De zéro à douze

à Ghiles.

Le meurtre du douanier fut splendide avec le cerne bleu des yeux et l’accent rauque des canards près de la marre. Les ténèbres 1927. Robert Desnos.

: 0

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: 1

je n’ai jamais trouvé un lien entre une chenille, les étoiles et nous

qui témoignions de cela, un peu ahuris

j’aime te parler encore un peu de notre présence au monde

du don de la vie, de nos premiers cris…

il aurait fallu que tu me quittes pour accepter mon étrangeté

mes hors limites, etc. un pardon se niche là

tu es l’autre continent, tu es le verre de lait

: 2

accroche toi, rajuste tes ailes, cible le jour, endure

tes nuits, etc. les pôles s’entrecroisent

une histoire au flanc des dunes, une oasis, joue avec les vents

réinvente des tempêtes, etc. on aurait dit un climat tropical

vol au-dessus des lignes, ne trébuche pas : une paire de basket

blanche, une paire sans lacets imbibée de sang

un départ, une pause, un revers

: 3

je rêve de sahara et de la lune d’argent plus brûlants que le métal, parfois

un clairon s’entend, parfois les bois… , – c’est d’une faille que j’arrive !

je sors de la tourmente, ignoré par la mort, comme passer

par la faim. les plus illustres sont passés en versant leur sang noir

trois cartes, j’espère une quinte d’os sur les braises

en amont de mon amour, au creux de ma main

une rature, une frondaison, un délit

: 4

les bancs publics définissent ton rang social, parlent de tes états

d’âme, etc. les hobos même ne s’y assoient plus

ton corps s’est tellement reposé sur leurs sièges que cela te rend

inquiétant, plus que la course à l’hécatombe

tu ne sais d’où te vient le besoin de les fréquenter, de laisser couler

absent de toi-même à l’écoute du vent et les arbres

un banc, une conversation, une fenêtre

: 5

je range mes photos comme de l’artillerie, une chape des

choses véhiculés. je me les figure jaunies, une colle

mes proches s’efforcent à m’éloigner de la poésie, comme au

début de mes tentatives. ils me tiennent dans l’ignorance

les justifier peut m’apparenter à un leurre, si c’est pour me

préserver. parce que cela au fond produit l’inverse

un visage, une absence, un podium

: 6

dur de passer à travers Nedjma, un roman écrit à deux

mains, cela me calme comme un glaçon

il faut reconsidérer cet ovni et les contributions des ses auteurs

que l’on reparle encore et toujours ! les postérités sont pour qui ?

Kateb Y. prenait des notes sur des cahiers avant sa

disparition. je souhaite jeter un coup d’œil et réécrire avec le barde

un lecteur, un manque, un appel

: 7

je trébuche à chaque palier de mes errances, interdit au toucher

de ma mémoire. oh, quel malaise !

je transpose mon cœur sur la réalité, rien ne me permet

d’explorer mes horizons, une réserve

je revois l’adolescent au visage triste et qui sourit

vilain, désireux de s’endormir sur son foyer de la mélancolie

l’amour m’aurait fait grandir, la mort m’aurait fait guérir

: 8

je touchais un peu à mon mektoub au sahara, mes yeux

exprimaient le feu, insoutenable. une voracité

je bougeais avec mes mots les lignes de mes interlocuteurs

cyclique cellule, déloyale. je m’éloignais troublé

c’était une main très vague, quelques feuilles sur les dunes

comme un éclair. écrire dès lors était un ancrage

une anomalie s’était révélée, une décharge s’était échappée

: 9

selon ta représentation du fruit de la connaissance, pomme ou

poire, etc. à un détail près, cela parle de ton courant poétique

les fruits à part les manger, les sexualiser, les laisser pourrir sur un

plateau, etc. tu peux les peindre et rentrer dedans, bien dedans

comme le fruit au goût de miel pour l’amant, l’amante

jusqu’à ce que la terre te fend

un mystère, un précipice, une planche

: 10

je commence à me sentir en phase avec mes propositions

comme la poigne d’un fleuret, qu’il me faut déjà creuser davantage

je transcris une poésie qui me travaille, – pourquoi donc est-ce

ainsi ? revivre peut-être une seconde fois, une gratitude

les nœuds, flottements, sont communément les plus authentiques

à transmettre. je verse d’une incrédible douceur

un capharnaüm, un catafalque, un salut

: 11

je voyais parfois des formes avant de m’endormir, peu bruyantes et

imperméables au temps, mais surtout éveillées

je ne les rattachais à aucune vérité. elles tombaient, impactantes

immédiates. elles avaient une tonalité dramatique, leurs propres couleurs

je les considérais selon mon état d’esprit, l’intensité du moment qui

me prédisposait à les recevoir. elles cousaient dans les parages

une nuit, une attention, une interstice

: 12

fin et début d’un jour de récréation, la ville s’illumine

bientôt l’aube. sur le buffet une enveloppe jaunie, une banane isolée

et un briquet. mais je sais du feu que le souvenir d’une étincelle

je bois de l’eau, 1 litre, 2 litres, 5 litres… , sinon séché ! une nuit est

passée sans ailes, encore une nuit sans toi

je n’ai pas tes doigts de fée, tout colle dans les tromperies, gommées

pour quel praf je me suis fourvoyé ? pour quel tableau je me suis enroulé ?

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