il m’arrivait de ne pas reconnaitre un mort
je ne retenais les prénoms qu’après une fréquentation continue
je reçois à présent un coup à chaque terrible annonce sur les réseaux
et ma conscience s’alourdit de leur disparition
je ne m’approchais aux enterrements qu’à peine
pour entendre les prières et les habituelles incivilités
mais jamais la veille pour l’adieu d’un visage
j’allais pour ceux qui m’étaient encore étrangers
à fin de me recueillir et m’éloigner bien qu’un peu entaché
la mort dit toujours autre chose
… !
est-ce cela qui lient les hommes ?
j’accompagnais l’impatience des ombres
mon ciel s’assombrissait sous un irradiant soleil
les âmes d’une vibration montaient et rejoignaient leur céleste demeure
et puis le cimetière retrouvait ses endeuillés et visiteurs
tout cela semblait laiteux comme une crème


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