Au matin, je rejoignais la veille

le poème me traversait comme si c’était le dernier, reclus dans mon grenier

comme le dernier départ d’un train, ou la dernière étreinte

je croyais qu’aucun instant écoulé n’y remédiait à cette 11 heures du soir

de passage, je ne souhaitais pas m’appesantir

j’étais encore là ! j’y revenais, ressassais

urgence

de la vitesse

et quelques renoncements

l’état de mes poèmes : une version diminuée de ce qui me précédaient

la source n’était plus, restait l’encre et la poussière

annonçant l’effacement

je situais la chanson en parallèle de mes productions, hors de mon horizon

un album de Depeche Mode et une fuite était entrevue

j’écoutais, je convoitais, là où je m’aventurais

je me voyais comme un charbon, une ode au charbon

alimentant tous les foyers

lorsque tout se valait dans le grand brasier, passant vrai au pied de rares montagnes, un vertige me prenait, alors je contournais

je me demandais qu’en est-il du débordement, en poésie aussi. il est vrai que tous les poètes décevaient leurs contemporains, un leurre de croire l’inverse

je désespérais des jours de lecture sans un arrachement ou un emporté

je me résolvais, … me prêtais des voix dans mes recherches et concepts

ou lorsque je tissais de la laine, durant les éclaircies

je ne savais jamais qui j’étais, où j’allais, mais j’espérais de mon cœur

comme entre deux contrées, sans la tiraille. j’échappais à l’idée du plein, aux lunes

je rêvais de la sensibilité des singularités, sans m’y prendre

j’écrivais parfois avec les poètes

parfois une adresse

de dedans et de dehors

auprès de mes morts, auprès de mes mains

je fracturais le poème, tout en intuitionnant la régénération, comme un second souffle

jusqu’au moment où je constatais la perte

longtemps je m’engouffrais dans les brèches du poème

comme un intrus

comme un éléphant

un élève surtout qui écrivait sur la marge. il m’était indéchiffrable

je méditais sur mes raisons de vivre, mes peurs et mes aspirations, – comment était mon enfance ? mutique comme une surface

est-ce qu’il fallait me lamenter sur mon sort et me terrer, alors que je devais autre chose de mes lamentations

j’étais de la faillite, authentique, radicale, – à quel moment mon histoire s’était gâtée ? lorsque je touillais dans le sens inverse des aiguilles. une fabulation

je les inscrivais à la lisière, dès l’abord. je les écoutais aussi, rien que pour la jubilation d’une suite de signes

je me persuadais que ce n’était jamais sorcier, sans m’attarder à ce qu’ils étaient campés, ou du milieu

conspiration, adhésion, translation… : rupture !

de ce que j’en savais et devinais, tout m’y préparait, tout m’y arrachait

je transcrivais une poésie qui collait à ma peau, sans ajout de mes travers, de mes poisons

elle était parfois qu’un discours lorsqu’elle me paraissait indicible, moins limpide

j’acceptais néanmoins sa part d’incompréhension, d’imperfection, d’inachèvement, comme ne pas l’accompagner au bout

je ne retenais qu’une touche, un scintillement, comme le jasmin les nuits d’été, ou la réverbération sous d’immenses soleils

j’employais le Je comme un autre soi, érodé, feuilleté

je hurlais à la mort, rien cependant qui pouvait nuire

j’y déposais mes croûtes

je renonçais

à chacune des chutes une relance, un mot

je me souvenais de l’époque où je n’étais pas trop stupide, mais où j’allais

je rallongeais les idées lorsqu’elles me venaient, aucune ne s’atténuait, comme les ombres des arbres au crépuscule

j’écrivais parfois toutes les nuits, sans tracer une ligne. je ne rencontrais cette hargne nulle part

je concevais un filet. je récitais mes poésies

je me prenais toutefois pour un bookmaker, pronostiquant sur les chances et l’audience d’un poème, bien avant de le dénaturaliser

de le renier, subséquent

quels dieux empêchaient leur envol, une unisson…

était-ce donc moi

l’homme pendu

à son sac

avec un coude qui se détachait

d’une cité

tenant du souk et bradait

j’inventais des problèmes de plus en plus les nerfs à vif, comme des lames qui raclaient mes os

je pourchassais mon destin, ma conscience était sans tache, baroque

je n’avais pas de solution à m’apporter, sinon pas affligé, – que pouvait un poème en ces temps de rift, en ces temps de chien qui plaident pour des chiens rongés par les bêtes ?

comme étaient les étranges arbres, la nuit, seuls, ces mêmes arbres qui par ailleurs me causaient le vertige

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s