Derrière les paupières

mon frère a peur des abeilles

moi aussi

bonjour

salam

*

une nuit

où tout dit le jour

je ne sais pourquoi la perspective d’un néant me glace

une contrée qui n’existe pas, moi non plus !

on devrait chercher dans l’inutilité à se lire mutuellement

pour ce soir

puisqu’il pleut

*

je tremble

avec toi

sur une branche

j’en prie

m’abandonnant à ta vie

d’oiseau

*

tantôt

quelque chose

a

perlé

ou a voilé

rien relevé

sinon la brûlure

*

dès que l’on franchit le seuil du jour

on pardonne à la nuit

Rose dépression

c’est dur de s’ancrer à la terre – au corps – il faut se nourrir et

déféquer – pour gagner en humilité – il faut pourchasser et tuer – les

ingrats dans son cœur beaucoup – il faut se branler – ou baiser une

pouffe croisée ( ou comment en finir avec le féminin ) – à l’inverse non

pas pour s’élever

sur les chemins – on appelle à l’aide – personne n’y répond tout à fait –

si, peut-être une femme – que l’on viole et humilie – sans savoir

vraiment pourquoi – mais si – pour de l’aide – confusément

ce n’est plus sans doute un poème

à cette heure, restons

Tout me ramenait à elle

je ne parlais jamais de mes effractions, comme pour une rencontre, lorsque tout commence. on aura été en proie. le temps d’un détour, – une couleuvre ? – je le pairai.

évidemment, c’était entre ses bras que mes nuits trouvaient secours, avec des mots. A. me rendait un homme, se tenait avec sa maison qui était comme à ses habitudes, habitée 

c’était bien ça, simplement et sans bavure qu’elle me rendait, aussi à moi-même. son corps se débâtait dans ma bouche sans bouche, si fortement. seul, d’un banale horizon :

ne m’en sortant plus

de l’effroi 

durant mon triste sort

à l’adolescence 

je ne cessais de réguler

m’amenuisant à vue d’œil

fatigué, j’étais ressaisi 

comme mêlé à l’enfer

l’air devenait lourd – pesant

– un peu d’oxygène sir l’ingénieur !

Fourre-tout

à Le Perruche.

le cérémonieux happe nos vies

dès que cela devient sérieux

je suis fait de réglisse

gobez gobez… , le reste est pour les adultes !

comme se ( me ) méfier de ce que j’écris ?

*

emprise peut-être

avec la même malédiction

qui m’harasse

pourquoi alors elle pleure ?

curieux comme un épouvantail

*

il faudrait

que j’apprenne

de toi

à rédiger des brouillons

de mes ratures

*

frileux matin

pieuses pensées du matin

les recueillir avec précaution

de celles ombrées

matin des concordances ¹

*

une étrange ² femme

prend du vinaigre de ménage

au plus bas prix

bien évidemment que je la suis

et même hors liste

*

si j’arrivais un beau matin

à réinventer

entre les mots

une poignée de sable

j’aurais surmonté mes lectures

*

est-ce que cela me rend

un partisan des flics

des patrouilleurs

d’aimer les beignets

de les déglutir sans compter ³

*

le nombre d’infidélités

que j’ai lu

dans les romans

ne s’accommodent pas

avec les miennes

*

je reviendrai aussi

un jour sur mes pays

avec un recueil

comme un présent

vivant ou défunt

*

il rentre d’un jogging

se lave

dîne

fait l’amour

peut-être qu’il va écrire

*

notre héro développe une faculté, une mémoire des crasses qu’on lui fait. il crache son venin à une personne par jour, parfois plusieurs sans qu’ils n’en sachent rien. il développera aussi un jour le goût de raconter.

*

en dessous de tout ce que j’ai pu espérer

de ce que j’ai pu abandonner

ce que j’étais… , si mince frontière

comme un soupir, comme une réalité

– sauvé-trophée ? est-ce que je vis les mots dans ce mode ?

– – – page 47 – – –

( 1 ) inspiré de Ballade au cœur de la Casbah d’Alger, Samir Djama. un aperçu sur youtube.

( 2 ) l’adjectif étrange rallie les termes biffés.

( 3 ) infiltré.

Inter

les enfants d’halloween : clown au sourire sanguinaire fois 2 – faucheuse fois 3 ( pas tout à fait propre ). dragon bleu – licorne – prisonnier zombie ( ils étaient frères et sœurs ). jason à la tronçonneuse ( il fessait vraiment peur ! ). pleureuse cernée de lave rouge ( pareil, effrayant une fille si triste ). vampire fois 2 ( comme Rémy, très rechercher ). squelette ( elle avait déjà tout compris ). casa de papel ( c’était je crois la saison une ). tête de mort en costume – chaperon rouge ( je disais toujours : chapeau en rouge ). zombi bègue ( il intériorisait drôlement vite ). blessée au canif – reine de cœur ( j’étais du côté des monstres ). pikachu ( vexé lorsque je le prenais pour une abeille ).

les premiers me disaient s.t.p des bonbons ou un sort, et encore ! je devrais dire des éponges, parmi tous les autres monstres avec des allergies et pas assez de moyens pour un déguisement

je ne savais pourquoi les adultes dehors m’apparaissaient à bout, même à vélo ! tout était à la morosité, sous une impression que l’on ne me pleurait pas longtemps. pleurer, pour moi, c’était comme une prière

je n’avais qu’une envie : raser les murs et marcher mes yeux rivés au sol, ou sur les façades comme des balises de visages, d’images d’avant l’exil, de mots et des parfums qui remontaient

parfois, moi, rien ne me réjouissait – parfois, moi, rien ne m’abattait – parfois, moi, un rien m’ouvrait un horizon

il n’y avait que sur les quais que j’étais hermétique à tout. je me remémorais à volonté les voyageurs du pont de pierre et les poètes de tous les jours, vocalisant entre mes dents des onomatopées. c’était mon jazz

tout à coup, tout me pesait d’un poids qui ne me prenait pas, si décevant à moi-même. je hurlais soleil ! la fête foraine, ce cactus ! je la parcourais de biais. la roue tournait – tournait

parfois, moi, il m’arrivait de pleurer toute l’eau de mon corps rien que d’une simple impression, une idée inaboutie, un mot lu ou entendu, un regard qui retombe

combien j’étais idiot : néant.

combien j’étais aimé : néant.

il pleuvait comme du sucre

comme une bouche – je n’avais pas de passoire

parfois, moi, ce n’était jamais moi, à la limite !

Aimé C. par ailleurs me faisait taire

sur un banc, sous un platane, je déclinais une rencontre. on croisait de rares mandarins ! un peu plus loin, des amoureux se donnaient la main, encore plus loin, ma honte rejaillissait au jour

parfois, moi, je ne pleurais pas – parfois, moi, je ne voyais plus qui me parlait – parfois, moi, je n’envisageais d’aller nulle part

tiens, une date résiduelle : 1 novembre. une pensée pour nos martyres.

Salpêtr – iii – er

un enfant sur une photographie

pas toujours le même, aux yeux bleus

un trou dans un cahier

est un tourbillon pour l’enfant

il sourit. je sais alors qu’il est triste

*

comme avec ses rêves de la nuit, l’enfermement

de sa rencontre agglutinée avec A. –

*

le monde ne tourne pas autour de toi

tu longes le contour de tes cotes

crois à ce que tu veux

sais ce que tu fais

eau verte

dessous les eaux

*

quelque chose s’est tue

là, sans vitalité

*

que peut un homme devant une pleine lune

comme de la béance

cet homme écrit

un homme qui s’enfer à sabler

*

j’ai pas mal clouté avec la règle T

et j’ai été clouté

j’ai pas mal clouté avec la règle T

et j’ai été cloué

*

au-delà de tes racines

ton chemin

en deçà du sens de ta vie

te raconter

*

je sens l’encre !

Naïma

il – l’aimée pour mousser du vert. il l’adoptera peut-être comme une douleur plus intense que tout le reste, plus ancienne qu’il galvanisera. il finira moins flétri, moins chauve dans un linceul

il vacillera tous les matins, d’un noir total, avant de lui sourire de sa fragilité, lorsqu’il se fera embûche. il lui faudra s’y tenir, prendre le pari du premier regard posé, comme pour un deal

on se verra à une lecture de la bibliothèque municipale

l’un de ces soirs d’un long froid automnal 

on s’assoira sur les escaliers de secours en se parlant beaucoup

et moi je m’y verrai

on prendra le premier bus

l’aube bleue surgira derrière les vitres 

on se prendra la main comme un secret 

de l’autre main ta droite tu entameras ton petit-pain 

une fois à Bruges, le cimetière nous semblera familier

on ne se quittera pas de vu 

tu t’appelleras Naïma aux yeux de fresque 

Statut

il sortait d’une incarcération avec trois idées à faire valoir : repentir, expérience, vanité. pourquoi le chiffre trois – qui parlait aussi de réhabilitation ? la fin dernière nous le révèlera

comme s’il s’était changé – comme s’il ne valait pas moins qu’un autre, même au-dessus de ses amis – comme si la voiture et les liasses de billets exhibés signifiaient la réussite

privation de mes libertés

quelques fractions

le minimum sur les cloisons de l’esprit

une grotte approchait

les douleurs creusées creusées

la peur de tout raser en désert

de raser les murs

antérieur silence

les infinies impossibilités autour le bruit

introuvable était la phrastique sur le bourdonnement

de qui était cette perle ?

reviendras-tu, dis…

Assouplissement

il est du 19e siècle, un peu grec, combien irréparable serait la juxtaposition avec son époque. il leur faudrait renoncer à certains thèmes, comme la beauté, la folie et le rêve, etc. oh, lui, il repense aux différents vecteurs

ses étés sont comme les hivers, indéfinissables. un ciel gris et bas, du vent et les fenêtres fermées. il ne lui manque plus que la paresse aussi de sortir ou de se faire autre chose que des pâtes à la bretonne

les yeux du lézard ne voient plus clair

la couleur fade sous le citron

la prime vigueur ronge les os

les soleils des nuits entravées

la personne au téléphone ne veut rien entendre

le regard regagne les girolles d’un panier moisi

le bringuebalant infini baille derrière les paupières

l’épervier n’est plus

on a dit que l’on aimait pas les bébés

et toutes les choses auxquelles tu n’as pas accès

… ceux dans les rues qui ont vu senti approché les ténèbres !

Reprises & Cie

une mésentente déjà si

jeune…

une mélodieuse s’en va

qui s’en va je ne sais où

avec ses opérettes si tragiques !

comment pourrai-je

oublier ?

rire et rire

avec toi frère, mon

frère-sourire

l’unique bien

qui me laisse comble

pour lequel je rends grâce à Dieu

est toi frère

frère-sourire

s’arrêter 3 min / 24 min

et se recueillir

et se vivre

lorsque tu es cerné d’impossibilités

avance le doigt, l’obscurité s’aplanira

ce que je dis a déjà été énoncé, par ceux d’avant et à d’autres époques, comme par moi-même. comme à présent, ces signes-traîneaux qui se doublent ont déjà été déposés, sans préalable

mais cela est du peut-être à mon strabisme, – mais comment sortir du calque ? et je sais, ce n’est pas avec ces brèves qu’il faudrait en parler, quoique cela reste sans importance

03/2011 – 09/2022

Se rabattre sur la ligne d’urgence

il ne pleuvait plus

sur mes blancs tombeaux

les essuie-glaces étaient en stand bye

par intermittence

elle conduisait silencieuse et somnolente

le jour aussi

elle n’était qu’à moitié là

un véhicule d’une trajectoire opposée

parfois plein phare

radiographiait l’habitacle poussiéreux

sur une route ouverte, largement ouverte

on n’évaluait plus les distances

seul l’éloignement du point d’escale à soi

Roulette

un jour ou l’autre, nous régnions sur les tropiques. un autre jour, nous sommes seconds, anxieux du branle du temps. nous restons ancrés au sol, comme des brins d’herbes ravagés par les vents

il adviendra un jour, inéluctablement, où nous serons piétinés à notre tour, par la génération ébahie qui arrive, dans l’indifférence de la foule qui n’aura déjà plus cour…

toi que je devine

tu me perçois peut-être en retour

toi vers qui j’approche

est-ce que tu m’excuses cette harangue ?

je tiens certaines connaissances sur la vie

le côté charbonneux des choses

en moins blanc !

je ne me justifie en rien

je te salue

il y a des poèmes qui me ressemblent

que je sens

que je ressens

que je vois

et tous ceux que j’écris

Bruissements

s’infiltre par la serrure de la porte et des fenêtres

l’aube aux clartés essentielles

le chat ne joue jamais seul

ses yeux étoilés bruissent par un saut

tout s’invite à ma demeure 

en cette heure de l’éveil

l’attention portée à la circulation des oiseaux

: l’astre, l’instinct du chien qui remue !

l’odeur de café sur le feu mitonnant

les intimités d’un cœur étrange et drôle

l’appel du vendeur ambulant

du jour et de l’adresse

Sous les cotons

à Hania.

sous les cotons du temps

tombent

les rideaux métalliques

les innocents flirts

s’enrhument

une cocotte en papier peint dans des amas d’agrumes !

