De zéro à onze

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accroche toi, rajuste tes ailes, cible le jour, endure

tes nuits, etc. les pôles s’entrecroisent

une histoire au flanc des dunes, un désert, joue avec les vents

réinvente des tempêtes, etc. on aurait dit un climat tropical

vol au-dessus des lignes, ne trébuche pas, une paire de basket

blanche, une paire sans lacets imbibée de sang

un départ, une pause, un revers

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je n’ai jamais trouvé de liens entre une chenille, les étoiles et nous

qui observons cela, un peu ahuris

j’aime te parler encore un peu de notre présence au monde

du don de la vie, de nos premiers cris…

il aurait fallu que tu me quittes pour accepter mon étrangeté

mes hors limites, etc. un pardon se niche là

tu es l’autre continent, tu es le verre de lait

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je rêve de lunes d’argent et de sahara, plus brûlants que le métal. parfois

un clairon s’entend, parfois les bois ! c’est d’une faille que j’arrive

je sors de la tourmente, ignoré par la mort, comme passer

par la faim. les plus illustres sont passés en versant leur sang noir

trois cartes, j’espère une quinte d’os sur les braises

en amont de mon amour, au creux de ma main

une rature, une frondaison, un délit

4/11

les bancs publics définissent ton rang social, parlent de tes états

d’âme, etc. les clodos même ne s’y assoient plus

ton corps s’est tellement reposé sur leurs sièges que cela te rend

inquiétant, plus que la course à l’hécatombe

tu ne sais d’où te vient le besoin de les fréquenter, de laisser couler

absent de toi même à l’écoute du vent et les arbres

un banc, une conversation, une fenêtre

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je range mes photos comme de l’artilleries, une échappée des

choses véhiculés. je me les figure jaunies, une colle

mes proches s’efforcent à m’éloigner de la poésie, comme au

début de mes tentatives. ils me tiennent dans l’ignorance

les justifier peut m’apparenter à un leurre, si c’est pour me

préserver. parce qu’au fond, cela produit l’inverse

un visage, une absence, un podium

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je trébuche à chaque palier de mon errance, sorti à peine du sommeil

de l’oubli. oh, quel malaise !

je transpose mon cœur sur la réalité, rien ne me permet

d’explorer mes horizons, une réserve

je revois l’adolescent au visage triste et qui sourit

honnête, désireux de s’endormir sur son foyer de la mélancolie

la vie m’aurait fait grandir, la mort m’aurait fait guérir

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je touchais un peu à mon mektoub au sahara, mes yeux

exprimaient le feu, une soif sans vie, insoutenable

je bougeais par mes choix les lignes de mes proches

cyclique cellule. je terminais troublé

c’était une main très vague, quelques feuilles sur les dunes

comme un éclair. écrire dès lors était un ancrage

une anomalie s’était révélée, une décharge s’était échappée

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dur de passer à travers Nedjma, un roman écrit à deux

mains, cela me calme comme un glaçon

il faut reconsidérer cet ovni et les contributions des ses auteurs

que l’on reparle encore et toujours, pour la postérité

Kateb Y. prenait des notes sur des cahiers avant sa

disparition. je souhaite jeter un coup d’œil et réécrire avec le barde

une expérience, un manque, un appel

9/11

selon la représentation que tu fais du fruit de la connaissance, pomme ou

poire, etc. à un détail près, cela parle de ton courant poétique

les fruits à part les manger, les sexualiser, les laisser pourrir sur un

plateau, etc. on peut les peindre et rentrer dedans, bien dedans

être le fruit au goût de miel pour l’amant, la maitresse

le vent du nord, le mistral, une planche

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je commence à me sentir en phase avec mes propositions

quelque chose d’un fleuret, qu’il me faut déjà creuser davantage

je transcris une poésie qui me travaille, – pourquoi donc est-ce

ainsi ? revivre peut-être une seconde fois, une gratitude

les nœuds, flottements, sont communément les plus authentiques

à transmettre. une incrédible douceur

un capharnaüm, un catafalque, une rançon

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je voyais parfois des formes avant de m’endormir, peu bruyantes et

imperméables au temps, mais surtout éveillées

je ne les rattachais à aucune vérité, elles tombaient, impactantes

immédiates. elles avaient une tonalité dramatique, leurs propres couleurs

je les considérais selon mon état d’esprit, l’intensité du moment qui

me prédisposait à les recevoir. elles cousaient dans les parages

une nuit, une attention, une façon

Esprits, corps et âmes

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j’allume, j’étreins… c’est toujours moi ! la lampe du bureau fatigue mes yeux, une veille artificielle précédé d’un jour comme un ciel d’été, quinteux.

je repense à mes amis qui ne m’ont pas appris à panser mes maux, à faire mon deuil, où sont ceux que j’aimais ? je les tuerai pour m’avoir laissé loin de leur aura.

— un tel, dommage… il avait un énorme potentiel ! dommage ! il me devait des sous, et puis sans être trop regardant, je tournais la tête vers l’horizon de mon cœur.

je renonçais à tous les univers qui s’offraient, s’annulaient, etc. je n’avais peut-être pas assez de hauteur, ni de mérite. je comprenais vite.

je cherchais dans mon enfance un baume, sans m’attarder sur la primeur de ses affects, comme un malheureux malentendu, une supercherie, annonçant l’avènement d’une chaotique histoire. 

