Tout me ramenait à elle

je ne parlais jamais de mes effractions, comme pour une rencontre, lorsque tout commence. on aura été en proie. le temps d’un détour, – une couleuvre ? – je le pairai.

évidemment, c’était entre ses bras que mes nuits trouvaient secours, avec des mots. A. me rendait un homme, se tenait avec sa maison qui était comme à ses habitudes, habitée 

c’était bien ça, simplement et sans bavure qu’elle me rendait, aussi à moi-même. son corps se débâtait dans ma bouche sans bouche, si fortement. seul, d’un banale horizon :

ne m’en sortant plus

de l’effroi 

durant mon triste sort

à l’adolescence 

je ne cessais de réguler

m’amenuisant à vue d’œil

fatigué, j’étais ressaisi 

comme mêlé à l’enfer

l’air devenait lourd – pesant

– un peu d’oxygène sir l’ingénieur !

Naïma

il – l’aimée pour mousser du vert. il l’adoptera peut-être comme une douleur plus intense que tout le reste, plus ancienne qu’il galvanisera. il finira moins flétri, moins chauve dans un linceul

il vacillera tous les matins, d’un noir total, avant de lui sourire de sa fragilité, lorsqu’il se fera embûche. il lui faudra s’y tenir, prendre le pari du premier regard posé, comme pour un deal

on se verra à une lecture de la bibliothèque municipale

l’un de ces soirs d’un long froid automnal 

on s’assoira sur les escaliers de secours en se parlant beaucoup

et moi je m’y verrai

on prendra le premier bus

l’aube bleue surgira derrière les vitres 

on se prendra la main comme un secret 

de l’autre main ta droite tu entameras ton petit-pain 

une fois à Bruges, le cimetière nous semblera familier

on ne se quittera pas de vu 

tu t’appelleras Naïma aux yeux de fresque 

Statut

il sortait d’une incarcération avec trois idées à faire valoir : repentir, expérience, vanité. pourquoi le chiffre trois – qui parlait aussi de réhabilitation ? la fin dernière nous le révèlera

comme s’il s’était changé – comme s’il ne valait pas moins qu’un autre, même au-dessus de ses amis – comme si la voiture et les liasses de billets exhibés signifiaient la réussite

privation de mes libertés

quelques fractions

le minimum sur les cloisons de l’esprit

une grotte approchait

les douleurs creusées creusées

la peur de tout raser en désert

de raser les murs

antérieur silence

les infinies impossibilités autour le bruit

introuvable était la phrastique sur le bourdonnement

de qui était cette perle ?

reviendras-tu, dis…

Assouplissement

il est du 19e siècle, un peu grec, combien irréparable serait la juxtaposition avec son époque. il leur faudrait renoncer à certains thèmes, comme la beauté, la folie et le rêve, etc. oh, lui, il repense aux différents vecteurs

ses étés sont comme les hivers, indéfinissables. un ciel gris et bas, du vent et les fenêtres fermées. il ne lui manque plus que la paresse aussi de sortir ou de se faire autre chose que des pâtes à la bretonne

les yeux du lézard ne voient plus clair

la couleur fade sous le citron

la prime vigueur ronge les os

les soleils des nuits entravées

la personne au téléphone ne veut rien entendre

le regard regagne les girolles d’un panier moisi

le bringuebalant infini baille derrière les paupières

l’épervier n’est plus

on a dit que l’on aimait pas les bébés

et toutes les choses auxquelles tu n’as pas accès

… ceux dans les rues qui ont vu senti approché les ténèbres !

Bocage

j’écrase l’herbe

sur un paisible bocage

pour bâtir

un tipi

sous la pénombre

avec mon dos d’hérisson à trois pattes

comme à présent prendre l’air

est à exclure

je suis ton ange, tiens-moi la main

je suis innocente, pardonne-moi

souviens-toi de nous

souviens-toi que tu es libre

pars à la rencontre des vierges rivages

c’est une chance ce départ qui s’offre à toi

prends-moi dans tes bras une dernière fois

premier visage de femme

que j’entrevois

et aujourd’hui, l’homme pêcheur de carnassiers

aux yeux injectés de sang

l’herbe reverdira à l’automne

les bouts de fils tomberont des branches

sous les intempéries

rats bruns des lacs…

lacs repliés

Comme un au revoir, comme une ombre

à Mehidin et à Tico.

Je t’aime, nous sommes fidèles à nos rêves

nous sommes fidèles à la paix.