– est-ce qu’elle m’aime dans ce tout de noir ?

j’appelle au Sauveur des hommes !

c’était le crépuscule

pour l’heure, j’arrose les arbres

de mon urine

est-ce que c’est l’annonce d’une nuit sans fond ?

écorchure de l’âme

une glissade dans du savon d’été

qu’est-ce qui permet ? – la noyade.

j’ai dû en baver

sous le coup des fatalités

désordre camouflé

un bus orange grince

je suis désorienté en face de Ranima De La Cité

t’accueillir aux soirs…

t’accueillir entre les interstices de la réalité

je rêve d’un dehors nouveau, comme un doute qui gâche toutes ces années. les persiennes d’ailleurs sont d’un beige émietté. là, je suis tombé ! là, je retombe encore…

le râle de mes semblables a quelque chose à m’apprendre, par eux, je m’évapore ! je me laisse tenter par la paix qui descend , mon esprit s’absorbe en deçà de ses voilures

Je voyage, je parle, j’écris

à Djawhar.

je ne sais pas poétiser. je voyage, je parle, j’écris… on dit de moi que je suis maudit, qu’aux ténèbres est voué ma vie ! je crois que chacun à une chance, à un faisceau de lumière :

comme le jour qui coule // comme la nuit qui fend

je soufflais le chaud et le froid

comme un courant d’air ! comme un courant stellaire !

la terre était le ciel // le ciel était de terre

les points cardinaux étaient incommensurables

le sang de ma poitrine nourrissait mille fleurs

je n’avais rien au-dessus de ma tête

l’homme cherche à se résoudre

il sonde son âme dans toutes les directions

depuis la nuit des temps

comme allonger sur la lune

tiède et au calme

il répond à des leurres

et souffre de la contrition et des hommes

je renouvelais mes engagements envers la vie; il était vital pour moi de demeurer pour mes proches. je ne portais rien sur mon cœur, tout était vain et d’ailleurs. je rencontrais Dieu dans un pot de danette

Tigzirt

à Rabah. et à Omar. et à Hidouche. et à Omar.

Le soir tombe sur le jardin.

Les oiseaux se taisent.

Le silence du soir est un objet perdu.

Le silence du soir propre aux animaux, propre aux oiseaux,

est un objet spontané, naturel, perdu.

Sur le jadis. Pascal Quignard.

au commencement il y avait l’oubli, et toi, et ton corps :

l’infini du jour

brûle !

les jours passent

les dédales…

comme la vie en l’air

comme les orteils du pied à l’air libre

où tout est mousseline

je m’en vais sans vraiment partir

passent les jours et viennent les aurores

hélas, je ne reconnais que mon cœur

je ne me l’explique pas

très peu savent

– ils rêvent !

vivre sans vous

et mourir

mourir de vous entendre

et vivre

( ce n’est pas aussi idiot que ça en a l’air ! ).

qu’est-ce qui subsiste

les mots

l’espace

les mots et l’espace ?

je dois tout à ma couleur de peau et l’intuition

il n’y a aucune énigme

comme une âme égarée // comme une seule nuit

j’achève…

je perds, oui, je perds la raison dans la moire du chaton. il pleut sur la rive de Tigzirt, – si t’es sociable, ma belle ! il y a ceux qui préfèrent la compagnie des escargots

il pleut, il pleut… la rive de Tigzirt spirale ! il n’y a qu’une orpheline pour guider un aveugle. la nuit qui tombe en trombe, j’entonne, comme une chanson d’automne

Qui s’infuse

à Mokrani.

sur le rivage soufflait un vent frais… , sur le rivage un vent frais soufflait sur le caillou… , le caillou au bout de ton sein, le caillou de la nuit, de cette nuit là !

sur le rivage un vent frais soufflait sur le caillou de mes nuit, – on aurait dit que les chairs brûlaient ! je moussais autrefois le sable, revoyant mes amours et diverses effronteries

sur le rivage par épuration les migrants échouaient, les manques et des tragédies qui soulevaient plus de manques et d’horreurs. l’histoire moderne nous montrait ses horreurs… !

tu envies l’impassibilité des pierres

comme la musique de la main des vagues

comme la douceur d’un galet sous le soleil

la nature prodigue ses leçons de vie

l’eau salée mouille tes lèvres

tu envies l’impassibilité des pierres

comme leur intranquillité

Murs blancs

il me parvient de la musique qui se noie dans les gosiers

après tout on n’aimerait pas danser

je joue avec les murs blancs

et le cauchemar des morts et des vivants qui se versent

comme un gouffre colportant un entre deux

une allumette dans un tas de foin, sous peu le brasier

je n’ai pas pris le temps des corps apaisés

négligeant le potentiel d’érotisme de l’univers

les brefs moments qui découlent dangereusement

d’où émane une substance l’… le mot s’est détaché !

on aurait souri avec quelqu’un d’un peu voyou

quelqu’un qui brûle de regrets

Hagard

le jour s’endort

un peu moins dans la décrépitude

j’apaise le flux du sang

les rives où je me retrouve ne sont pas miennes

comme ce jour-là : divin !

je ne l’ai pas observé dans mes souvenirs

ne croyant plus à l’immuable ici-bas

je regrette un ciel perdu qui bavait sous la pluie

je regrette aussi pour Adam

et un tas de sièges

( je lui dois comme toi qui lis ! ).

suffit-il de croire, – tu as beau t’affairer ?

à bordeaux, c’est l’après le déluge qui prédomine

j’invente des chapiteaux

où je sacre tous mes repentirs et infidélités

est-ce que c’est le son d’une cloche

son astre tinte le fond

au soir d’une sordide réaffirmation

je dîne seul au kfc

Une fleur de citronnier

à Fanny.

en dépit de ton silence qui m’écorche le sang

l’odeur du jasmin qui me blesse

blesse de mille morsures de serpents

la lune est une amie

le soleil est comme une fête

le jour décline morose

comme les mots que l’on ne peut rattraper

sur mes pays et loin de toi

je suis l’étranger

l’exilé du cœur

je revois par la fenêtre qui apaise mon esprit

le citronnier de l’enfance triste

les lourds portails qui te seront à jamais ouverts

comme me souvenant qu’il n’y a pas si longtemps…

*

dans La femme qui était un livre ¹

le poète ne te drague pas

lorsqu’il est triste

même si le poème t’envoute

plus qu’à voir – une ouverture

pour permuter, de se vivre

le mot qui me vient est séance

*

l’étroitesse de mes pensées m’épargne moult soucis

monsieur Moult et la bosse d’un dromadaire dodelinent dans la ville ! 

( 1 ) Marc Losson.

Oh, la cigarette que l’on fume !

une cigarette se consume entre mes doigts

une cigarette se fume

elle s’appelle Rym

elle est longue et fine, rime souvent avec spleen

comme les vieilles accros qui viennent des indes

je m’en brûle une deuxième

j’ai besoin de nicotine qui calme mes nerfs

la braise rouge est une musique plus ancienne

elle a son style

les non-initiés lui prodigue des paroles vaines

les non-initiés la voit d’un œil en friche

peut-être des rivales… oh, la cigarette que l’on fume !

je succombe sous ses lignes blondes

à toute heure de la nuit et du jour

je me lève pour des bouffées de tabac blanc

rien que nous deux sur mes lèvres

elle dit stop sans vergogne à mes colères

elle dit stop à mes doutes sur l’irrationalité du monde

en bouse de vache, industrielle ou encore à rouler

je souffle sur ses pas clinquants de bourse

par douzaine ou par paquet souple bien rangé

c’est toujours un plaisir et sans regret que je la fume

d’ailleurs, Rym a une prose…

Bocage

j’écrase l’herbe

sur un paisible bocage

pour bâtir

un tipi

sous la pénombre

avec mon dos d’hérisson à trois pattes

comme à présent prendre l’air

est à exclure

je suis ton ange, tiens-moi la main

je suis innocente, pardonne-moi

souviens-toi de nous

souviens-toi que tu es libre

pars à la rencontre des vierges rivages

c’est une chance ce départ qui s’offre à toi

prends-moi dans tes bras une dernière fois

premier visage de femme

que j’entrevois

et aujourd’hui, l’homme pêcheur de carnassiers

aux yeux injectés de sang

l’herbe reverdira à l’automne

les bouts de fils tomberont des branches

sous les intempéries

rats bruns des lacs…

lacs repliés

Chaland

il fait plutôt beau aujourd’hui, même dans le cœur de mes voisins, ce qui n’exclut pas leur violence ! après la tempête vient l’amour – après le soi corrosif, à moi la chaleur :

au magic pub… 54, 56, 58

comme dans la nef d’une église gothique 

une sombre niche au lait froid et de froment

la rue se nomme maréchal joffre 

vous y rencontrerez peut-être son apache  

à qui manquent une hache et un divin sourire

les habitués s’anesthésient jusqu’à la moelle, verdict :

cette enclave est un tamis qui cache

un arrière fond qui grouille

Lola, Fanfan, Bio… une bande dessinée à eux seuls !

et la content à eux seuls !

Comme un au revoir, comme une ombre

à Mehidin et à Tico.

Je t’aime, nous sommes fidèles à nos rêves

nous sommes fidèles à la paix.

Poésie. Jean Sénac.

fini l’éternel

de l’ombre obscure

sais-tu d’orgueil

que les astres sont sûrs ?

la tristesse est immense

et toi, tu es fini

plus le désir de vivre

d’après ta tête rabougrie

comme un au revoir

aux senteurs de vanille

certains ébats du soir

crochètent tes guenilles

Caméléon

dans l’espoir de trouver

une super glue

qui colle

deux fois

la même surface

je regarde les pubs

de patex

parmi d’autres produits

– oh que le monde semble plat

dans un journal !

*

l’un des haïkus de Jean-Baptiste Pélissier aurait pu se glisser là

: je m’abstiens.

*

j’enfilais ses douceurs pour le théâtre, après l’acte qui s’était joué à huis clos. elle remontait de l’histoire la poussière des cités, comme tout un réseau qui dégoulinait d’une tirade rouge

je sentais la fauche de ses petites ruelles fraiches, le tronc de ma peau était égrainé. j’extrayais une photo de l’album commun, c’était d’un vif regret que j’échouais…

Chaâbi qu’à toi

à Mounia.

un cœur qui bat pour toi

et qui brûle

respire

une promesse d’éternité

à présent, je me sens

 : expiré.

il ne reste presque rien de ton parfum d’entropie

mon vide intérieur entame ton souvenir

l’éducation d’une jeune fille pour les temps d’une belle femme

ton cœur prêté comme pour se découvrir à soi-même

la déchéance d’un jeune garçon pour les temps d’un vieille homme

mon cœur offert en perle d’émeraudes que personne n’emplit

… après que celui-ci soit consommé

pas de chute

indéniablement

il est constamment renouvelé dans son amour !

Semence

à Ibtissem.

c’est le loup

qui surgit

pour manger la fillette

simplette

avec des fossettes

que je trouve

superbe

ibtissama

c’est bien toi

personnellement

que je cherche, éperdument

et tout simplement, depuis longtemps

les agréments secrets d’une vie incendiaire

et ses dangers et ses tourments…

le noir besoin d’un ventre monstre et humide

tellement phallique ! tellement fatidique !

les chemins qui se croisent chez le dieu des carrefours

la complicité offerte d’un monde juvénile

j’enveloppe nos soirées de mysticisme, avec toi jusqu’au petit-matin, parfois.

un soir dans tes vieux jours

lorsque tu seras assise auprès de ton radiateur

repensant à tes jeunes et belles années

tu te diras A. m’a célébré, pense-y bien !

comme l’avez fait avant toi Hélène De France

le doux secret de cette maxime se cache dans ledit poème

Je vois le ciel

il me faut de la poésie pour entendre // il me faut de la poésie pour survivre

je veux respirer pour vivre sans heurts

je veux revivre mes mots qui font l’écriture

je vois le ciel. petit, je suis !

je vois le ciel. croyant, je suis !

je vois le ciel. poète, je suis !

je cherche ma quiétude dans les infinies miniatures  

j’ai combattu toute volonté de puissance

j’inspire à vivre de la poésie

je suis l’éternel soupirant

Chimène est certainement une jolie fille

( il y a une expression qui dit avoir les yeux de Chimène ! ).

je m’assure du monde. je m’assure qu’il va bien, qu’il chante tant bien que mal, et qu’il rêve de ses irrémédiables bonheurs qui se raréfient, ou à demain…

le noyau sera

la plate désinvolture

et les baisers de l’aimée

où je pends

la poésie comptera au cœur de l’humanité, à l’esprit des vents. l’exotisme change, ô terre des conquérants ! je voyage à l’intérieur de mes frontières et en dehors…

un poème

ce

à

quoi

tout

homme

devrait

prétendre

la

fièvre

dans

la

peau

comme

un devin

Sclérose

je t’aimais dès lors…

comme une nuée ardente

après tout ce temps

perdu

je partais loin

lancé par ton idéalisation

entre tes garde-fous

: je rêvais.

je te voulais avec violence

d’un lien indéfectible

ne sachant pas te voir

autrement !

maux

gorgé

boiteux

filament

j’arrivais encore à sourire de mes amours défunts

de mes souvenirs parés comme une torsade de cheveux

une autre vague à l’eau : je ne m’ouvrais jamais à tes volutes sereines de la vie à deux, comme des passagères rencontres qui jouaient des métamorphoses et du morse

tels étaient les paroles d’un poète sublime et interdit d’accès

… et ses renoncements !

