L’édredon rouillé est humide

À Hadjel.

1/3

il me faut rentrer à la maison, c’est là-bas sous l’ombre que j’ai déposé mon crâne rempli d’eau d’un puits. il n’a rien du brouillard ou peut-être que ma vision se trouble.

j’essuie les effets d’une disparition dans mon miroir, il neige ce matin sur mes yeux ! je me démène de l’instant qui me décolle, la radio diffuse une onde inadaptée.

j’ai mis un sous-scellé à une comète anti-âge, depuis son passage mes relations invétérées se ressemblent. je démystifie mes amours, combien factuels, courts.

je n’en peux plus des remontrances par éclipse

je me démobilise de mes attraits

il y a cette chose dans l’œil bleu d’un vieux notable, à peine perceptible par un novice ! je ne peux l’exprimer sans affects et qui semble parler de résignation, de survivance.

je prédispose d’une éternité sans me décider au mensonge, seule la conscience d’un oublié exhume ! j’ai vu hier la pisseuse d’un mal logé, puisqu’il faut tout quantifier.

je bois un café et mes pensées se veulent sans entraves, tout semble tressé et rien n’est à sa place ! j’avale mes pâteuses chandelles, une syncope.

le moins loti de tous

j’observe les échappées du regard

mon cœur est dix fois plus léger que mes yeux, dix fois est peut-être trop, ou peu… ! il pleut cet après-midi sur la salle de concert, l’étoile danse avec un piano d’ivoire.

j’aime la vie des artistes !

j’accueille l’écueil en mon for intérieur, comme un navire qui traverse les intempéries et sombre ! les bonnes amitiés me sont navrantes, irréprochables, sans sel.

je passe par les mots comme une entorse, une autre manière de s’entendre, pour une autre poésie ! je n’entrevois aucune issue, mon regard se fige sur l’asphalte.

il faut que je rentre à la maison

je reste un dérivé de mes semblables

chanvre indien et chèvre du bon diable

je respecte les vieilles coutumes         

le nouveau soleil est un miel que je tartine avec mes doigts

pour la saison humide, chantez ! chantez ! chantez !

( comme chez la boulangère à la queue leu leu ! )

de révélation à révélation

ils ne feront jamais le poids

2/3

je savoure les histoires des anciens et la superstition qui règne, à chaque fuite de mon âme, à chaque coin d’ rue que j’arpente en la bénissant.

je butine amèrement sur le talus, un peu plus ! la pâte est rarement cuite,- elle a semée, elle a semée… à travers moi ! elle éclore dans ma sobre poitrine.

je m’aventure là où il n’y a personne de reconnaissable, un divan m’attend ! j’envisage à la place des immeubles le Djurdjura, les herbes de Sidi Ali Bouneb… etc.

un flash : un petit slip avec un soleil imprimé dessus

le manque d’un cœur qui nous sert fort

je m’engage dans la rue Saint Rémi en tournant à gauche, j’arrive dans une cour éclairée de bougies et de ma main, je goûte à la fontaine et la température.

j’hallucine les sourires des filles qui pourraient m’offrir un baiser pour mes vacances comme dans les romans, une quille a toujours froid aux jambes.

mon dieu faite que je me dépouille de cette enveloppe, une fois pour tous les ciels, une fois pour toutes les apparitions ! je longe les quais le visage face au vent.

je marche seul !

comme un miracle des siècles passés et futurs

les bourgeons blancs sur le fleuve creusent le courant à l’infini

j’ai un ciel spongieux comme unique drap et un flot ainsi qu’une cousine, j’ai cru voir dans ses yeux des papillons en souffrance et de la défiance nue que je lui cède.

il importe peu leurs couleurs !

il y a l’autre avec son rebondi de française après son expérience du soleil levant et mes trois mille caresses,- pourquoi me persuader d’autant d’abnégation ?

je m’asphyxiais de nos divergences que chacun concevait en silence, il ne restait que l’amour qui se donnait en spectacle. il ne suffisait plus à lui seul, une couverture !

je ne pleure que de moi !

les nuits amarantes s’opposent aux doutes

les amantes se courbent !

Dieu a su la contemporanéité

Dieu a pourvu notre contemporanéité

on s’est fait Amour 

est-ce que cela a duré seulement un instant ?

parce qu’on a parlé d’avenir 

parce que… etc.

Dieu est contemporain 

Dieu est notre contemporain

plus que la mort le sacrifice !

moins que la mort le sacrifice !

je ne sais pas résoudre les conflits

le poème est volé

3/3

je feuillette depuis la rupture la culture incessible qui nourrissait ma moelle, même si cette petite collection m’inculpe ! j’aime sa fragilité, une rencontre.

je me retrouve à Gambetta, il est cinq heures 24, la place est aussi vide que les parages de Houellebecq, ah… peut-être pas, une ombre s’y glisse !

j’aime les oiseaux qui piaffent la nuit comme pour dire la fête n’est pas finie, qu’il reste un bout de mèche à consumer ! je prends la pleine mesure des conséquences.

je défile de toi

l’insensé du décoffrage

l’ombre d’un errant

donne à un escalier en pierre  

une allure de givre

je me décuple stupéfait sur une terre qui traîne mes souvenirs, tous par les yeux me sont vernis. je n’aperçois jamais un couple sans le tocsin de l’errance.

j’éprouve une étrangeté envers moi-même, une étrangeté face à l’humanité ! toutes les ombres ne sont pas menaçantes, à craindre ! je me méfie des zéniths du soleil.

je joue de la faille qui me permet l’accès, des déséquilibres qui m’arrachent du sol… etc. je me baigne et effrontément parmi les dieux. je me purifie.

je noie mes chagrins dans un verre

un whisky irlandais qui sent l’écorce des oliviers

je longe les alentours des cimetières pour atteindre la page blanche, un sauvage qui jonche ! je peux finir de me promener, finir… me revient le goût de l’irréalisation.

j’ai soif de mes catastrophes à venir, mes doigts sont morts, comme les nôtres, les étrangers… etc. il faut décompter ! une note feinte qui clôture l’arc de la nuit.

je me souviens d’une bassine d’eau rempli de petites olives noires, ma bouche par ailleurs n’aime pas le goût des olives ! mais cela m’emplit d’une réserve de jours.

je marche pour le baume des mots

tout mon corps en ceci repose et écrit

j’ai oublié ma maison

j’ai oublié mes amis et mes amours

j’ai oublié ce que c’était la vie, la vie des dieux

il m’apparaît clairement que cette façon de percevoir et d’être au monde est quelque chose de poétique

pour sûr, je suis un corbeau qui a soif

je surplombe les domaines sans éclats, les corbeaux ont droit de cité

les semelles coursent les jours du bain

il faut s’attendre à du granite et à la roche de fondre

j’ai parfois l’impression d’esthétiser la misère de ma condition, alors que j’essaie simplement d’être au plus prés… !

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