Poésie. Jean Sénac.

fini l’éternel

de l’ombre obscure

sais-tu d’orgueil

que les astres sont sûrs ?

la tristesse est immense

et toi, tu es fini

plus le désir de vivre

d’après ta tête rabougrie

comme un au revoir

aux senteurs de vanille

certains ébats du soir

crochètent tes guenilles

À minuit le mur s’est effondré

à oncle Abdelkrim.

une voix me halait lorsque je priais, indiscernable, chaude et lointaine : reviens mon fils, reviens ! disait-elle. je me fourvoyais avant de me ressaisir, puisqu’Il n’a pas de fils :

la nuit est à l’orage de sable

et sommeille sur ses défaites et ses morts

sur pieds et livré sans nœuds que je suis

le branle d’un sursaut cartonné

vendredi, sinon quoi dire ?

les jours sont promus aux suicidés et aux fuites

les poings ne tiennent plus tête ni parole

demeure le devoir

si frêle est la traversée des heures d’un deuil

qui donnent : une soif !

marcher sans y croire parmi les ombres

la tête haute et insoumis

les adieux au ciel de l’enfance

nos retrouvailles seront immaculées, mon oncle !

vous réclamiez le pardon à la voix des poètes

ils hurlent : c’est lui – c’est lui !

leurs invectives sans entrailles : ils glissent !

devrons-nous suivre ?

votre âme visite les maisons et les nues

votre mémoire retrouve ses éclairs

les coups sournois ailleurs à répétition

un dédain à la dernière cigarette, sans s’y voir

hors de portée sont les morts ?

leurs mains sentent le camphre, le musc et la rose, vidées

rêvant d’une erre, de l’ange de la mort… , – pourquoi ?

ils prennent des trains comme si c’était le dernier

trois feuilles au réceptionniste, rien qu’un stylo et une main

il préparait sa nuit, une proie

la chambre contient deux lits blancs

je-quitterai-les-lieux-avant-qu’-ils-ne-sentent-mon-odeur

une bien heureuse mort lorsqu’il faut tuer ses idoles

l’invariable calcul des rails

( Dieu qu’elles sont propres les consciences ! ).

les toits en guise de murailles, un nid

une synergie s’éternise aux alentours, sinon nulle part

la ville se rouille et rien ne promet, aucune sentence

sans y croire, un peu aussi !

la lumière des pôles n’est qu’une considération

une perspective qui échoue  

les éboueurs passent aux seuils des portes

relient les anciennes douleurs, grincent des dents comme du fer

le souffle atteint ou éteint

une brise d’été parvient jusqu’à la fenêtre

une époque est passée, l’écriture

pour quand est le nirvana ?

le monde mérite la ruse dans le sacré, peut-être !

en dehors nul n’en a besoin

vous devriez soulager votre cœur, lâchez vos liens

le cirque prendra fin, ou jamais

Orages

à Isylle et Rémy.

ceux qui vous souhaitent une belle vie,

sachez qu’ils vous ont écarté de la leur.

mes lèvres noirs soufflent sur le soleil couchant l’origami enfantine

la traversante pluie cogne le vert émoussé des vitres de nos voisins lentement

un Je qui n’est pas le Je que je reconnais dans mes délires et mes vagues élucubrations

j’ai réinventé ma vie jaunie en pleine conversation comme Forest en alabama for ever

je redécouvre la ville que j’ai quitté et je jure de la parcourir habillé d’une âme de pèlerin

j’irai au secret de mes pensées et aux noirs tourments de mon cœur comme être là et ailleurs

je mourrai pauvre et abandonné de tous entre autres balivernes que tout le monde semble l’ignorer

Périgueux. Été 2014.

Passage

à Sihem.

je m’assois au bord

d’une banquette démotique

avoisinant des journaux abandonnés et humides

seul, je m’écrase

sur le grand verre automnal

la peuplade d’Afrique tient le cap sur l’Europe

un ciel gris au-delà

de mes lunettes bleues

enduites d’un gras profond qui s’embue

– ils ont des huiles sur le corps

pour leur dernière traversée

de la saison !

portée par le nom des jolies fleurs

de l’aurore jusqu’au vert matin

comme une étincelle sous tes yeux

le marathon sacré d’une autre

tu m’apprenais par cœur

le mystère de la voix de l’homme

et la voie des chemins

qui mènent

je revois ta grâce de reine

à l’horizontal dans une mare aux grenouilles

et devine ton sourire

qui se profile

Panser les mots

à Sofiane. et à Aghiles. et à Rabah.

