En terrasse

je suis en terrasse et il y a un léger vent, quelques regards complices.

j’entends du japonais sur la musique de Imagine,

une voix délicieuse.

je dégage une odeur de tabac et d’herbes de Turquie,

même si je n’ai plus le goût à rien.

je pense à mon ex-femme, comme déjà bien corrodé !

j’accorde de l’importance à des chose qu’elle a sémée.

elle était comme une espèce de mammifère avec les yeux en colère, disloqué.

j’attends le jour où elle me reviendra.

elle m’a appris à manger un yaourt nature avec de la confiture, ceux à l’orange étaient mes préférés.

et surtout comment faire mes pizzas.

j’écrirai peut-être un jour un opéra-comique à son honneur.

je me laverai plus souvent.

Un été avec Dante

je lis Dante.

il me rend petit, désuet, flasque… etc.

comme sous l’effet d’une eau chaude et l’ascension de son verbe qui transcende me navre.

le paradis blanc sur bleu ou bleu sur blanc annonce le crépuscule.

le sien.

Muhammed et son gendre Ali, les lumières de l’orient sont dans la Comédie bannis, comme avec l’écharde du père.

la croix désirée sous ses fesses, j’avoue l’avoir connu.

pour ce qui est des personnages, non-attrayants plus que le reste.

je ne relirai sans doute plus jamais Dante,

il appartient au quatorzième siècle et qu’il y demeure, – quelqu’un veut s’approprier son livre ?

cela est sans appel, je ne sourirai dorénavant plus à mon bouquiniste.

Situations

je chemine vers le tourbillon noir de l’oubli.

je ne supporte rien d’autre que l’insupportable et je m’efface devant l’histoire à une seule vitesse.

les crimes abominables commis jusqu’au moindre geste sans grâce,

feront encore des ravages pour les générations à venir, et… la colère gronde dans nos cœurs !

fêter le premier jour de la guerre est juste une compagne de victimisation et que l’on me pardonne ma préférence aux lâches plus qu’aux héros et martyrs dépersonnalisés.

que l’on me pardonne mes yeux purs,

ils sont ordinairement enclins à la beauté et que parfois percent le ciel inodore et attestent de l’existence d’un autre monde.

que l’on me pardonne ma naïveté.

cette réalité est aussi la mienne, en filigrane. et… la colère gronde dans nos cœurs !

mais sachez vous autres que j’ignore ce que c’est votre pardon.

je l’espère seulement du Suprême et l’Unique dispensateur.  

Suicide littéraire

une fille saute d’un pont et les personnes présentent ont eu peur,

nul n’a réagit pour la secourir.

un homme contre toute attente s’élance dans le vide et la délivre des griffes du terrible torrent.

tout le monde a reconnu en lui le cheikh qui préside les assemblées.

il interpelle en regagnant la rive la foule ébahie: quel diable m’a poussé ? qu’est-ce qui s’est passé ? si je rattrape ce farceur, je jure par Dieu, qu’il saura de quels bois je me chauffe !

– prenez-moi pour femme. dit-elle avec hébétude.

les deux inséparables suivis du cortège lançant des hourras,

tous ont conclu que l’innocence même avait parlé.

depuis cet événement circonstanciel et à chaque fois qu’une âme est sauvée dans la région,

on dit de ce jour qu’il est gras.

Ça n’a rien d’un jazz

le jazz s’écoute communément les soirs de longue mélancolie et éventuellement accompagner d’un verre cérémonial, comme du whisky ou autres.

il s’écoute aussi en compagnie d’une étudiante qui se faufile ici.

je suis tellement bordélique pour vous dire et sans heures que je l’écoute dès le matin,

très tôt au réveil avec les cuivres qui me mettent d’aplomb, avec mon café noir et chaud … d’aplomb !

comme un noir de la Nouvelle Orléans.

vous savez sans doute que c’est de la musique afro-américaine,

le titre qui circule bien en ce moment est Kind Of Blue.

je laisse pour l’heure aller dans le givre et je fais des calculs manteaux.

Image par OpenClipart-Vectors

Chenilles

j’aurais pu être toi,

comme toi tu es en toi avec ta veste en cuir noir de gangster New-Yorkais, tes cheveux gominés, tes traits juvéniles… etc.

je devine presque ton désarroi où personne n’a la solution,

une fuite salutaire.

on marche l’un derrière l’autre, vraiment tout près !

cela ne ressemble en rien à l’ordre que l’on se fait de soi.

les chenilles boiteuses y arrivent et malgré leurs vieilles chaussures en bois !

l’un derrière l’autre, marcher. 

j’aurais voulu troquer mes ennuis pour d’autre ennuis, avoir un sac porte-documents avec des documents importants dedans, vivre différemment les interactions avec ce monde… etc.

peut-être pour une autre vie imaginaire.

Les quais

je suis dans ma cylindrée dernier cri, une électrique savoyarde.

j’écoute des mélodies dans mon poste radio,

je suis ce qu’on pourrait appeler un homme riche,

lequel à encore de belles années devant lui.

sur les quais de Bordeaux,

je rencontre une troupe de filles en jupe courte,

les chiens errants reniflent du vomi de matelots nègres, et derrière, comme un décor de théâtre, des buissons et une chaleur qui couve tout.

cela ressemble à une nuit ordinaire,

j’ai un peu bu, et alors ?

vous trouvez que c’est de l’impudence ?

patience, vous n’avez encore rien vu.

Vroom, Vroom …!

j’accoste l’une des filles selon mon bon plaisir.

Sensations

cette atmosphère de moisie qui nous magnifiait, le bleu-noir du ciel, les étoiles, ta peau, je m’en souviens:

comme de ta voiture rouge métallique, une ZX 1991. toi, tu te tenais juste à côté, tes dessous d’habits baissés

elles filaient en demi-teinte ces punaises, de vraies bêtes théâtrales, elles mouraient autant les grands soirs de fête

elle brillait pour toi seule, cette nuit d’été de l’acte bréviaire. tu les reconnais ces soirs d’été

dis-moi que tu l’as bien comprise cette substantifique moelle… nous rêvions à demi-mot, nos nuits désordonnées. les algues et le parfum de la berge siliconée  

je me balade aujourd’hui avec ton visage urbain, comme une infraction. une valise cabine entre mes deux jambes et tout prés de moi, ton esprit qui crie à la cavalcade 

tu as filé entre mes mains comme une étoile vers les rives baltique, mais je t’attendrai. même si je sens déjà les prémisses d’une nouvelle déchéance  

c’est juste des météorites

c’est juste une étoile filante

c’est l’histoire d’un poisson combattant

Image par 【微博/微信】愚木混株