je me souvenais de l’époque où je n’étais pas trop stupide, mais où j’allais

je rallongeais les idées lorsqu’elles me venaient, aucune ne s’atténuait. comme les ombres des arbres au crépuscule

les arbres par ailleurs me causaient le vertige

j’écrivais parfois toutes les nuits, sans tracer une ligne. je ne rencontrais cette hargne nulle part

je concevais un filet. je récitais mes poésies

je me prenais toutefois pour un bookmaker, pronostiquant sur les chances et l’audience d’un poème, bien avant de le dénaturaliser

quels dieux empêchaient leur envol, une unisson…

était-ce donc moi

l’homme pendu

à son sac

qui tenait du souk et bradait

d’un coude qui se détachait

d’une cité

j’inventais des problèmes de plus en plus les nerfs à vif, comme des lames qui raclaient mes os

je pourchassais mon destin, ma conscience était sans tache, baroque

je n’avais pas de solution à m’apporter, sinon pas affligé, – que pouvait un poème en ces temps de rift, en ces temps de chien qui plaident pour des chiens rongés par les bêtes ?

comme étaient les étranges arbres, la nuit, seul

conspiration, adhésion, translation… : rupture

de ce que j’en savais et devinais, tout m’y préparait, tout m’y arrachait

je transcrivais une poésie qui collait à ma peau, sans ajout de mes travers, de mes poisons. elle était parfois qu’un discours lorsqu’elle me paraissait indicible, moins limpide

j’acceptais néanmoins sa part d’incompréhension, d’imperfection, d’inachèvement, comme ne pas l’accompagner au bout

je ne retenais qu’une touche, un scintillement, comme le jasmin les nuits d’été, comme la réverbération sous d’immenses soleils

j’employais le Je comme un autre soi, érodé, feuilleté. je renonçais

à chacune des chutes

une relance

un mot

je hurlais à la mort

rien cependant qui pouvait nuire

comme si j’y déposais ma croûte

longtemps je m’engouffrais dans les brèches du poème, comme un intrus, comme un éléphant

un élève qui écrivait sur la marge. il m’était indéchiffrable

je méditais sur mes raisons de vivre, mes peurs et mes aspirations, – comment était mon enfance ? mutique comme une surface

est-ce qu’il fallait me lamenter sur mon sort et me terrer, ou je devais autre chose de mes lamentations

j’étais de la faillite, authentique, radicale, – à quel moment mon histoire s’était gâtée ? lorsque je touillais dans le sens inverse des aiguilles, une fabulation

je les inscrivais à la lisière, dès l’abord. je les écoutais aussi, ou rien que pour la jubilation d’une suite de signes

je me persuadais que ce n’était jamais sorcier, sans m’arrêter à ce qu’ils étaient campés, ou pas

je me résolvais, … me prêtais des voix dans mes recherches et concepts

ou lorsque je tissais de la laine, durant les éclaircies

je ne savais jamais qui j’étais, où j’allais, mais j’espérais de mon cœur

comme entre deux contrées, sans être tiraillé. j’échappais à l’idée du plein, aux lunes

je rêvais de la sensibilité des singularités, sans m’y prendre

j’écrivais parfois avec les poètes

parfois une adresse

de dedans et de dehors

auprès de mes morts, auprès de mes mains

constatant la perte, je fracturais le poème

j’attendais la régénération, comme un second rappel

je situais la chanson en parallèle de mes productions, hors de mon horizon

un album de Depeche Mode et une fuite était entrevue

j’écoutais, je convoitais, là où je m’aventurais…

je me demandais où était le débordement, en poésie aussi

la pauvre fiancée de nos jours sans un arrachement, ou un emporté

lorsque tout se valait dans le grand brasier, passant vrai au pied de rares montagnes, un vertige me prenait

tous les poètes décevaient leurs contemporains, un leurre de croire l’inverse

je me voyais comme un charbon, une ode au charbon

alimentant tous les foyers

le poème me traversait comme si c’était le dernier, reclus dans mon grenier

comme le dernier départ d’un train, dernière étreinte…

je croyais qu’il était 11 heures du soir, aucun instant écoulé n’y remédiait

de passage, je ne souhaitais pas m’appesantir

j’étais encore là ! j’y revenais, ressassais

urgence

de la vitesse

renoncements

l’état de mes poèmes : une version diminuée des poésies qui me précédaient

la source n’était plus, me restait l’encre et la poussière

annonçant l’effacement