Cuirasse

À Hania.

certains soirs de gaie mélancolie et avant de m’endormir, je joue avec le rebord en bois de ma table de chevet, vernis et froid au toucher

oh Dieu faite que j’aime encore !

je tombe dans un état qui ne possède aucune chute ou scaphandre. un gouffre peut-être qui espère: un coucher de soleil sombre dans les lointains… etc.

je repasse en revue toutes les vies intérieures et entrevues, comme une mise à distance que j’assemble bout à bout. face à une sorte de néant, je m’aperçois que ma vie est un territoire inoccupé

je savoure les instants éternels très rares

comme une coquille ensablée

la fin d’un amour

un baiser offert dans le vent

senteurs du Rif

comme après chaque soir je revisite en solitaire les mémorables siècles, je revois et estime la dette contracté envers les auteurs que je relis et que j’admire 

je ronge la peau de mes ongles pour m’en extraire, le chantier de mon anxiété ne s’étanche qu’à la vue du sang. je serre alors les poings pour m’habituer à la brûlure

les nuits m’avalent par ailleurs et le fruit de leurs entrailles n’est que tromperie et laideur, je ne remarque la fin de mes turpitudes qu’au lever du soleil, même si le vieux soleil ne résout pas tout

même dans les plus noirs songes

j’erre parmi les étoiles

les liens virtuels

une feuille a la légèreté

d’une colombe

je céderais un jour volontiers le passage aux hommes, les bêtes et les casseroles semblables à des virevoltants. peut-être que les nuits daigneraient adoucir mes indignations

je rejoindrais ma maison seul et tranquille, bien après que les mots désertés ne laisseraient que mes os, au même titre que les drapeaux au ralenti

je déposerais mes ailes encore tièdes sur des feuilles pour expier les fautes de mes semblables. la vie est dure ici-bas, mille pardons…! je danse sur mes pieds de chaman

la cérémonie ne fait que commencer

comme un long détour dans les grands fonds

ciel de midi

la lune lézarde son quart

au soleil

est-ce que c’est la fin qui recommence, s’éternise de volupté. ô l’obscure condamné ! les fins par milliers échouent sur les rives de ton cœur incompris, que le vent les emporte aussi loin que les lointains paradis… !

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