Télégrammes avant l’an 2000

à Nassima.

Et il y a Quelque chose de bizarre – chez moi –

Cette personne que j’étais –

Et Celle-ci – n’ont pas l’air d’être la même –

Serait-ce – la Folie ?

Poésies 1882. Emily Dickinson.

Traduit par Françoise Delphy.

L’union-centre –

Jour et heure de dépôt le Jeudi 24 à 23h07 : 49 mots.

je renais content -STOP- par malheur ou par chance -STOP- je n’y peux rien -STOP- comme la mouche de Duras -STOP- les courants créent des fleuves -STOP- le soleil se lève à la même heure -STOP- un poète peut disait-il -STOP- pour le moment -STOP et FIN

L’union-centre –

Jour et heure de dépôt le Jeudi 24 à 23h14 : 54 mots.

cette Madone est de l’or -STOP- que j’oublie -STOP- les jours défilent -STOP- sombres taches -STOP- je n’ai besoin d’aucune posture -STOP- dans mon trou -STOP- une liane de cœur -STOP- paroles d’un fou -STOP- tu ne peux les battre -STOP- un palais et les devantures -STOP et FIN

L’union-centre –

Jour et heure de dépôt le Jeudi 24 à 23h24 : 46 mots.

mon amie tu peux te dévoiler -STOP- je pars avec toi -STOP- mon amie -STOP- tu me montres ta réalité -STOP- ton corps sera mon paradis -STOP-à demain où je rompe à tes pieds -STOP- toi la femme que j’aime aujourd’hui -STOP et FIN

L’union-centre –

Jour et heure de dépôt le Jeudi 24 à 23h27 : 50 mots.

je ne suis pas attractif -STOP- asexué -STOP- le roman chef-d’œuvre -STOP- je mène la vie dure à mes amours -STOP- il y a de quoi ne pas être futé -STOP- pas très -STOP- ce sont nos mêmes mots -STOP- le mal-aimé est encore moi -STOP et FIN

L’union-centre –

Jour et heure de dépôt le Jeudi 24 à 23h31 : 53 mots.

j’ai un froid chagrin -STOP- mon cœur est un verre qui tombe -STOP- je dine d’une soupe de pierres -STOP- je passe l’été en douceur -STOP- j’essaie la justice le linge les couleurs -STOP- mon œil gauche est rouge -STOP- il pleut comme un long silence -STOP et FIN

L’union-centre –

Jour et heure de dépôt le Jeudi 24 à 23h34 : 55 mots.

la mouche est passée -STOP- pas pleurer -STOP- tout me rappelle à son souvenir -STOP- parmi celles en état de grâce -STOP- pas laver et pas gratter -STOP- j’enjambe les serpents -STOP- la mouche me sert d’alibi -STOP- je continue d’enculer des mouches -STOP- je reste sur ma droite -STOP et FIN

L’union-centre –

Jour et heure de dépôt le Jeudi 24 à 23h49 : 44 mots.

je dis ces mots qui montent à ma bouche presque comme un murmure à une fleur à la fin d’une soirée ou à la fin d’une couche -STOP- j’aime depuis les serpents -STOP- j’aime depuis les mouches -STOP et FIN

Chanson de la rupture

j’étais imparfaitement un mort – vivant

pour vous

pour vous

je fuyais longtemps la vie d’ici bas

avec nous

avec nous

vous me manquiez, à mon tour d’aimer

pour vous

avec nous

je ne pouvais oublier et non plus effacer, – pourquoi vous ?

les vents se brisaient sur la porte de mon cœur, au désert de mes routes… , ô mon esquive ! je vous accueillais, rien ne faisait obstacle au premier abord ! seuls me yeux qui vibraient et cristallins

lorsque j’allais, une printanière après-midi convoitant des ouvertures, je souhaitais une fine pluie sur mes paupières à demi closes, comme pour faire mienne cette bourgeoise blessure

de tout mon être

être deux, comme des sourires

Chant debout

une aube erronée d’été

un cœur-folie éclairant et brutale, – les pacifier !

( est-ce revenir au monde

parmi tant d’autres feux, comme me trahir ? ).

Noor

il me suffit de répondre par : plus tard !

une psalmodie de l’aube à mon âme

un murmure, noms du Coran

récit, récit oratoire :

je revisitais les tombes, comme en Guyenne. c’était de l’ouïe, celle derrière l’étoffe. je me désillusionnais des fausses communions, puisque les chants se font debout

café et douce cigarette !

prières

Chants

à Narimane.

Où est F. ? Je ne l’ai pas vu depuis longtemps.

F. ? Vous ne savez pas où est F. ? F. Est dans un labyrinthe, il n’en sortira

sans doute plus.

F. ? Notre F. ? Le barbu ?

C’est bien lui.

Dans un labyrinthe ?

Oui.

Derniers Cahiers 1922 – 1924. Franz Kafka.

Traduit de l’allemand par Robert Kahn.

je me couvrais d’une veste qui me tenait chaud, le feu brûlait ma poitrine, et me blottir tout contre était ma consolation. c’était de mon cœur, un jour de septembre

je ne saurais être un pianiste, mais peut-être oiseleur ! hors du temps, une image entachée de remords, aussi. je livrais d’un vif regret mon malléable âme, une odeur

la vie chantait, – comment allait-elle bon train ? plus que de raison, le tronc de ma peau, une vieille ronce de la cendre des cités qui s’accumulait. ton tout en dépôt, m’était-il ami ?

comme ton départ qui laissait un trop plein de vide

j’arpentais les ruelles électriques, le rouge de l’étude, comme le sucre de l’arc-en-ciel à saint-michel, parmi quelques ressemblances qui me faisaient sombrer

je me demandais quand et pourquoi philosopher ? – lorsque le tragique du squelette à en devenir. je voulais être du cours de la vie, de la lune et de mes rêves

*

J’ai eu la chance de rencontrer l’art parce que j’avais, sur un plan psychique, tout ce qu’il fallait pour devenir une terroriste. Niki De Saint Phalle.

comme un poète charbonneux, connaitre et apprendre était mon seul souhait. je me rêvais des délicatesses, ainsi m’en sortir de la rue ou faire un carnage !

je ne souhaitais qu’être bon

je ne souhaitais sentir que le vrai

je ne souhaitais qu’admirer mes semblables !

après cet ombrage, je passais comme une lettre à la poste, et mes yeux questionnaient mon cœur, le gras du ciel. je ne rencontrais que l’inouïe et les nuages jaunes

une traversée qui ne disait rien

rien de drôle ou de rose

comme un train qui rentrait en gare

je m’attardais sur les ombrelles, les couleurs qui se distillaient dans mon oasis. ils étaient tous d’une rare merveille et me rendaient visite

je tombais du haut de mes chevaux qui me suspendaient, en rien aussi les esquimaux menaçaient ! je voyageais de pôle en pôle sans bouger de mon lit, un tourbillon

comme une poésie qui révélait un possible chaos, une démolition autoprogrammée, et si je ne m’y attelais pas, comme pour la foi, je dépérirais

*

les nuages m’accrochaient en ce jour béni, il y avait presque tout dans ces nuages : tes mains, ton nez, ton dos, etc. tu rétrécissais

je devinais l’ovale de l’horizon

je scrutais le paysage

j’étais bien sous les pigeons bleus !

la terre de ma peau… , comme une première au jardin botanique ! le jardin zen et le gazon vert de la ville, les poissons du japon, les bulles, etc. un je ne sais quoi qui me titillait

– on est bien parmi les gens, mon frère ! disait-il avec un sourire. puis, il se tempérait.

je piochais les phrases des flâneurs

je laissais agir ma transformation

j’observais mon inattention !

je ne prenais rien à cœur, tout comme toi. je m’éloignais du tissu commun, nul ne pouvait me rétablir. le bonheur de chanter était de survivre à soi-même, un vaste continent de mes foulées

je n’étais que ton chantre âpreté aux louanges de ta plaie, cela est vrai que tu étais superbe et me snobais. je te faisais du mal de nous, et tu me le renvoyais, inhumaine

– tu n’étais qu’une vulgaire ombre !

– je n’étais que l’ombre de moi-même.

*

on luttait contre le feu qui engloutissait la ville, la boue en d’autres saisons s’écrasait sur nos semelles. tout n’était autour que désolation et vieilles tôles, sous un ciel infernal

on cheminait comme une perle nacrée qui bousculait le mollusque. on ne s’en sortait pas depuis, par toutes les voies. on se levait pour voir le jour et l’étau se resserrait

on déambulait dans notre géant dortoir, oh, il le restera longtemps ! notre environnement brulait et demeurait sans secours, sans secours, sans secours, etc.

comme pour les prières sur nos dépouilles qui n’étaient plus à purifier

l’horreur et la confusion

la mécanique de la solidarité, l’élan

une semaine lapée par le jour de la fin des temps !

*

j’entrevoyais la lumière entre les notes de Liszt qui me consolait, me console ! cela remontait d’un abîme et de la Parole célébrée, refoulée, et qui transitait

j’allais vers quoi on ne pouvait lutter, sans souffrance aucune, un spleen. les raisons de ma vocation et de ma Ténèbre, comme pour étancher ma soif de celle que j’aimais, sauvagement

j’ouvrais ta porte d’une seule étreinte, etc. malédiction ! je chantais aussi nos clairs nuits, comme les vents de septembre où nos mots en or s’étaient envolés

– celui qui aime aime en Dieu.

*

les billes mises en terre

les pierres

comme avant l’errance

dans le bois

les charmes

il n’y avait plus d’espace dans l’armoire à araignées

les paroles d’un moulin !

vieux grimoire

lorsqu’un parterre

*

j’acquiesçais une gifle de cinéma, chaque fois que je voulais bien faire : Paf ! elle s’était réalisée, imprévisible, lutine. une femme pour le grand écran

ah : je la noyais avec mes yeux, – je caressais ses plates jambes, – je me laissais chavirer dans ses eaux ! je me rendais compte de la chance qui me fuyait et de nos intentions qui n’étaient pas très orthodoxe :

– je te mange tout entier.

– je te dévore tout entière.

elle me disait sans malice qu’elle m’aimait bien, que j’étais son ourson. l’instant d’après, elle attirait mon attention sur un soleil sur les dalles, comme pour son drôle de chapeau

elle lisait Eluard, Poèmes du dernier amour

j’écoutais Liszt

*

de mon cœur qui se balançait entre : le délire de réinventer ou la folie d’oublier. lorsqu’il y avait urgence, je tâtonnais du palais en ce long jour de septembre, parce qu’il pleuvait dans mes oreilles d’âne bâté !

l’ouverture du ciel sur le couchant délivrait un passe-droit :

– il était bizarre ce noir.

– il était plus noir que le noir de Soulage.

o

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l’

a

m

o

u

r

j’étais le bon client lorsque nul ne répondait sur tout ou sur rien, me baignant d’illusions sans colère ni ressentiment. c’était de mes chevaux vapeurs et la notion diurne sauvage

je lisais le bois, en dormant, me rappelant de ton nom ! nous étions pris au cœur, l’espace trônait sur le temps qui freinait nos déboires. je redoublais, nos béquilles d’antan me soutenait

*

deux gouttes, trois gouttes, quatre gouttes,

cinq gouttes, etc. l’espace d’un théâtre qui s’égouttait : Molière !

zut : je croyais voir une nouvelle lune, – je devinais les étoiles en plein jour, – je déraillais de mon alphabet ! ils avaient des regards qui tuent et une parole qui blesse, comme partout

de bord : ô mon cœur… , ô mon obsession… ! snif : j’attendais que la lumière de la ville m’éblouisse, – j’attendais en fumant aussi, – je t’attendais sans commune mesure avec ce jour !

comme les sirènes qui manquaient à mes appelles :

j’étais cette lune

j’étais cette antilope dans le désert

j’étais cette herbe verte qui ondoyait

*

la guitare s’introduisait d’un rythme continu, strident

suivait les coups // venait les batteries

je replongeais dans le silence d’un bond, l’harmonie se révélait. je vibrais à travers les sonorités électriques, et ma poitrine était en feux. mon âme s’ouvrait à cet instant précis :

comme une fleur en automne après le dégèle

ou trop tard dans les saisons

je me noyais sans envie dans le bois lumineux, pour en finir avec la voix qui déchirait le ciel, joliment. je volais cet univers métallique et les dissonances

comme un froid de tombeau qui glaçait les masques

j’avais froid

je faisais un rêve cette nuit-là d’un être qui marchait sur l’eau, multiple. je lui empruntais sa couronne comme il ne se laissait pas attendrir, quoique un peu soulagé

– ô voie de l’enfance puisses-tu te dilater, flamboyer !

l’un des mystères de Pilate, – pourquoi lui ? pourquoi pas moi !

