne le noyait pas, porté comme un bouchon sur les peines des amours perdus. debout, il contemplait la baie avant l’orage comme un berger…

à Wissam.

La mort de Willem

je veux extraire et rendre des essences, ou me taire comme ceci :

il y a ceux qui se consument comme une chandelle, à moitié conscient de ce qui crève les yeux, d’autres ne sont que les pantins de la folie, et qui tuent…

il y a des jours sans pareil miroir, – dévorez-vous les uns les autres ! je suis innocent, mon cœur douloureusement en peine, de la si pauvre âme partie…

il y a que la vie est un coup de couteau, accepté résolument en pleine poitrine et s’éteint d’une mort seulette, comme un vendeur à la sauvette…

il y a que la tristesse originelle de Kâbîl est sans limite, que l’on doit en finir de trop s’achever soi-même. je n’ai plus de visage pour vous mes amis, tout est à la cendre étalée…

il y a sous le bleu du ciel de Tizi-Ouzou, un air toujours bleu et de vieilles outrances… ! je souhaite seulement être là-bas, de l’autre côté du réel…

Savonneuse brume à pétrole

trop tard et dans les saisons coulait un nectar, la vie était belle… enfin, tizi-ouza ! un vent de printemps parfumé de saligauds et de machines à l’huile…

l’hiver où allaient les hirondelles fidèles à nos rues, des gorges blanches qui virevoltaient au ras du sol ? c’étaient nos matins de caramel, mes voisins respiraient sous les velours troués…

te souviens-tu de ces couleurs, non seulement de leurs nuances, comme les roses de l’émeute, mais aussi la rose rébellion, celle qui ferait d’une ville un guêpier, une savonneuse brume à pétrole…

je frictionnais avec la voix d’un seul chantre, qui me liait à la lignée des exilés. il me semblait que tout était instable et confus, un grabuge derrière nos échos…

il faisait doux dans mon cœur, ses raisons d’y croire en étaient absentes. il faisait bon vivre parfois dans mon quartier, lorsqu’une fraicheur à l’aube retombait, comme un souvenir luisant…

Sensations

l’atmosphère de moisie qui nous magnifiait, le bleu-noir du ciel, les étoiles, ta peau, je m’en souviens: comme de ta voiture rouge métallique, une zx de 1991…

toi, tu te tenais juste à côté, tes dessous d’habits baissés… elles filaient en demi-teinte ces punaises, de vraies bêtes théâtrales. elles mouraient autant les grands soirs de fête, les nôtres…

elles brillaient pour toi seule, cette nuit d’été de l’acte bréviaire, – tu les reconnais ces soirs d’été ? où chacun avait son dôme. tu l’avais bien comprise cette substantifique moelle…

nous rêvions à demi-mot nos nuits désordonnées, les algues et le parfum de la berge siliconée, etc. tu filais entre mes mains vers les rives baltique, mais je t’attendais ! même si…

je sentais déjà les prémisses d’une nouvelle déchéance. je me baladais avec ton visage urbain, comme un délit ! une valise entre mes jambes et près de moi, ton esprit qui criait à la cavalcade…

c’était juste des météorites

c’était juste une étoile filante

c’était l’histoire d’un poisson combattant

À rebours de l’hiver

ils rentrent au port inquiet, une cloche retentit entre les poteaux de fumés. la lune est pleine et s’est éteinte pour un temps. j’écoute avec l’œil du cœur l’espoir luire et ne me quitte jamais…

ils sont ivres de sel, de paysage et de vent, leur soute d’hiver est pleine de cotons cueilli à Skikda. ils gardent un mauvais souvenir de cette ville aux péripéties prophétiques…

je revois les visages des marins sortis tout droit d’un Goya, les contours des corps rivalisent de promesses inachevées, – des olympiens à la pointe des mauves ! 

je reste stone sur les quais de bois et dans un froid brouillard, avec l’espoir qu’un jour je connaîtrais cette paix durable intérieure dans la marche. chaine frêle d’ici et d’ailleurs… , – dois-je expier ?

sur le pont du bateau amarré, ils s’affairent et chantent dans une langue étrangère. un tout dont un je ne sais quoi qui revigore leurs survies :

A nous, à nous le bel horizon

Nous sommes des baleiniers

Ma Fatou est chez l’aumônier

Ali Alo voilà le harpon !

A nous, à nous Dublin ! 

… , etc.

Béat comme…

béat comme une incantation à Bacchus, qui exhorte l’univers d’un Guéridon, – n’est-elle pas belle, un chaos ? elle présage les sèves qui valent autant qu’un fifre, s’approchant de la gaieté des trèfles…

les atours qui envoûtent, bariolés, ne sont que les signes enjoliveurs, les bois d’un bec, comme ceux des virevoltants. sans racine, ses ongles pénètrent ma chair de fauve, inondent mes balbutiements…

je fugue parmi ses cavités, fébrile, mon arc est jalonné. les liqueurs du sconse sont vapeurs et benjoins, ils emportèrent mon repos. je tends vers son cou, embrasant, sa jugulaire bat fort…

je la soulève comme tambour, trempette et timbale ! une ordalie, lorsque ce n’est que loi. rivale de la lune, ses morsures m’aiguillent, me maillent, balafres de ses lueurs, le versant de son esquisse…

je fixe ses amendes, guirlandes de coton, etc. les arabesques de nos caresses s’allongent…, éclairs ! effrayé, l’ascension de son corps me semble double, si incertain comme au crépuscule…

