Les cloches

nous-sommes assis sur un divan, un divan éméché et mauve. nous sentons la fin de soirée. vous portez encore votre écharpe noire et de coton autour du cou, votre long cou… !

mes doigts jouent délicatement avec un billet bleu plié trois fois, c’est comme un instant dans la vie d’un homme qui me paraît sans fin. il est pour nous seuls ce billet que je m’avoue

plus tôt dans la journée, nous étions d’humeur suicidaire, nous ne le cachions plus. vous aviez la même expression du visage à celle des jours exécrables, parce que j’ai trouvé la perle

nous-sommes dans ce bar au coin de la rue Triangulaire

nous humions en marchant des pastels les bras croisés

Une trachée de marbre

La petite géographie de l’univers

Féminins

il y a de la poussière partout sur les meubles, les affiches de cinéma les dos blancs face aux murs et sur des oiseaux flous que nous peinons à reconnaître

nous buvons à la santé de tous, nous chantons le cœur plein, nous fumons l’herbe du Maghreb en écoutant un tam-tam historique, une loi lointaine, de vieilles rengaines qui font corps mystique 

très peu savent qu’ils sont encore en vie, tous portent une seconde peau de circonstance et surtout des masques, je trouve que c’est bien un masque !

les nuits glissent sur nous et quelque part nous pénètrent

comme une eau verte souvent désirée

je-sors-les-voiles-de-face-sur-la-proue-en-improvisant-un-maintien-de-biquet-je-me-rends-compte-très-vite-qu’-avec-vous-je-n’ai-rien-d’-un-marin… !   

nous nous exerçons au jeu de la voix me gagne la voix me perd dans un état d’esprit de samouraïs, même si nous n’avons aucune tête à couper

je mords votre oreille tout en expulsant des mots de jalousie extrême. vous restez de marbre, un brin hautaine, à d’autres vous offrez votre sein fécond

je me retire et me déverse sur le sol tout en laissant derrière moi, comme des petites écorchures de sable rouge sur votre lobe droit

les étoiles donnent du relief à nos nuits

nous virevoltons les restes d’un ciel d’azur

L’acte de foi poétique

Couronné pour la nuit par le pelage

D’un chat

nous nous lassons même des films japonais… !


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