*

je ne valais pas ma vie pour un clou, lorsque les dieux en mouvements transigeaient avec humour. j’avais tous les âges, comme ce jour d’automne au baille renouvelable, indéfini

gardien du chemin de mon cœur

matérialisé par l’écriture

– est-ce que c’était la fatigue morale ou le repos du poète ?

– une manifestation.

( je tenais après tout à mes scalènes ! ).

j’étais recouvert d’un éclat par la grisé en errant dans les immensités sidérales, éprouvant chaque respiration. je délirais à non plus finir autour du temps

je m’éprenais de tout

je désapprenais

*

je ne l’espérais rien que pour moi-même, pour ma survie, l’idiome des prochains vingt-quatre cailloux, eh, – du mens ? comme la promesse d’une décennie de solitude, à lire, à écrire

dépression / courage / dépression

( courage à bras le corps ! ).

puck : je travaillais pour être riche de ces nuages, – je fuyais le soi, – je disais très peu ! j’étais anxieux avant toute chose à plein paumons. j’en avais marre de tout, des ruptures, de toi

comme à lui-même :

– tu t’appelles comment ?

– je ne suis personne.

– tu vas bien ?

– je crois, bien !

– je te souhaite un joyeux anniversaire.

– bel anniversaire à toi.

– je te laisse, rendors-toi.

– merci.*

je me questionnais sur la parole consignée ou retranscrite, au souffle figé ou antique, plus encore dans la durée. lorsque j’en étais à les fantasmer et à les vivre

00 : 01

* inspiré de Rosetta, interprétée par Emilie Dequenne, film des frères Dardenne.

Fractures

à Sophia.

complainte entendue

plantes brûlées et drôles de chapeaux

vaste fémur comme les jours abimés

où retombaient les générosités d’un adolescent

révolution des fleurs et des pierres

sensibilité d’une tête muette avec ses frères… , – pas bien pas bien !

quelques colombes effleuraient la fenêtre d’un paisible lointain

nous fallait-il faire face, à tout – à rien – à l’aurore alitée ?

comme un radeau vermoulu, etc.

traversant les longs soirs miraculeux, comme les phyllades !

il quittait le miel et les abeilles de son pays

pour la rive des estropiés

Repêchages

à Rochdi.

Quelque chose est là

Pas loin, à côté.

Qui voudra m’ouvrir

Cette porte ? Qui voudra ?

L’enfant-jazz. Mohammed Dib.

je tenais mon lot de baptêmes du feu, comme tomber plusieurs fois du même arbre. je ne me justifiais en rien au pré de mes interlocuteurs, bien avant ceci :

je passais un pacte pour être méchant et le roi des songes, rien que pour regagner la vie d’ici-bas, regagner la vie une seconde fois à côté de mes semblables   

à propos de mon écriture :                          passion                initiation              exil

à moi seul, je suis une équipe :

concepteur

réalisateur   

producteur 

je vis en poète.

lorsque je découvre le fin mot 

je reste émerveillé avec les yeux qui brillent

je le fais entendre 

je le fais savoir 

je ne veux que continuer…

Flocons d’hiver

à Ibtissem.

je reste un amoureux de ceux qui s’aiment :

nous reversions du vin là tout contre nos cœurs

nous miroitions devant nos soudainetés

vous étiez une femme aux yeux de chouette, femme de la longitude, femme de l’épopée, etc. je vous pleure car me trahie l’aurore ! une descendante in-établie et j’enfouis…

carrousels  

bouffon

badour 

nous faisions le tour de nos désespoirs de nos royaumes 

les coudées franches comme un rajout

votre écho retentit à l’intérieur de moi comme un puits, et n’en est que plus cruel, sans une promesse de retrouvailles, ni d’une délivrance…

nous en voulions aux autres de leur indifférence  

nous étions deux flocons d’hiver, deux maux roses

D’un soir l’autre soir

mes prières mêlées

aux lointains de la harpe arabe

nul ne peut me délivrer

sans promesse de salut

à l’effarement

aux troubles est jetée ma vie

grandir comme les autres

passer les paliers

échos et vents retentissent

mes souvenirs qui m’éventrent et me délient

vous vous figez devant le vide

vous y demeurez in-extirpé

remercier remercier remercier remercier remercier remercier remercier remercier remercier remercier remercier remercier remercier remercier remercier remercier remercier remercier remercier remercier remercier remercier remercier remercier remercier remercier remercier remercier remercier remercier remercier remercier remercier remercier remercier remercier remercier

il y a des nuages gris au goût du passé et des arbres, sombres comme une allumette. nommons-les la vue, ou peut-être ! je ne sais quoi faire de cet ordinaire éméché, de mes fêlures… , me souvenant des ruines

je crache de la fumée, une ombre bleue file, aiguisée selon la nuit, le sol. est-ce un mirage qui danse, un rêve incombé ? devant la baie vitrée, ma tête posée sur la grande paume, je pense à vous, au pays, sans chercher

abjurer abjurer abjurer…

De zéro à douze

à Ghiles.

Le meurtre du douanier fut splendide avec le cerne bleu des yeux et l’accent rauque des canards près de la marre. Les ténèbres 1927. Robert Desnos.

: 0

—— –, — – –, —– — –, –

–, —-, ——-, —— —- —- —– !

—- — – — – – – – -, – – -, – – – ,

——————————————————— ?

— — , —–

– – — – – – —, – – – , —

— —, — -, — —

: 1

je n’ai jamais trouvé un lien entre une chenille, les étoiles et nous

qui témoignions de cela, un peu ahuris

j’aime te parler encore un peu de notre présence au monde

du don de la vie, de nos premiers cris…

il aurait fallu que tu me quittes pour accepter mon étrangeté

mes hors limites, etc. un pardon se niche là

tu es l’autre continent, tu es le verre de lait

: 2

accroche toi, rajuste tes ailes, cible le jour, endure

tes nuits, etc. les pôles s’entrecroisent

une histoire au flanc des dunes, une oasis, joue avec les vents

réinvente des tempêtes, etc. on aurait dit un climat tropical

vol au-dessus des lignes, ne trébuche pas : une paire de basket

blanche, une paire sans lacets imbibée de sang

un départ, une pause, un revers

: 3

je rêve de sahara et de la lune d’argent plus brûlants que le métal, parfois

un clairon s’entend, parfois les bois… , – c’est d’une faille que j’arrive !

je sors de la tourmente, ignoré par la mort, comme passer

par la faim. les plus illustres sont passés en versant leur sang noir

trois cartes, j’espère une quinte d’os sur les braises

en amont de mon amour, au creux de ma main

une rature, une frondaison, un délit

: 4

les bancs publics définissent ton rang social, parlent de tes états

d’âme, etc. les hobos même ne s’y assoient plus

ton corps s’est tellement reposé sur leurs sièges que cela te rend

inquiétant, plus que la course à l’hécatombe

tu ne sais d’où te vient le besoin de les fréquenter, de laisser couler

absent de toi-même à l’écoute du vent et les arbres

un banc, une conversation, une fenêtre

: 5

je range mes photos comme de l’artillerie, une chape des

choses véhiculés. je me les figure jaunies, une colle

mes proches s’efforcent à m’éloigner de la poésie, comme au

début de mes tentatives. ils me tiennent dans l’ignorance

les justifier peut m’apparenter à un leurre, si c’est pour me

préserver. parce que cela au fond produit l’inverse

un visage, une absence, un podium

: 6

dur de passer à travers Nedjma, un roman écrit à deux

mains, cela me calme comme un glaçon

il faut reconsidérer cet ovni et les contributions des ses auteurs

que l’on reparle encore et toujours ! les postérités sont pour qui ?

Kateb Y. prenait des notes sur des cahiers avant sa

disparition. je souhaite jeter un coup d’œil et réécrire avec le barde

un lecteur, un manque, un appel

: 7

je trébuche à chaque palier de mes errances, interdit au toucher

de ma mémoire. oh, quel malaise !

je transpose mon cœur sur la réalité, rien ne me permet

d’explorer mes horizons, une réserve

je revois l’adolescent au visage triste et qui sourit

vilain, désireux de s’endormir sur son foyer de la mélancolie

l’amour m’aurait fait grandir, la mort m’aurait fait guérir

: 8

je touchais un peu à mon mektoub au sahara, mes yeux

exprimaient le feu, insoutenable. une voracité

je bougeais avec mes mots les lignes de mes interlocuteurs

cyclique cellule, déloyale. je m’éloignais troublé

c’était une main très vague, quelques feuilles sur les dunes

comme un éclair. écrire dès lors était un ancrage

une anomalie s’était révélée, une décharge s’était échappée

: 9

selon ta représentation du fruit de la connaissance, pomme ou

poire, etc. à un détail près, cela parle de ton courant poétique

les fruits à part les manger, les sexualiser, les laisser pourrir sur un

plateau, etc. tu peux les peindre et rentrer dedans, bien dedans

comme le fruit au goût de miel pour l’amant, l’amante

jusqu’à ce que la terre te fend

un mystère, un précipice, une planche

: 10

je commence à me sentir en phase avec mes propositions

comme la poigne d’un fleuret, qu’il me faut déjà creuser davantage

je transcris une poésie qui me travaille, – pourquoi donc est-ce

ainsi ? revivre peut-être une seconde fois, une gratitude

les nœuds, flottements, sont communément les plus authentiques

à transmettre. je verse d’une incrédible douceur

un capharnaüm, un catafalque, un salut

: 11

je voyais parfois des formes avant de m’endormir, peu bruyantes et

imperméables au temps, mais surtout éveillées

je ne les rattachais à aucune vérité. elles tombaient, impactantes

immédiates. elles avaient une tonalité dramatique, leurs propres couleurs

je les considérais selon mon état d’esprit, l’intensité du moment qui

me prédisposait à les recevoir. elles cousaient dans les parages

une nuit, une attention, une interstice

: 12

fin et retour d’un jour de récréation, la ville s’illumine

bientôt l’aube. sur le buffet une enveloppe, une banane isolée

et un briquet. mais je sais du feu que le souvenir d’une étincelle

j’ai soif d’eau du puits, 1 litre, 2 litres, 5 litres… , – sinon séché ! une nuit

est passée sans ailes, encore une nuit sans toi

je n’ai pas tes doigts de fée, tout colle dans les tromperies, gommées

pour quel praf je me suis fourvoyé ? pour quel tableau je me suis enroulé ?

Esprit, cœur et âme

1/3

j’allume, j’étreins… c’est toujours moi ! la lampe du bureau fatigue mes yeux, une veille artificielle précédé d’un jour comme un ciel d’été, quinteux

je repense à mes amis qui ne m’ont pas appris à panser mes maux, à faire mon deuil, où sont ceux que j’aimais ? je les tuerai pour m’avoir laissé loin de leur aura

— un tel, dommage… il avait un énorme potentiel ! dommage ! il me devait des sous, et puis sans être trop regardant, je tournais la tête vers l’horizon de mon cœur.

je renonçais à tous les univers qui s’offraient, s’annulaient, etc. je n’avais peut-être pas assez de hauteur, ni de mérite. je comprenais vite

je cherchais dans mon enfance un baume, sans m’attarder sur la primeur de ses affects, annonçant l’avènement d’une chaotique histoire, comme un malheureux malentendu, une supercherie

— je rentrais perdu dans la céleste cité avec mes parchemins, mon baluchon et mes loques. toutes mes lectures et mes poux m’y diriger.

je sais ton cœur en n’espérant plus de tes nouvelles, cet instant d’où ma langue bascule. je te promets qu’une pluvieuse après-midi peut me rapprocher de ce qui fut

je veux que tu m’entoures dans mon long voyage, par tes prières rompues, pour m’emplir des saveurs de la rosée et revenir vers chez toi, vers la clarté

— je glissais de mes mots sur le lit qui me fragilisait, que je dépassais, après une assiette de fromage et de saumon fumé ! une malédiction.