j’ai l’âme d’un rossignol dubitatif qui cherche des perles de diamant pour son bec. je me penche cependant sur les déboires d’un ami esseulé, au lieu de ces épreuves méditatives :

les froufrous de la chandelle sont d’un charme à souhait

vos yeux cernés détruisent la lueur du platane d’orient

ils étaient l’expression vibrée de votre propre solitude qui tombe

comme trois mois de courtisanerie tombent à l’eau

est-ce ainsi que se dérouler tous nos dîners ? sans doute, et puis une autre est venue, salvatrice. elle s’est emparée de mon cœur, de toute part !

elle

est bien

dans son corps

elle

est bien

partout où elle passent

nous tenons à nous dire

à contre-jour

et dans le blanc des yeux

des choses d’une simplicité cruciale

le vague à l’âme

et un indicible silence

se sont soudains emparés de nous

laissant des grains de sable

dans nos bouches

je prends le volant de sa voiture, seul et désœuvré, comme seul le désœuvrement nous tient lieu de lecture ! je balade mon mégot éteint entre mes doigts, soupesant le moteur sur l’asphalte, et le tonnerre…

( peut-être que ce soir elle me rendra visite ! ).

Léon

à Célia. et à Chafik.

nous rêvons d’un être plus intègre qu’une danseuse, soupçons… , – les fichus sont dramatiques ! l’ultime fête s’est ouverte sur les danseuses étoiles en coulisses :

le bleu du soir

est

opaque

les guirlandes en papier déchirent le ciel

les vitrines exposent

la grande armée

les traits obscurs des marins

scintille discrètement

parmi

les ruines et les torches

la reine au vieux turban, une magnificence !

son règne est diaphane

sous l’égide des hommes

comme un corbeau blanc… , et la transparence !

( son ombre est rouge ! ).

un parcourt des dédales

sur une toile

d’un peintre antique

la masse insidieuse des lumières sombres

les trois derniers coups du gong

ondulent, très vagues !

on vilipende dans le quartier Auden

( nous sommes trois ! ).

les lunes linéaires

courbes et folles

drainent le bois des planches

les hérauts nègres sont les funambules à l’œil moite

Cette manivelle, quel automne !

trois feuilles d’un arbre sont tombées à l’instant, – sexe fertile, que je savoure mollement, etc. c’est vrai :

les invisibles qui immortalisent

temporairement

tout en prenant la voie

des éphémères

où me manque subtilement

le parfum des fleurs

désirs, brièveté et intuition

à l’honneur

puis, d’une main

déposée

sur la vitre cordée

un long froid à la décharge me saisi

j’épouse l’ampleur de ma douleur

comme un aviateur

entre en silence

à l’encontre des ondes endurées

en cette nuit d’automne

aux nuages très bas

je m’expose à la teneur

du velours caché de l’hymen

( petit rappelle à moi-même : apprendre à maîtriser l’art des fenêtres ! ).

Climats d’un deuil

quelques intimes démons assèchent les illusions de ma chair malléable :

les manquements à la soif

cent fois répétés… !

seule cette mémoire me tient captif

le vent souffle sur les résédas

de mon territoire

semblable au refuge et au désœuvrement

le changement s’est intensifié

d’un cran

dénommée : ruine.

ainsi vont les tourbillons

dans l’âge de mon cœur

un sablier où le sable ne tombe pas

elles se lèvent les paroles oubliés au milieu de la brume :

l’ensemble des restants : ô sombre forêt, rendez-nous s’il vous plait sa dépouille, nous nous acquitterons devant les morts et les vivants ! 

il n’y aura pas de cérémonie funéraire

il n’y aura pas de coups de feu

elle tombe la voix trouble sur une assemblée de veilleuses :

le point de vue du mort : les guerres intestines font encore des émules !

( un loup gris se penche pour voir ! ).

La robe d’un songe

je m’assois à l’arrière d’un autobus en mouvement, tenant entre mes mains rouges et engourdies, les victuailles d’un vieux

livre de poésie

je tante sourdement de formuler quelques mots

je referme le recueil et le tient serré contre mon flanc pour descendre à destination

j’y pleut dehors sans vergogne comme pendant les longs mois d’hiver !

j’y pleut dehors sans vergogne sur la camargue !

j’y pleut durant des mois… !

( n’est-elle pas folle cette grammaire ? ).

je ne distingue pas encore le nom de l’auteur sur la couverture mauve

je cherche en vain le panneau exit en lettre de feu au-dessus de l’issue de sortie

j’émerge à moitié de mon songe sans toutefois ouvrir mes yeux, le sang de mes veines se mêle à la musique redondante des vers

que je n’ai pas lus