Aménagement d’un dire

est-ce que les rendez-vous que tu fixes sur les demi heures ne t’engagent qu’à moitié ?

les heures sont longues dans les logements sociaux

tu as beau espérer la visite de dif allah*,

il ne se manifestera jamais, jamais

tu écoutes cependant ton intérieur. tu savonnes tes mains

soudain, l’attente fait intrusion

une blanche ombre
une forêt derrière les stores
demain sera long

plus personne ne te prend au sérieux

tu rentreras forcément à bon port en te laissant porter par les vents

toutes voiles dehors, tu te désavoueras, à la manière de Tristan !

tu dépoussières depuis plus de dix ans le grenier de ton esprit. tu le vide de ses breloques, obsessions, hantises, etc. la crainte était si cela n’est qu’une passade…

chaque page que tu noircis, rumines et retournes, assombrira ton soleil pour de vertes prairies

… que ta pluie tombe ! … que ton amour gèle !

tu resteras dans l’offense, sans adversaire, mais d’un idéal nocturne et seul

c’est sur les sites de rencontre que tu apprenais que tes cheveux étaient bruns et tes yeux noisette. toi, tu ne remarquais que leur noirceur.

tu te souviens de ton incompréhension le jour où tu disais que finir avec des lunettes et chauve était la moins pire des destinées.

mémoire ou armoire à glace ?

tu conclus par la mémoire de l’armoire à glace !

tu dis qu’un homme qui écrit est perçu comme une trahison dans l’ordre social et divin. tu ne sais rien des affaires de Dieu, mais sur quelle mensonge s’est fondé le genre humain, une faramineuse !

… et de ça, tu en as plus qu’assez.

tu savais avant où aller avec elle

tu doutes à présent

tu l’éprouves… !

cède sous la chaleur de mes bras !

cède, cède, cède, etc.

à l’automne, à la feuille aux vents

tu meurs de ne plus lui plaire

ton cher grumeau désarçonné

tu crois que les écrivains algériens cherchent à donner un récit à la nation, le fonder. certainement du côté de l’histoire… mais sur le plan littéraire se poursuit la catastrophe.

tu peux concevoir que sous-prétexte d’une victoire sur le colonialisme, ils se sentent capables de l’écrire, alors que les enjeux d’aujourd’hui sont une vue globale.

tu tiens en horreur les chansons politiques, identitaires, contestataires, pédagogiques, commémoratives, etc. quasiment l’ensemble du patrimoine culturel de la chanson algérienne contemporaine.

tu n’as qu’un mot à dire : vive le rai !

une deuxième allée
les contours brumeux recouvrent
tes yeux sauveurs

tu penses que tu as une obligation envers tes amis sur les réseaux sociaux, comme ne pas accepter n’importe qui sur ta liste, ton fil d’actualité.

il te faut attendre l’après

que les doutes s’éclaircissent

un temps que tu traces d’un long trait

une époque

en ignorant l’immédiat

pour emporter une oscillante vérité

c’est toi, c’est le noir

inoctroyé

tu rendosses à Palerme ses ailes

à son image, vieille

une contagion sans aucune rainure

qu’elle ne peut t’aimer !

à l’heure du Congo
l’enfant pleure de ses maux
une main tendue

puisque tu souilles et purifies tout

de la même obédience, tu as à revenir sur presque tout

comme sur le wi-fi

l’ici d’un ailleurs

fun

* Titre d’une qasida chaâbi de Amar Ezzahi.

Peu de blancs. Tgv Toulouse – Bordeaux, automne 2021.

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