2/3

te reconnaître bien là, à la renverse

et le mal qui se joue de toi

quand pour les âmes ici-bas est de finir

une langue qui s’exporte, tu rages comme la peste

en te cachant pour ne pas voir l’horreur

encore moins qu’un prince, cacher ton chagrin

3/3

je lisais les poésies de James J. ma tête s’engouffrait dans l’oreiller. le lit me semblait profond. il se trouvait tout de même une fin à ma descente, une chute ! les mots sur lesquels je rebondissais.

je me redressais en nage, comme sorti d’un songe inhospitalier. j’étais pris par une froide fièvre et la nuit, une chorale chantait en moi. je me soulageais cependant qu’il n’y avait pas de pot.

je me disais si j’écris d’une égale beauté, un vers, une phrase par jour, je serais dans le sillage de la plénitude. il faisait dehors un plat brouillard qui fait asseoir une méfiance pour les individus que l’on croise.

À minuit le mur s’est effondré

à oncle Abdelkrim.

une voix me halait lorsque je priais, indiscernable, chaude et lointaine : reviens mon fils, reviens ! disait-elle. je me fourvoyais avant de me ressaisir, puisqu’Il n’a pas de fils :

la nuit est à l’orage de sable

et sommeille sur ses défaites et ses morts

sur pieds et livré sans nœuds que je suis

le branle d’un sursaut cartonné

vendredi, sinon quoi dire ?

les jours sont promus aux suicidés et aux fuites

les poings ne tiennent plus tête ni parole

demeure le devoir

si frêle est la traversée des heures d’un deuil

qui donnent : une soif !

marcher sans y croire parmi les ombres

la tête haute et insoumis

les adieux au ciel de l’enfance

nos retrouvailles seront immaculées, mon oncle !

vous réclamiez le pardon à la voix des poètes

ils hurlent : c’est lui – c’est lui !

leurs invectives sans entrailles : ils glissent !

devrons-nous suivre ?

votre âme visite les maisons et les nues

votre mémoire retrouve ses éclairs

les coups sournois ailleurs à répétition

un dédain à la dernière cigarette, sans s’y voir

hors de portée sont les morts ?

leurs mains sentent le camphre, le musc et la rose, vidées

rêvant d’une erre, de l’ange de la mort… , – pourquoi ?

ils prennent des trains comme si c’était le dernier

trois feuilles au réceptionniste, rien qu’un stylo et une main

il préparait sa nuit, une proie

la chambre contient deux lits blancs

je-quitterai-les-lieux-avant-qu’-ils-ne-sentent-mon-odeur

une bien heureuse mort lorsqu’il faut tuer ses idoles

l’invariable calcul des rails

( Dieu qu’elles sont propres les consciences ! ).

les toits en guise de murailles, un nid

une synergie s’éternise aux alentours, sinon nulle part

la ville se rouille et rien ne promet, aucune sentence

sans y croire, un peu aussi !

la lumière des pôles n’est qu’une considération

une perspective qui échoue  

les éboueurs passent aux seuils des portes

relient les anciennes douleurs, grincent des dents comme du fer

le souffle atteint ou éteint

une brise d’été parvient jusqu’à la fenêtre

une époque est passée, l’écriture

pour quand est le nirvana ?

le monde mérite la ruse dans le sacré, peut-être !

en dehors nul n’en a besoin

vous devriez soulager votre cœur, lâchez vos liens

le cirque prendra fin, ou jamais

De jour comme de nuit

à Yasmine. et à Camille.

demi-sœurs de cœur.

Tristan : Qu’avais-je donc rêvé, de l’honneur de Tristan ?

Isolde : Qu’avais-je donc rêvé, de la honte d’Isolde ?

Tristan et Isolde. Richard Wagner.

Traduit par Dominique Sila.

: 1

toi avec moi // moi avec toi

le jour avec la nuit // la nuit avec le jour

la nuit cédant au jour // le jour cédant à la nuit

moi sur toi // toi sur moi

entre toi et moi // entre moi et toi

le soleil célébrant une lune // la lune célébrant un soleil

un peu de toi // un peu de moi

le jour dans la nuit // la nuit dans le jour

la lune pleurant un soleil // le soleil pleurant une lune

de tes mensonges sur moi // de mes mensonges sur toi

toi ou moi // moi ou toi

été comme automne // automne comme été

le jour glisse sur la nuit // la nuit glisse sur le jour

toi en moi // moi en toi

toi malgré moi // moi malgré toi

toi sans moi // moi sans toi

là, le jour gît // là, la nuit gît

désirant de toi // désirante de moi

croire en toi // croire en moi

l’eau et le vin // le vin et l’eau

vénus pour mars // mars pour vénus

toi et moi // moi et toi

chienne d’un loup // chien d’une louve

nous

: 2

une fille // un garçon

le monde pour lui // le monde pour elle

un univers avec elle // un univers avec lui

ils s’aiment // ils s’éloignent

il lui manque // elle lui manque

autour d’un diner // au milieu d’un déjeuner

elle l’habille d’un sourire // il l’habille d’une caresse

un rêve de lune // un rêve de soleil

elle le reconnaît // il la reconnaît

un amour de fleur // un amour de miel

elle remonte d’un souvenir // il redescend d’une réminiscence

son étoile capte les fables // son étoile capte les contes

elle porte le dramatique // il porte le tragique

claudia et arman // arman et claudia

elle l’accompagne dans sa traversée // il l’accompagne dans son voyage

pour goûter les joies de la volupté // pour savourer les délices de la félicité

un lac sur un ciel // un ciel sur un lac

c’est tellement elle // c’est tellement il

elle tâtonne pour marcher // il tâtonne pour s’asseoir

un regard de celui qui la guérit // un regard de celle qui le sauve

la tristesse l’oblige // la tristesse le condamne

elle dort à bâbord // il dort à tribord

elle n’a rien d’une poétesse // il n’a rien d’un poète

pourtant

: 3

une sagesse transitoire // une folie ambulatoire

elle pardonne sans un reproche // il pardonne sans un effort

une comédienne // un comédien

lorsqu’il la baise // lorsqu’elle le baise

elle joue des interdits // il joue des anathèmes

les comètes déménagent // les comètes euphorisent

toi comme la fin d’un début // moi comme le début d’une fin

à l’orée du jour // à l’orée de la nuit

elle le cultive // il la labour

leur terre est plate // leur terre est ronde

les lunes se compilent // les soleils se faufilent

une allée émotionnelle // une allée sensorielle

elle s’invite dans son assiette // il s’invite dans son terroir

toi en deçà de moi // moi en deçà de toi

son aura est rouge // son aura est mauve

magma et cristal // cristal et magma

elle ironise sur la vie // il ironise sur la mort

les anges neutralisent // les démons désunissent

l’exception d’un amandier // la singularité d’un olivier

une éclipse solaire s’attarde // une éclipse lunaire s’accroche

elle lui fredonne ses nuits // il lui murmure ses jours

la terre se dérobe // le ciel se dissipe

elle n’a plus confiance // il n’a plus foi

vice-versa

: 4

bonsoir soleil // bonjour lune

elle est d’un futur // il est d’un passé

elle fortifie un filtre // il emplâtre une potion

d’ombre et de lumière // de lumière et d’ombre

aux aurores // aux crépuscules

brève des infidélités // brève des trahisons

à jamais son âme blessée // à jamais son cœur entaché

sable et marbre // granite et poussière

elle vient de loin // il arrive de loin

au-delà de la longueur des continents // au-delà de la hauteur des nuages

t’adonner à moi // m’adonner à toi

te rappeler de mes réponses // me rappeler de tes signes

rien de toi n’est vain // rien de moi n’est vain

rien n’est perdu de nos errances // rien n’est gagner de nos quêtes

nous nous sommes aimer // nous nous sommes détester

comme d’un autre centre // comme d’un autre appel

un souhait de nacre // un souhait de corail

que ton âme luise // que ton cœur vibre

se hisser pour t’atteindre // se baisser pour m’atteindre

trop beau un tantinet laid // trop laid un tantinet beau

elle voit en lui une autre // il voit en elle un autre

de la vie à la mort // de la mort à la vie

de toi // de moi

poème

Débutant tardif

à Oussama.

Je regrette maintenant d’avoir été un débutant si tardif. Il semble que j’ai été un débutant tardif en tout. Je pense que j’étais en quelque sorte retardé. Francis Bacon.

: a

lors de l’un de mes voyages // lors de l’un de mes romans

j’ai appris

il n’y a pas que la bourse dans la vie

il n’y a pas que les bons ou les mauvais, le bien et le mal

demeure mes joies // demeure mes peines

j’aligne ces lignes à l’encre de mon sang

comme de tout temps

le dit de ce chant est un adieu

de par la condamnation // de par la contemplation

je me ballade dans les rues d’une irréelle ville

son âme m’agrippe // son bat m’incorpore

les soirs de solitude : j’alimente mon cœur

: z

tu es l’esseulé // tu es le tahen

désespérément

le bureau des réclamations est sourd // le bureau des lamentations est aveugle

ils sont nombreux ceux qui prennent la mauvaise tangente

tu te meurs chaque soir // tu te relèves chaque matin

il n’y a du reste plus d’espoir

tu t’endors sous l’eau // tu t’éveilles sous le feu

tu sais qu’il y a une lueur

tu tournes à gauche // tu tournes à droite

tu plonges ton regard en toi-même

tu envisages le centre // tu envisages le bord

tu te dégages pour être multiple

: a

rien qu’une sortie // rien qu’une entrée

la voix se trouble dans les foires aux manèges

elle exhume de l’ombre // elle exhume du tabac

je manifeste de la gêne // je transpire de la poésie

( sans mousqueton ! ).

le Cœur Intemporel frappe fort dans ma bouche

qu’il ne peut s’exprimer convenablement // qu’il ne peut clamer consensuellement

c’est l’automne avec ses attentes

qu’est-ce qu’on serait sans une tasse de café !

sifflotant au près d’un ruisseau // chantant au près d’une fontaine

nu comme les oiseaux !

je respire encore grâce à l’art // je respire encore grâce à l’amour

je ne suis bon que dans le malheur

: z

quelqu’un qui te serre // quelqu’un qui te soulève

tu es en difficulté

inadapté à la vie en société

tu as vu le jour pour tout voir // tu as vu le jour pour tout entendre

elle te fuit proche de m’amour

que rien ne se nœuds // que rien ne se défait

tu approches parfois à travers les miroirs

le fond des ses faits // le don de ses gestes

tu prends une feuille // tu vois un compas

tu vois un effaceur// tu prends une règle

si seulement tu avais une assise …

: a

j’écris : Je bois. // j’écris : Sanguine.

comme l’eau rouge qui coule dans les estaminets

j’écris: Je suis béni à l’infini. // j’écris: Je suis perdu à l’inconditionnel.

j’écris les lettres dans le vide des mots

j’écris : Craie // j’écris : Je mens.

sur ses parjures // sur ses déshonneurs

est-elle seulement présente derrière mes filtres ?

ô douceur !