— je rentrais perdu dans la céleste cité avec mes parchemins, mon baluchon et mes loques. toutes mes lectures et mes poux m’y diriger.

je sais ton cœur en n’espérant plus de tes nouvelles, cet instant d’où ma langue bascule. je te promets qu’une pluvieuse après-midi peut me rapprocher de ce qui fut. 

je veux que tu m’entoures dans mon long voyage, par tes prières rompues… ! que tu m’emplisses des saveurs de la rosée, pour revenir vers chez toi, vers la clarté.

— je glissais de mes mots sur le lit qui me fragilisait, que je dépassais, après une assiette de fromage et de saumon fumé ! une malédiction.

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quand pour les âmes ici-bas est de finir

une langue qui s’exporte, je rage comme la peste

en me cachant pour ne pas voir l’horreur

encore moins qu’un prince, cacher mon chagrin

je te reconnais bien là, à la renverse

et le mal qui se joue savamment de toi

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je lisais les poésies de Joyce, et ma tête s’engouffrait dans l’oreiller. le lit me semblait profond. il se trouvait tout de même une fin à ma descente, une chute ! les mots sur lesquels je rebondissais.

je me redressais en nage, comme sorti d’un songe inhospitalier. j’étais pris par une froide fièvre et la nuit, une chorale chantait en moi. je me soulageais cependant qu’il n’y avait pas de pot.

je me disais si j’écris d’une égale beauté, un vers, une phrase par jour, je serai dans le sillage de la plénitude. il faisait dehors un plat brouillard qui fait asseoir une méfiance pour les individus que l’on croise.

Aménagement d’un dire

est-ce que les rendez-vous que tu fixes sur les demi heures ne t’engagent qu’à moitié ?

les heures sont longues dans les logements sociaux

tu as beau espérer la visite de dif allah*,

il ne se manifestera jamais, jamais

tu écoutes cependant ton intérieur. tu savonnes tes mains

soudain, l’attente fait intrusion

une blanche ombre
une forêt derrière les stores
demain sera long

plus personne ne te prend au sérieux

tu rentreras forcément à bon port en te laissant porter par les vents

toutes voiles dehors, tu te désavoueras, à la manière de Tristan !

tu dépoussières depuis plus de dix ans le grenier de ton esprit. tu le vide de ses breloques, obsessions, hantises, etc. la crainte était si cela n’est qu’une passade…

chaque page que tu noircis, rumines et retournes, assombrira ton soleil pour de vertes prairies

… que ta pluie tombe ! … que ton amour gèle !

tu resteras dans l’offense, sans adversaire, mais d’un idéal nocturne et seul

c’est sur les sites de rencontre que tu apprenais que tes cheveux étaient bruns et tes yeux noisette. toi, tu ne remarquais que leur noirceur.

tu te souviens de ton incompréhension le jour où tu disais que finir avec des lunettes et chauve était la moins pire des destinées.

mémoire ou armoire à glace ?

tu conclus par la mémoire de l’armoire à glace !

tu dis qu’un homme qui écrit est perçu comme une trahison dans l’ordre social et divin. tu ne sais rien des affaires de Dieu, mais sur quelle mensonge s’est fondé le genre humain, une faramineuse !

… et de ça, tu en as plus qu’assez.

tu savais avant où aller avec elle

tu doutes à présent

tu l’éprouves… !

cède sous la chaleur de mes bras !

cède, cède, cède, etc.

à l’automne, à la feuille aux vents

tu meurs de ne plus lui plaire

ton cher grumeau désarçonné

tu crois que les écrivains algériens cherchent à donner un récit à la nation, le fonder. certainement du côté de l’histoire… mais sur le plan littéraire se poursuit la catastrophe.

tu peux concevoir que sous-prétexte d’une victoire sur le colonialisme, ils se sentent capables de l’écrire, alors que les enjeux d’aujourd’hui sont une vue globale.

tu tiens en horreur les chansons politiques, identitaires, contestataires, pédagogiques, commémoratives, etc. quasiment l’ensemble du patrimoine culturel de la chanson algérienne contemporaine.

tu n’as qu’un mot à dire : vive le rai !

une deuxième allée
les contours brumeux recouvrent
tes yeux sauveurs

tu penses que tu as une obligation envers tes amis sur les réseaux sociaux, comme ne pas accepter n’importe qui sur ta liste, ton fil d’actualité.

il te faut attendre l’après

que les doutes s’éclaircissent

un temps que tu traces d’un long trait

une époque

en ignorant l’immédiat

pour emporter une oscillante vérité

c’est toi, c’est le noir

inoctroyé

tu rendosses à Palerme ses ailes

à son image, vieille

une contagion sans aucune rainure

qu’elle ne peut t’aimer !

à l’heure du Congo
l’enfant pleure de ses maux
une main tendue

puisque tu souilles et purifies tout

de la même obédience, tu as à revenir sur presque tout

comme sur le wi-fi

l’ici d’un ailleurs

fun

* Titre d’une qasida chaâbi de Amar Ezzahi.

Peu de blancs. Tgv Toulouse – Bordeaux, automne 2021.