Nous sommes fatigués

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nous sommes fatigués de somnoler,- de courir à perdre pied,- de marcher,- de se lever avec nos fragilités,- de s’habiller de nos voix de ténor,- de remettre ça.

de descendre pour ensuite remonter,- de se tenir,- de tenir les murs,- de chausser nos chaussures neuves,- de se barber,- de redormir pour l’éternité.

de brider nos voix,- de discourir en fou,- de se voiler la face,- de fleurer en duel,- d’injurier sans crachas,- de subir nos désarrois,- de se taire et d’oublier.

je crois à la magie des verbes

les échelons qui m’amènent à cet instant

je-suis-content-des-fleuves-qui-créent-les-courants-le-soleil-source-se-lève-à-la-même-heure-et-je-n’-y-peux-rien-à-savoir-qu’-un-poète-peut-toujours-peut-toujours

de suivre nos chances,- de se rehausser de vivre,- de vivre de vous,- de départir vos exploits,- de feindre que l’on vous a compris,- de procrastiner nos démons.

de se réinventer à l’infini,- de nous lire aveuglement,- de poétiser l’arc-en-ciel,- de travailler nos destins,- de piailler sans écho,- de performer le sang.

nous sommes fatigués d’intellectualiser,- de produire l’inactuel,- de corriger et repasser de nouveau,- de s’allonger sur vos divans,- de commercer les rapines.

j’entends perdre à tous les rendez-vous

les verbes comptent double dans une défaite

VENTS… ! VENTS… ! VENTS… !

Il/Elle : tu connaîtras l’éternité

A : comment le sentir et où ?

Il/Elle : tu partiras sans tes dents

A : est-ce que tu me condamnes à la solitude, le silence ?

de creuser nos tombes,- de se brosser et de plaire,- de déguiser nos vérités,- de se masquer,- de sourire à nos vanités,- de calligraphier nos peurs.

d’empiler les lendemains,- de déchanter,- de zipper un lot commun,- de ne plus se reconnaître,- de ne plus rien vouloir,- d’erroner le juste posé.

d’harmoniser nos désordres,- de se détacher de tout,- de souiller nos lieux et coutumes,- de changer d’avis sur les êtres,- de nommer lorsqu’il s’agit que d’un regard.

je vague pour ne rien céder à l’amertume

les verbes voguent d’une mémoire à une autre

une journée de grève

je fracasse les billes en verre

de ma bourse 

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nous sommes fatigués de s’aimer,- de toucher des bouts des doigts,- d’embrasser à pleine bouche,- d’embraser nos mots,- de humer vos parfums saturés.

de lécher,- de jouir à couvert,- de rentrer et de sortir,- de se réchauffer et de se refroidir,- d’affranchir nos âmes frileuses,- de contempler l’azur de nos corps.

d’érotiser nos conversations,- de procréer les ingratitudes,- de juger sans marteau,- de reprocher se qu’on essuie chez nous,- de parler et tout dire.

je m’abandonne à la force de parler

les verbes englobent le silence sans promiscuité

comme-à-chaque-fois-je-me-retourne-si près-de-la-sortie-et-si-mes-rivières-pour-elles-se-sont-taries-je-n’-en-veux-qu’-à-moi-même-nous-deux-était-si-beau-dommage-dommage

de bifurquer en dehors,- de pleurer des ruisseaux,- de chuchoter nos ébats,- de couler sans le souffle,- nous sommes fatigués de faire l’amour.

de sourire de nos disettes,- de déjeuner,- de déféquer puisque l’homme l’a choisi,- de boire que de l’eau de javel,- d’écouter et ne rien entendre,- de vous vomir.

de tousser du miel de revanche,- de se gratter même si c’est une bénédiction,- de ronfler sous vos draps,- de fouiner dans tous les recoins,- de jouir une dernière fois.

je noie les frustrations de la chair étouffée

elles ont du plomb dans l’estomac

– TIC-TIC… ! TIC-TIC… ! TIC-TIC… !

F : à quoi tu penses, mon amour ?

A : je pense à la rue et aux énergumènes qui la peuplent

F : … et maintenant, dis-moi à quoi tu penses ?

A : je pense aux insuffisances de notre lit

F : … et maintenant, une dernière fois ?

A : je pense à l’orage qu’est ta personne

F : tu veux bien laisser, je finirai demain incha’allah !

A : je sors faire un tour

de partir et ne plus revenir,- de promettre sur nos détériorations,- d’appeler en masqué,- d’échapper à nos conflits,- de s’empiffrer de vos cosmétiques.

de se connecter à qui vampirisera l’autre,- de se virtualiser avec des histoires souhaitées,- de chatter avec les idiotes,- de faxer les avalanches de sons.

de décrocher fâché,- de raccrocher sans réponse,- de bredouiller sur rien,- de photographier nos sexes,- de twitter sauf si on est intéressé. de se ramifier.

j’entrechoque chaque mot qui est une boule à facettes

comme la perle Amour

les nuits se font harem

transcendé par mes souvenirs

et le temps

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nous sommes fatigués des hauts et des bas dans la foi,- de ne jamais voir la nudité,- de patienter sans être un patient,- d’acter nos intuitions.

de pécher par timidité,- de reprendre lorsque rien n’est donné,- d’aumôner au plus fort,- de réinitialiser,- de sentimentaliser,- de mentir par excès.

nous sommes fatigués de porter des fruits prêtés,- de parier nos âmes sans rachat,- de juxtaposer nos réalités,- rien ni personne ne pardonne l’aisance.

je reste le jongleur sans torches de feu

le poète joue des verbes glanés

même-si-ce-vain-monde-échappe-de-l’-apocalypse-grâce-à-une-poignée-d’-hommes-qui-prient-je-ne-les-salue-pas-de-toute-éternité-mais-à-une-échelle-moindre-j’enfante-pour-chacun-d’-eux

nous sommes fatigués de bénir,- de croire et de ne pas croire,- de prier les gens que l’on ne connaît pas,- de se purifier,- de guérir de la bonne santé.

de chuter sans parachute,- de se convaincre d’un pardon,- de s’ailler,- de sacraliser,- d’amourer nos incapacités,- d’invoquer pour nos morts,- seul Dieu m’en est témoin.

de conjuguer entre les paroisses,- de jeûner les jours de plaine lune,- d’ajourner nos délibérations,- de mourir à nos croyances,- d’admirer les prophéties.

– C’EST L’HEURE… ! C’EST L’HEURE… ! C’EST L’HEURE… !

A : pourquoi cet insensé dit qu’il est l’heure ?

R : je crois qu’il parle d’apocalypse

A : monsieur c’est l’heure, espèce de fou !

R : ces gens ont des choses à raconter

A : sans blague… il n’y échappera pas lui aussi !

R : tu vois tous ces câbles reliés, ils vont et viennent de quelque part  

A : je veux bien savoir… quel temps il fait demain, tu sais monsieur… ?

R : tu as quoi de prévu ? ne lui prête plus attention… !

d’orchestrer nos ablutions,- d’attendre nos enfers et nos paradis,- de se savoir à l’abri,- de ne pas se sentir à la hauteur,- de cheminer vers un but incertain.

de recenser le bien et le mal,- de se noyer dans le bleu,- de se proclamer autodafé,- de dévisager les ciels étoilés,- de fourmilier,- d’épingler nos idoles.

nous somme fatigués à la fin de se décomposer,- de se putrifier,- de caresser la matière,- de traverser,- de soumissionner nos vies en totale perte.

nous savons toujours allées

Dieu l’a voulu ainsi

trois jours monotones

je savoure l’Écrire des verbes

qui me aèrent