à quel moment nos actes prennent leur sens ?

non-être // supra-être

nous en tirons des satisfactions

j’ai perdu sur mon poème // j’ai gagné sur mon être

: z

tu es fatigué de vivre // tu es fatigué de mourir

à l’air libre par Sa faute // à l’air libre pour les autres

tu claques les portes du grand hôpital

l’horreur des enfers remonte à terre

tu es rarement du côté du renoncement // tu es rarement du côté du ressentiment

à la nuit tombée

tant qu’il y a à faire ta présence est de ce rafiot

tout en étant libre // tout en étant libre

tes crins ondoyants // tes plumes soyeuses

tu incarnes les noces du paradis et du ciel

peut-être fou par invention // peut-être poète par vocation

comme des os dans le vase // comme des clos dans la vase

: a

j’ai fait l’amour à un rocher // j’ai fait l’amour à une fleur

à qui viendrait l’idée de s’envoler ?

comme les promesses d’orage de l’été dernier

ô qu’est-ce que je tais ! // ô qu’est-ce que je déterre !

raconter les fées // conter les ogresses

les sorciers ont plus d’un tour dans leur sac

si je veux m’imploser // si je veux m’incriminer

je ne suis mauvais que dans le travail

pour fondre vos oreilles endormis // pour briser vos cœurs en éclats

je perce vos profondes angoisses // je creuse vos peureuses argiles

il adviendra des rires fleuris // il adviendra des rêves fleuris

j’écris :

quand les mots se dérobent du mot – quand le port de la mémoire – quand le sucre de l’œil – quand tout revient au même – quand la fièvre de l’amour – quand la respiration fait halte

: z

tu esquisses // tu ébauches

souillé par tes discours // altéré par tes vers

comme de la fièvre / comme de la grimace

à te voir si fasciné // à te sentir si blasé

tu inspectes sans carte // tu prospectes sans boussole

tes doigts aussi raides qu’un froid // tes yeux aussi noirs qu’un blanc

tu fouilles les moindres recoins

seules les chants te tiennent lieu d’effusion

tu es de la structure // tu es de la secousse

les toubibs prodiguent des soins molo-molo // les imams abondent des soins tohu-tohu 

ton obstination // ton obsession

sont ton héritage des siècles de marginalisation

:: a

j’écris le murmure du cœur // j’écris l’analphabète du trait

non plus à solutions // non pas à problèmes

je ride au fin fond de l’Europe // je drive au fin fond de l’Afrique

heurtant mes désirs / cabrant mes pulsions

je parle aux ombres et les mots // je parle aux machines et les esprits

d’éventuels postites // d’improbables feuillets

comme une levée d’un envers

une hallucination simple de mes synapses

je pense à Pina Bausch // je pense à Kamel Ouali

de quoi reboiser le château

qu’aurait été ma dette à l’endroit de la danse 

je sais de l’épreuve la chute // je sais de l’échec le rebond

: z

tu ouvres les voies de ton amitié // tu ouvres les portes de ton toit

tu n’as rien su sauver

sinon la vulnérabilité // sinon la misérabilité

de tes macabres idées

tu partages le sel et l’eau // tu partages le pain et le vin

délestés des boniments et des fardeaux

parfois dans l’impasse // parfois dans l’aisance

tes viaducs proportionnels à la table

tu ris et tu soupirs // tu pleurs et tu spasmes

de la destiné, du libre arbitre et de l’exil

aussi drôle que cela t’excite // aussi mal que cela t’impacte

comme aller d’un flottement droit devant

: a

je brûle en aimant // je rif en haïssant

scindé comme les hirondelles d’Ibrahim

le vent de l’aube vint

comme d’un lazaret et son tremblement

je retourne à la kalima harassé // je reviens à la langue éreinté

anormalement

je me dispatche // je me recroqueville

entre une interligne à un point // entre un espace à une virgule

voici que : Tu bois un verre d’eau. // voici que : Il s’allonge sur le lit.

une expérience réitérée jusqu’à l’épuisement

une fois lorsque l’acte survient // une fois lorsque l’acte parvient

sur le support de la lie mémorielle

: z

tu t’éveilles d’un lourd sommeil

tu longeras un jour le nil // tu franchiras un jour le seuil

caressant avec tes yeux matiques // piaffant avec tes jambes zutiques

quand est-ce qu’alors tu reviens ?

une résurrection inconfirmée // une consumation inentamée

le passé est si bien interprété en musique

tu t’en ébranleras // tu t’en extasieras

laisse les rager, leur parole est aussi bancale que tes mots !

tu essaies en dehors et en dedans

de vivre avec moins de vacarme // de mourir avec moins de bruit

un présent : quelle tenue ? // une aptitude : quel dû ?

comme un rendez-vous sur ton chemin

cela ne dira jamais la fin – cela ne dira jamais tout – cela n’ira jamais bien – cela ne prendra jamais rien – cela ne s’accommodera jamais – cela ne pliera jamais – cela ne verra jamais

Adolescence

à Mustapha.

j’habite un quartier résidentiel

une construction de la france coloniale

le genre varsovie en noir et blanc

il y a eu encore des émeutes cette nuit

la ville se soulève comme en région

bouillonnante de revendications

les c. r. s. n’ont pas ce petit quelque chose qui fait ordre et rétabli la tranquillité

les manifestants ne prétendent aucunement à gouverner leur pays

c’est assez comique comme événement

j’ai reçu la consigne de ne plus sortir de l’appartement

je sens comme une odeur de chair brûlée

une odeur qui s’infiltre par les ouvertures de la climatisation

L’oxygéné

à mes Cousins.

Taqṣiṭ n-ddunit-iw

Yecfa yasd m-kul lawan

Yefsa yeǧǧuǧeg lḥif-iw

Deg-ul-iw yefka iẓẓuṛan

Matoub Lounès. Tisirt Ne-ndama.

: I

une chose

un être à la dérive

parachevé par ses aînés

à peine sorti de ses rêves

arpentant des monts positifs

ce n’est pas une lourde médecine

ni une conscience d’intermarché

sinon d’une écriture escarpée et folle

et ses pics diffus

: II

quel piètre poète

est-il empêtré ?

sourd aux vents – sourd à la vie !

au bord des précipices et j’oublie

il a énormément perdu

et revoit le revers d’une vie bruyante

de sa noirceur son caractère s’endurcie

il n’a pas renoncé

il a refusé de vivre 

: III

seul

désolé de tout

désolé de la vie

de la vie qui ne va plus

des étoiles qui ne brillent plus

comme il n’y a aucune frontière

il laisse dire et aller

il voit du plomb tacheté de lumière

relégué au sous-sol

: IV

un clown blanc

comme une vieille aura

une espèce d’égout dans la gorge

sans caprice et délusoire

il s’accroche à rien et à des semblants

il s’abandonne à l’envie – il s’adonne à l’ennui !

son corps est un sentier

il n’a pas appris à en jouir

toute son histoire défile sur ces fils

: V

il est conté

suspect à réduire au silence

il ne s’est toujours pas réalisé

versant d’un cœur détruit

tout s’effrite et fuit

l’asphalte appelle à l’œuvre les palmiers transportés

il tient en dehors des sombres couloirs

et va où vont les poètes

le registre des oubliés

: VI

il se lève

ce n’est pas la forme

il jette un coup d’œil dehors

rien n’a changé depuis la veille

rien ne prédéfini ses actes

il croit qu’il est 10 : 24

il a encore peur de ses mots

qui n’ouvrent peut-être aucun chemin pour lui

et qui s’opposent

: VII

d’une sphère hors du monde

lorsqu’il regarde les murs animés

et projette sa colère

il faudrait un Nom qui irradie sa mémoire

le sol moite s’ouvre devant lui

il devine la vraisemblance des ombres

l’enfant en lui s’évade

l’enfant en lui s’éloigne

l’enfant en lui veut s’anéantir

: VIII

comme un vaisseau fantôme qui vogue

ses tics sont une cantate

très mécaniques – très versatiles !

il suffoque à l’orée de ce nouveau siècle

sa trentaine se précise

un royaume aux portes fermées

l’avenir est l’espace des étrangers

ô espèce de chaman !

il rit avant de finir

: IX

il porte ses mains sur un nouveau visage

d’une lenteur…

il est le bâtisseur d’images

sa sueur est un nectar

il a le sommeil léger des condamnés

et ne répond désormais que de ses horizons

car tout le démenti

comme les pas à pas d’une corolle

une fleur qui perd son âme

: X

il n’a souffrance aucune

de ses tombeaux qui se figent

la part de lumière dans la Ténèbre

l’engloutissement de leurs lumières

qui équivalent à Dieu

il prie les anges et les prophètes

et se souvient de la crête

il voit le recommencement des jours

la fin du poème

: XI

il ne connait que le travail

et rien n’est bâti

combien de temps avant l’achèvement

de mettre un terme à la lutte

il n’est jamais en paix

et ses mouvements sont irascibles

conscient du peu qui lui reste

il va prendre ses distances

et du repos

: XII

tout au long du bleu sillage

son sombre esprit le quitte

il le pressent dès les lendemains des célébrations

à la longueur et aux gestes approximatifs, etc.

comme de la pierre antique

comme un compact réduit martelé

comme sous la poussière une tremblante main

vous vous enlisez dans vos confections intérieures

voyez qu’il se trouve autour une présence

Porte Dauphine

à mes nièces Naelle et Shikha.

vous saurez être des femmes rayonnantes pour aimer.

Même toi, Nedjma, ma belle étoile !

Tu m’as laissé seul dans les déserts nocturnes

Avec le cœur qui frémissait de peur

Dans la cour du grand édifice

Embrasse-moi

C’est le souhait de la corde

Et moi mon étoile

Quand les souvenirs se dérobent à l’hiver. Djaroua Allaoua Ouahbi.

Traduit de l’arabe par Abdecelem Ikhlef.

enlevez vos chaussures

allongez vous

fermez vos yeux aux alentours

rentrez dans le noir du charbon

écoutez votre musique intérieure

respirez calmement et avec délectation

vous êtes sur une herbe artificielle qui pique

ne bougez surtout pas sous l’ombre du sycomore

comme un meuble caché aux regards distraits

un vieux tableau accroché au mur il y a longtemps

vous vous souvenez du bleu du ciel : l’épidémique !

élucidez le mystère de votre plus grande peur

restez au-delà de la fermeture du parc

Orages

à Isylle et Rémy.

ceux qui vous souhaitent une belle vie,

sachez qu’ils vous ont écarté de la leur.

mes lèvres noirs soufflent sur le soleil couchant l’origami enfantine

la traversante pluie cogne le vert émoussé des vitres de nos voisins lentement

un Je qui n’est pas le Je que je reconnais dans mes délires et mes vagues élucubrations

j’ai réinventé ma vie jaunie en pleine conversation comme Forest en alabama for ever

je redécouvre la ville que j’ai quitté et je jure de la parcourir habillé d’une âme de pèlerin

j’irai au secret de mes pensées et aux noirs tourments de mon cœur comme être là et ailleurs

je mourrai pauvre et abandonné de tous entre autres balivernes que tout le monde semble l’ignorer

Périgueux. Été 2014.

Passage

à Sihem.

je m’assois au bord

d’une banquette démotique

avoisinant des journaux abandonnés et humides

seul, je m’écrase

sur le grand verre automnal

la peuplade d’Afrique tient le cap sur l’Europe

un ciel gris au-delà

de mes lunettes bleues

enduites d’un gras profond qui s’embue

– ils ont des huiles sur le corps

pour leur dernière traversée

de la saison !

portée par le nom des jolies fleurs

de l’aurore jusqu’au vert matin

comme une étincelle sous tes yeux

le marathon sacré d’une autre

tu m’apprenais par cœur

le mystère de la voix de l’homme

et la voie des chemins

qui mènent

je revois ta grâce de reine

à l’horizontal dans une mare aux grenouilles

et devine ton sourire

qui se profile

La Croix du Sud

à Abdellah.

Sous un portique d’ardoise viennent rêver des bergers sans troupeaux.

Un soir comme les autres. Jean Claude Pirotte.

comme un sentier dans le ciel

parsemé de clairs étoiles

le berger suit le sentier

les étoiles tombent

le berger trébuche et tombe

il contemple la nuit du sud

les deux mains sur sa tête

une saine colère gronde dans son cœur

il va d’épuisement jusqu’à son éprouvette

le ciel change et ne l’atteint pas

pareil à moi est ce berger

sorti ébouriffé d’un rêve à peine achevé

longtemps nous sera voilé le paradis

le sentier des célestes voyages

( quelqu’un qui revient de loin a parlé ! ).

Panser les mots

à Sofiane. et à Aghiles. et à Rabah.

j’ai l’âme d’un rossignol dubitatif qui cherche des perles de diamant pour son bec. je me penche cependant sur les déboires d’un ami esseulé, au lieu de ces épreuves méditatives :

les froufrous de la chandelle sont d’un charme à souhait

vos yeux cernés détruisent la lueur du platane d’orient

ils étaient l’expression vibrée de votre propre solitude qui tombe

comme trois mois de courtisanerie tombent à l’eau

est-ce ainsi que se dérouler tous nos dîners ? sans doute, et puis une autre est venue, salvatrice. elle s’est emparée de mon cœur, de toute part !

elle

est bien

dans son corps

elle

est bien

partout où elle passent

nous tenons à nous dire

à contre-jour

et dans le blanc des yeux

des choses d’une simplicité cruciale

le vague à l’âme

et un indicible silence

se sont soudains emparés de nous

laissant des grains de sable

dans nos bouches

je prends le volant de sa voiture, seul et désœuvré, comme seul le désœuvrement nous tient lieu de lecture ! je balade mon mégot éteint entre mes doigts, soupesant le moteur sur l’asphalte, et le tonnerre…

( peut-être que ce soir elle me rendra visite ! ).

Léon

à Célia. et à Chafik.

nous rêvons d’un être plus intègre qu’une danseuse, soupçons… , – les fichus sont dramatiques ! l’ultime fête s’est ouverte sur les danseuses étoiles en coulisses :

le bleu du soir

est

opaque

les guirlandes en papier déchirent le ciel

les vitrines exposent

la grande armée

les traits obscurs des marins

scintille discrètement

parmi

les ruines et les torches

la reine au vieux turban, une magnificence !

son règne est diaphane

sous l’égide des hommes

comme un corbeau blanc… , et la transparence !