Je n’étais au fond…

je n’étais au fond que ton amant qui se dépréciait, s’affichait de ses lutineries. un coffret enfermant une salubre mort, – comme était salivante la Marseillaise, salivante était ta mémoire. du sang…

je heurtais le lointain de ton pays jamais arpenté, un rivage tracté par tant de tes visions, un passionné de remords enfilés comme une cagoule. il me restait ton absence…

derrière les rideaux épais, tu criais mon nom et le ciel rougissait, mon amour, ma louve ! je croyais que le soleil m’oublierait, me laissant à mes anciennes abstractions. saoule, mon âme se desséchait…

j’écrivais encore, encore sur mes plaquettes de beurre, boulinant ! j’avançais par petites touches, un exilé voyageait. c’était le parfum des cageots de melons, les bleus parasols, les corps s’offrants…

le visage paisible, mon cousin dort sur le lit à côté, est-ce son rêve que je devine ? à quoi bon le réveiller pour se raconter ! un moment d’extrême doute, de fer…

On aurait dû aller à Vérone 

qu’est-ce qu’il l’enchantait, où cela raillait, l’itinérance ou plutôt l’irréalité de nos échanges, comme les vrais soirs de Sainte Marie, de marbre était sa silhouette ! c’était notre dernière saison…

j’observais en silence mon éternel retour, à travers les routes sinueuses de la vallée… son corps, ses rêves et ses effluves distingués, une découverte ! je ne la nommais qu’en de rares occasions…

je la voyais d’une humeur parfois vagabonde, comme sa solitude que nous partagions. nous étions sur l’herbe des heures durant, presqu’iles lointaines, désentravées. elle était jolie et me choisissait…

elle avait dans le cœur l’automne, sa bannière était les comètes et planètes qui voguaient. elle chantonnait avec la radio, changeant de station comme les sauts d’une sauterelle…

je quittais son rêve de porcelaine avec précaution, faisant de cet instrument mon bonheur. je me revoyais rêver près d’elle, non, vraiment pas très loin d’ici ! elle était ma Philomèle en rossignol…

Et puis, le dernier

je revois sur le net des vidéos idiotes d’amis qui se font leurs blagues, parmi tant d’autres ! tout me revient comme une farce. je n’envisage que l’inimaginable, déjà entrevu…

je n’arrive plus à fermer mes yeux sans qu’ils me visitent, tous. comment déterrer d’autres joyaux pour m’en sortir quitte, libre de voyager sans croiser personne, libre de rentrer…

j’intercale vos particularités avec nos adieux, plus précisément de ma vie seconde. il reste le sol sous mes pas, comme il y a nos traces ! tant d’êtres chéris ont disparus…

j’approche à peine puisqu’ils sont désireux de me fréquenter, rien que pour me précipiter aussi tôt dans un tombeau. les adeptes de la gagne, soi-disant frères d’autrefois…

ô vieux malards, n’entendez-vous pas l’hallali ! la même langue qui nous divise, celle qui vient fendra vos oreilles ! à qui vais-je en vouloir ? sinon à Dieu…

L’un ou l’autre hante

je reviens au parc… , je lis entre les spectres qui passent, sans la menace ! le livre parle à présent du style en littérature et d’analphabétisme, de géométrie sans espace. je ne comprends pas bien…

je me dirige pour uriner vers les toilettes et sur le chemin ton nom me revient, comme une gap, – il n’y a de public que les urinoirs. je songe à rentrer en bifurquant par la fête foraine et l’odeur du sucre

je parcours la ville en me livrant à mes souvenirs, quoique tout à changer… ton image m’enveloppe comme du vernis sur les pierres, une poussière dans les yeux qui tombe…

je prends le tramway sur la trame de ce poème, – il y a tant de visages qui me peinent au cœur ! il en reste qu’un chemin entre nous était possible, rien qu’entraperçu…

je ne joue plus, si tenter qu’un autre jour mon destin m’y mêlait ! je ne suis pas heureux…

Obscure jeunesse

une histoire tournait en quelques ersatz, un bloc désaffecté, – étais-je dévolu à cette autre chose :

j’aurais tout fait pour quelques-uns de tes mots sur un bout de papier, l’un de tes sourires que je reconnaissais parfois sur mon visage. je me demandais où j’en étais, de ton secours, ton empreinte…

tu m’aimais comme un soleil, une étreinte… de quoi s’alimentait mon amour pour toi ? je ne le fuyais en rien. je n’y touchais plus, pas de cailloux ! je n’étais que mon poids d’écailles, sinon un clown…

je ne saurais d’avantage sur les entailles de mon cœur à chaque détour et abandon. tu étais au-dessus. tu étais la nuit aussi, comme Leila. au quartier, je manquais ! je ne retenais que les bémols…

je te pourchassais dans mes rêves, comme un trappeur, arpentant tes cols ! je me souvenais d’un éconduit qui jouait l’été au piano, agrippait son destin, alertait sur ses orages…

je laissais fondre ton grain dans ma bouche, mon quart de pomme se recroquevillait, et mes yeux de merle, mes trains de fumée, mon singe à cymbales… nul n’y contrebalançait. et puis, houle !

deux âmes se faufilaient derrière ces poèmes

sans doute plus…

une algérienne, une française

elle étaient la même : une Eve

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