( son ombre est rouge ! ).

un parcourt des dédales

sur une toile

d’un peintre antique

la masse insidieuse des lumières sombres

les trois derniers coups du gong

ondulent, très vagues !

on vilipende dans le quartier Auden

( nous sommes trois ! ).

les lunes linéaires

courbes et folles

drainent le bois des planches

les hérauts nègres sont les funambules à l’œil moite

Verso

à Chouibe.

elle a fait un sacrifice d’elle-même

pour renaître de nouveau nouvelle

ainsi que cendre qui ne fume pas !

je suis artificiellement le 14 juillet depuis qu’elle m’a quitté

j’étais encore avec cette femme

sous le signe du fennec

de quelle entité est-il question ?

parlez-moi de vous, parlez parlez ?

Bordeaux. Été 2014.

Cette manivelle, quel automne !

trois feuilles d’un arbre sont tombées à l’instant, – sexe fertile, que je savoure mollement, etc. c’est vrai :

les invisibles qui immortalisent

temporairement

tout en prenant la voie

des éphémères

où me manque subtilement

le parfum des fleurs

désirs, brièveté et intuition

à l’honneur

puis, d’une main

déposée

sur la vitre cordée

un long froid à la décharge me saisi

j’épouse l’ampleur de ma douleur

comme un aviateur

entre en silence

à l’encontre des ondes endurées

en cette nuit d’automne

aux nuages très bas

je m’expose à la teneur

du velours caché de l’hymen

( petit rappelle à moi-même : apprendre à maîtriser l’art des fenêtres ! ).

Les guêpes

dans ce fier monde

et les greniers

les guêpes trouent les toiles

des vaines araignées

l’esprit d’un enfant reste captif

et n’y manque jamais

les honorant de fourmis

clivées d’un linceul !

une envie lui prend de hurler fort

: CATACOMBES !

résolu de rêver son envol plus qu’ici qu’ailleurs

et matérialiser le ciel

ainsi se déverser

ainsi que l’estuaire

ainsi choir

ainsi de la saison des couleurs

les mêmes guêpes

touchent de leur dard de feu

le tendre de nos chairs, etc.

là sont les pensées d’un docte fou

sous-jacent

un mur

de brique

en flammes

Climats d’un deuil

quelques intimes démons assèchent les illusions de ma chair malléable :

les manquements à la soif

cent fois répétés… !

seule cette mémoire me tient captif

le vent souffle sur les résédas

de mon territoire

semblable au refuge et au désœuvrement

le changement s’est intensifié

d’un cran

dénommée : ruine.

ainsi vont les tourbillons

dans l’âge de mon cœur

un sablier où le sable ne tombe pas

elles se lèvent les paroles oubliés au milieu de la brume :

l’ensemble des restants : ô sombre forêt, rendez-nous s’il vous plait sa dépouille, nous nous acquitterons devant les morts et les vivants ! 

il n’y aura pas de cérémonie funéraire

il n’y aura pas de coups de feu

elle tombe la voix trouble sur une assemblée de veilleuses :

le point de vue du mort : les guerres intestines font encore des émules !

( un loup gris se penche pour voir ! ).

Une cascade de pluie

à Ghiles.

au-dessus de la clameur

des noirs sons

je retrouve mon lit de coton

et la littérature

qui berce mes mauvais sommeils

le sable des siècles africains se frotte

aux parois de l’instrument

je repasse sur ma mélancolie

et l’époustouflant chemin

des non-retours

les amoureux du pont de pierre

s’embrassent comme deux

à l’abri des étoiles

une fine pluie mélodieuse

s’entend

une femme élancée

chante un vieux refrain rock’ n’ roll en français

son rythme démentiel

est un sous-titre en chinois

à ma perdition

les amoureux du pont de pierre s’enlacent

dans les vents nus du soir

comme sa délicieuse rengaine

que je lui reprends

de ses lèvres imbibées de gloss

les deux mains humides

et à plat posées

sur sa longue épine dorsale

une fine pluie mélodieuse

descend

ses vertes prunelles voilent mes yeux

figés sur une pierre tombale

la boucle est bouclée

comme un sein

et j’aime mes tentatives de résolutions

La scène déraille

radieux l’abécédaire qui s’est cajolé

de la flûte de nos os enchantés

et des petits miracles quotidiens

les purs espoirs où se dilatent nos rétines

les après-midis de nos amours imaginaires et fantasmés

les rendez-vous clandestins

la tendance qui déferle sur nos anniversaires

l’exubérance des soirées du ramadan

les jeux de nos conquêtes et nos chemins d’aventure

la scène tizi-ouzienne pulse nos cœurs

le plus laid de tous porte un joli parfum

ô les beaux jours !

( ô les belles têtes de choux ! ).

– ô les impénitents ! – ô les petits diablotins ! – ô les vieux crapauds !

les chiens errants fêtent nos orphelins

les liens qui tiennent nos âmes en halène

où sont passés les carcans de la coutume ancestrale ?

le souvenir de la lyre du mémorial Jugurtha

notre tigre qui glisse sur tous nos rêves des saphirs !

le merveilleux au coin de nos foyers hors des âges

les étoiles sur nos fronts qui scintillent

le cri de nos joies lancées à l’univers entier

peu nous importe les lendemains réfractaires et moroses

les cieux envieux de nos frères et de nos sœurs

envieux de cette mosaïque flamboyante de mille feux

n’ayez crainte, restez restez restez !

la police urbaine guettent les incartades

Les aînés de l’automne

qu’est ce qui fait bon vivre

sous le soleil

froid

et la lenteur des jours

sans pareils

je me promet d’aller

au gré de mes envies

sans faillir

et faire des vents

à jamais mes aînés adorés

je voudrais tant revenir

aux temps anciens

semblable à un mouchoir blanc

et humer le parfum des fleurs

du pays incertain

m’en sortir le cœur plein

de petites impôts

et me sentir

vieillir

comme un homme éternel ! comme un long fleuve hindou !

quel autre pays

à l’aune de mon amour

me chavire

avec ses habitants millénaires

qui insufflent la démesure

ô que mon pays me manque !

vite – vite… , dépouillons-nous !

tâchons d’apprécier

la beauté de ce bas monde

comme les cormorans

or, entre les continuelles pluies

et mon apanage de brulures

la plèbe se lavent l’âme

sur les reflets poreux

d’une madrigal

La robe d’un songe

je m’assois à l’arrière d’un autobus en mouvement, tenant entre mes mains rouges et engourdies, les victuailles d’un vieux

livre de poésie

je tante sourdement de formuler quelques mots

je referme le recueil et le tient serré contre mon flanc pour descendre à destination

j’y pleut dehors sans vergogne comme pendant les longs mois d’hiver !

j’y pleut dehors sans vergogne sur la camargue !

j’y pleut durant des mois… !

( n’est-elle pas folle cette grammaire ? ).

je ne distingue pas encore le nom de l’auteur sur la couverture mauve

je cherche en vain le panneau exit en lettre de feu au-dessus de l’issue de sortie

j’émerge à moitié de mon songe sans toutefois ouvrir mes yeux, le sang de mes veines se mêle à la musique redondante des vers

que je n’ai pas lus

Car, je flirtais si longtemps

à Thara.

au cours de l’année du singe

la deuxième se préparait aux mathématiques

il faisait encore nuit, je crois !

une atmosphère propice à la réminiscence

le professeur rentrait comme à son habitude

comme une percée dans l’odeur d’une étable endormie

les regards en un éclair s’échangeaient toutes azimuts

le crédule veillait à l’homogénéité de ses classes

un glock de sous le pantalon

n’en déplaise à l’inspecteur

les cœurs battaient forts

je tirais

la détonation anéantissait tout

le silence sanglant

plongeait

dans mes jours

l’oubli

La table

à Raouf.

Dans la sylve elle tombe, sans lieu choisi, mais là elle germe, comme un grain d’épeautre montée en scion, puis en plante sylvestre, les harpies qui se nourrissent de ses feuilles, lui font douleur, et la douleur fenêtre…  » L’enfer, Dante Alighieri.

son assiette fluette

s’adonne à la frugalité des sens décuplés

du pain noir dans son parcours

celui qui serre les dents

( le noir est un accident ! ).

il rentre son pied dans le marbre italien

son âme flotte dans un palais de blanches saveurs

une outrecuidance opaque et délurée

il voit de gentils spectres

( un homme qui s’alimente en regardant le ciel ne peut pas être tout à fait mauvais ! ).

les mouvances se sont vites enfuies, peut-être !

il finit avec une crème, un café

il règle l’onéreuse addition

il sort

Conduire une danse

à la ville de Constantine.

du soleil à gogo se verse

entre les verres des cafés maures

il pleut…

sur le poste radiophonique

et les bouches hachées

des belles passantes et inconnues

il me revient

une aussi belle boursouflure

démarrer en quart

de toi

la carriole flotte

dans le contre espace de la rumeur

la reprise des rires francs et successives

un ras le bol des renoncements

comme ceux qui rétrogradent

la vie au point mort !

la halte prochaine est le cimetière

où reposent mes ancêtres

comme en apesanteur entre le ciel

et les pneumatiques

Tablier

le ciel est court

dormez les bonnes gens, la ville veille sur vous

une figure d’enfant déluré

comme un bleuté jusqu’aux narines de mouton

tu es définitivement parfaite et de perdue

te projeter, tu ne fais que ça !

la puissance renouvelée des absents

quel est ce refus de vivre ?

le poète a des représailles médiévales

et ne veut que finir la récréation chevaline

l’exaltation des peurs et des états souverains

… de l’oxygène dans de l’eau noire

le pli qui transcende les âmes

qui se consument comme l’orientation des blés

la clarté de la Ténèbre : une tourbe !

les semelles scotchées aux sept vents

le prix d’un rêve solitaire

les combles d’un cœur bateau en solitaire

une maison qui ronfle le silence des nuits

tu es l’enfant des arbres

chères lèvres fondues et désirés, je vous désir, etc.

le négatif d’une étoile qui brûle

tu es abattu à plate couture

tout te semble de noir halluciné

vous étouffez d’interminables cris

de vos innombrables vies !

Échecs

à celle qui saura m’aimer.

Aussitôt après que l’idée du déluge se fut rassise,

Un lièvre s’arrêta dans les sainfoins et les clochettes mou-

vantes et dit sa prière à l’arc-en-ciel à travers la toile de

l’araignée.

Après le déluge. Illuminations. Arthur Rimbaud.

Soliloque

il me revient ton image radieuse que je touche, ses aspérités sont mon chemin, combien seul sur une terre étrangère et dans le noir de ce jardin, comme une perle qui coule à jamais…

tu n’as jamais cesser à chaque grand virage de m’aimer, sur les tours de garde et devant les âges. notre relation aussi brève qu’elle fut été intense, rare et sublime…

je peux sentir tes bras autour de mon cou, c’est de tes gestes, tes lèvres accueillantes… , – je te pleure, mon amour perdu ! je te promets de choir dans l’œil du silence…

je lis à l’instant la nature de tes imitations, comme se persuader qu’il est difficile de construire sur le long terme. tu es étonnamment une femme, dont j’admire la conformation astrale…

te souviens-tu des arbres que l’on capturait en photo, les grilles hérissées de pics et le parc ? j’y suis aussi fantasque qu’au cœur des nues, une source de calme et de régénération…

à Zoubida.

Qu’importe si je te vois comme mon amoureux

il avait de l’honneur, quelque chose de l’empêché et un sombre cœur. il voyait la soif des routes marchandes et les vents sonores jointement, ses yeux inoubliables cherchaient le renouveau d’alger…

il rêvait d’une union de la parole, et ses factions ne se souciaient que des hautes échelles à gravir. il se présentait quelquefois comme tailleur de pierre, s’attelant au granite des consciences…

il plaisait aux femmes selon les dires de ses proches qui en témoignent, surtout son petit côté voyou. il était coiffé d’une casquette bleue recouvrant ses cheveux noirs mêlés de gris…

il aimait promener son regard sur les bateaux amarrés paisiblement, entre les quais ou à la pérouse sous un ciel voilé. il remontait les lendemains en riant avec l’aube entre ses bras…

la bouteille d’Ali La Pointe ne le noyait pas, porté comme un bouchon sur les peines des révolutions tronquées. debout, il contemplait la baie avant l’orage comme un berger…

Sensations

l’atmosphère de moisie qui nous magnifiait, le bleu-noir du ciel, les étoiles, ta peau, je m’en souviens : comme de ta voiture rouge métallique, une zx de 1991…

tu te tenais juste à côté, tes dessous d’habits baissés… , elles filaient en demi-teinte ces punaises, de vraies bêtes théâtrales. elles mouraient autant les grands soirs de fête, les nôtres…

elles brillaient pour toi seule, cette nuit d’été de l’acte bréviaire, – dis, tu les reconnais ces soirs d’été, où chacun avait son dôme ? tu l’avais bien comprise cette substantifique moelle…

nous rêvions à demi-mots nos nuits désordonnées, parmi les algues iodées et le parfum de la berge, etc. tu filais entre mes mains vers les rives baltique, mais je t’attendais ! même si…

je sentais déjà les prémisses d’une nouvelle déchéance, trainant une valise entre mes jambes et près de moi, ton esprit qui criait à la cavalcade. je me baladais avec ton visage, comme un délit…

c’était juste des météorites

c’était juste une étoile filante

c’était l’histoire d’un poisson combattant

à Wissam.

La mort de Willem

je veux extraire et rendre des essences, ou me taire comme ceci :

il y a ceux qui se consument comme une chandelle, conscients qu’à moitié de ce qui crève les yeux, d’autres ne sont que les pantins de la folie, qui tuent aussi en de cruels hasards…

il y a des jours sans pareil miroir, – dévorez-vous les uns les autres ! je suis innocent, désengagé de mon cœur douloureusement en peine, de la si pauvre âme partie, seulette…

il y a que la vie est un coup de couteau accepté résolument en pleine poitrine, et s’éteint d’une aveugle mort, comme un vendeur à la sauvette effrayé par ses abords, vraiment…

il y a que la tristesse originelle de Kâbîl est sans limite, que l’on doit en finir de trop s’achever soi-même. je n’ai plus de visage pour vous mes amis, tout est à la cendre étalée…

il y a sous le bleu du ciel de tizi-ouzou, un air toujours bleu, où pullulent de vieilles outrances ! je souhaite seulement être là-bas, de l’autre côté du réel…

Béat comme…

béat comme une incantation à bacchus, qui exhorte l’univers d’un guéridon, – n’est-elle pas belle, un chaos ? elle présage les sèves autant qu’un fifre, s’enthousiasmant de la gaieté des trèfles…

les atours envoûtants, bariolés, ne sont que les signes enjoliveurs, les cuivres d’un bec, comme ceux des virevoltants. enracinés, ses ongles pénètrent ma chair de fauve, inondent mes balbutiements…

je la soulève comme tambour, trempette et timbale ! une ordalie sans cadi, lorsque ce n’est que loi des balafrés. le versant de son esquisse : une rivale de la lune qui de ses morsures m’aiguillent…

je fugue parmi ses cavités, fébrile, mon arc est jalonné ! je tends vers son cou, embrasant, sa jugulaire bat fort. les liqueurs semblables aux pulpes emportent mon repos de sconse… 

je fixe ses amendes, assorties aux guirlandes de coton, etc. les arabesques de nos caresses s’allongent… , – éclairs ! effrayé, l’ascension de ses désirs me semblent double, et si incertains…

Savonneuse brume à pétrole

trop tard et dans les saisons coulait un nectar, la vie était belle… , – enfin, Tizi-ouza ! l’attenante de la capitale comme un vent de printemps parfumé de saligauds et de machines à l’huile…

en hiver où allaient les hirondelles fidèles à nos rues, des gorges blanches qui virevoltaient au ras du sol ? c’étaient nos matins de caramel, et mes voisins respiraient sous les velours troués…

te souviens-tu de ces couleurs, non seulement de leurs nuances, comme les roses de l’émeute, mais aussi la rose rébellion, celle qui ferait d’une ville un guêpier, une savonneuse brume à pétrole…

je frictionnais avec l’hymne d’un seul chantre, de sa gaillarde voix qui ralliait la lignée des exilés. il me semblait que tout était instable et confus, un grabuge derrière nos échos…

il faisait doux dans mon cœur, et les raisons d’y croire étaient absentes. il faisait bon vivre parfois dans mon quartier, lorsqu’une fraicheur à l’aube retombait, comme un souvenir luisant…

Je n’étais au fond…

je n’étais au fond que ton amant qui se dépréciait, s’affichait avec ses lutineries. un coffret enfermant une salubre mort, – comme salivante était la Marseillaise, salivant était ton esprit du sang…

je heurtais le lointain de ton pays jamais arpenté, un rivage tracté par tant de tes visions. j’étais de tes passions qui m’enfilaient comme des capsules, alors que me revenait ton absence…

tu criais mon nom dans nos draps et les murs rougissaient, cher amour, ma louve ! je croyais que le soleil m’abandonnerait à mes abstractions. mon âme depuis se desséchait, saoule…

j’écrivais encore, encore sur mes palettes de beurre, boulinant ! j’avançais par petits crans, un exilé voyageait. c’était les passagères du soir, le parfum des melons, les bleus parasols…

le visage paisible, mon cousin dort sur le lit à côté, est-ce ses rêves où je ballote d’un horizon à son pendant ? à quoi bon le réveiller pour se raconter ! un moment d’extrême doute, de transition…

À rebours de l’hiver

ils rentrent au port inquiet, une cloche retentit entre les poteaux de fumée. la lune est pleine et s’est éteinte pour un temps. j’écoute avec l’œil du cœur l’espoir luire et ne me quitte jamais…

ils sont ivres de sel, de la houle et des vents. la cale d’hiver est comble de cotons affrétés à skikda. ils gardent un mauvais souvenir de cette ville aux péripéties prophétiques…

je revois les visages des marins sortis tout droit d’un Goya, les contours des corps rivalisent de promesses inachevées, – des olympiens à la pointe des mauves ! heurté, j’en connais d’autres

je reste stone sur les quais de bois et dans un froid brouillard, mes mains jointes en prière pour qu’un jour je connaîtrais la même paix intérieure et durable dans la marche…

sur le pont du bateau amarré, ils s’affairent et chantent dans une langue étrangère, comme un tout dont un je ne sais quoi qui revigore leurs survies. j’entends leurs lointaines voix, bien loin :

A nous, à nous le bel horizon

Nous sommes des baleiniers

Ma Fatou est chez l’aumônier

Ali Alo voilà le harpon !

A nous, à nous Dublin ! 

… , etc.

chaine frêle d’ici et d’ailleurs… , – dois-je expier ?

On aurait dû aller à Vérone 

qu’est-ce qu’il l’enchantait, où cela raillait, l’itinérance ou plutôt l’irréalité de nos échanges ? un flash des vrais soirs de Marie Antoinette, de marbre était sa silhouette ! c’était notre dernière saison…

j’observais en silence mon retour, ennuyé à travers les routes… , ses féeries et ses effluves distingués, un ravissement mêlé à une sidération. je ne la nommais qu’en de rares occasions…

je la voyais d’une humeur parfois vagabonde, comme sa solitude que nous entamions. elle était sur l’herbe des heures durant, presqu’ile lointaine, désentravée. elle était jolie et m’avait choisi…

elle portait dans son cœur l’automne, sa bannière était les comètes et planètes qui voguaient. elle chantonnait et changeait de radio comme les sauts d’une sauterelle…

je quittais son univers avec précaution, insinuant qu’elle me rendait nerveux. je me revoyais parfois rêver près d’elle, non, vraiment pas très loin d’ici ! elle était ma Philomèle en rossignol…

Et puis, le dernier

je revois sur internet des vidéos idiotes d’amis qui se font leurs blagues, parmi d’autres publications ! tout me revient comme une farce. je n’envisage que l’inimaginable, déjà entrevu…

je n’arrive plus à fermer mes yeux sans qu’ils me visitent, vraiment tous ! j’aspire à déterrer d’autres joyaux pour m’en sortir quitte, libre de voyager sans croiser personne, libre de rêver…

j’intercale leurs profondes particularités avec nos adieux, surtout les fois où les houris lacèrent mon cœur. il reste le sol sous mes pas, comme il y a nos traces ! tant d’êtres chéris ont disparus…

j’approche à peine des récentes rencontres puisqu’ils sont désireux de me fréquenter, rien que pour me précipiter aussi tôt dans un caveau. les adeptes de la gagne, soi-disant frères d’autrefois…

ô vieux malards, n’entendez-vous pas l’hallali ! la même langue qui nous divise, invective, celle qui vient fendra vos oreilles ! à qui vais-je en vouloir ? sinon à la terre entière, sinon à Dieu…

L’un ou l’autre hante

je reviens au parc… , je lis entre les spectres qui passent, sans la menace ! le livre parle à présent du style en littérature et d’analphabétisme, de géométrie sans espace. je ne comprends pas très bien…

je me dirige pour uriner vers les toilettes et en marchant ton nom me revient, comme une gap, – il n’y a de public que les urinoirs. je songe à rentrer en bifurquant par la fête foraine et l’odeur du sucre…

je parcours la ville submergé par mes souvenirs, quoique tout à changer ! ton image m’enveloppe comme du vernis sur les blanches pierres, de la pollution qui noie mes yeux…

je prends le tramway sur la trame de ce poème, – il y a tant de visages qui me peinent au cœur ! je cherche par quelle ruse atteindre l’autre chemin qui était possible entre nous…

je ne joue plus, si tenter qu’un jour mon destin m’y a mêlé ! je ne suis pas heureux…

Obscure jeunesse

j’aurais tout fait pour quelques-uns de tes mots sur un bout de papier, revoir l’un de tes sourires que je reconnaissais parfois sur mes lèvres. je me demandais où j’en étais…

tu m’aimais comme un soleil, une étreinte… , – de quoi s’alimentait mon amour pour toi ? je ne le fuyais en rien, je n’y touchais plus, pas de cailloux ! je n’étais que mon poids d’écailles, sinon un clown…

je ne saurais d’avantage de mon cœur sur chaque détour et abandon. tu étais au-dessus, tu étais la nuit aussi, comme Leila. je laissais fondre pour y croire encore ton pain dans ma bouche…

je te pourchassais dans mes rêves, comme un trappeur arpentant, arpentant, etc. je me souvenais d’un éconduit qui jouait l’été au piano, alertait sur ses orages ! au quartier, je leur manquais…

notre histoire dérivait de quelques ersatz, un bloc désaffecté, – étais-je dévolu à cette autre chose ? mes trains de fumée, mon singe à cymbales… , nul n’y contrebalançait. et puis, venait la houle !

deux âmes se faufilaient derrière ce poème

sans doute plus…

une algérienne, une française

elle étaient la même : une Eve

Enfance

durant les années de mon enfance

j’arpentais un cimetière laissé à l’abandon

seul et environné par le silence

j’allais cueillir pour des hommes des plantes sauvages d’été

je ne m’approchais jamais de celles qui étaient sur les tombes

même si je les lorgnais que d’un œil !

je n’oublierais jamais les amples vêtements

et la casquette mickey mouse qui couronnait ma tête

( selon la perspective économe de mes parents ! ).

sous ces cieux idylliques

l’air était pur comme de l’or où rien ne s’étale

je bravais mon cœur ornemental qui me semblait beau

c’était le paradis !

l’enfance ne se sait pas, disaient-ils !

dernière rive d’insouciance avant que mon âme ne s’enténèbre

You – You

à Linda.

hier, je voulais en finir. aujourd’hui, je veux vivre. demain, demain est une langue étrangère.

*

salut à vous Sainte Marie, s’il vous plait écoutez-moi. salut à vous Sainte Fatima, s’il vous plait regardez-moi. salut à vous Sainte Femme, s’il vous plait aimez-moi.

*

on pouvait voir que nos ciels sont beaux. on pouvait voir que nos chairs sont meurtries. on pouvait voir que nos enfers sont pour tous.

*

une image me revient parfois. une image me revient et je ne distingue rien d’aussi vague ni ce qui me retient. comme guide, j’ai aussi l’amour.

*

vous aurez un phénix. vous aurez un phénix à la place du cœur. vous aurez un phénix sous vos yeux jetés au ras du sol.

*

dans mon jardin, il y a des pissenlits blanches. dans mon jardin, j’appelle ces fleurs les têtes multiples de démons. dans mon jardin, je trouve qu’il n’y a rien de plus naturel que de les envisager.

*

sous les roues de tous les camions, j’ai marché. sous les roues de tous les camions, j’ai couru. sous les roues de tous les camions, j’ai sauté haut et j’ai dormi bien bas.

*

ils se sont échangé leurs vœux de noël. ils se sont échangé leurs vœux sous le sapin illuminé de la ville. ils se sont échangé leurs vœux avec l’assurance d’être heureux.

*

sur ton dernier lit de vieillesse, nous viendrons t’embrasser. sur ton dernier lit de vieillesse, nous viendrons te rendre nos adieux. sur ton dernier lit de vieillesse… , – bien le bonjour à vous, est-ce qu’on se connait ?

*

je sors d’une longue rêverie, et me noie. je sors d’une longue rêverie, et me revois rêver encore plus loin d’ici. l’instrument de mes chimères et de mon bonheur.

*

le vent balaie ce qui reste de la poussière de la terre pour un temps indéfini. le vent balaie ce qui reste de la poussière de la terre qui s’est consolidé en surface. sache que personne ne priera pour toi.

*

mon arrière-cour n’est plus à vendre. mon arrière-cour est mon livre qui voyage et de moi un tendre baiser. mon arrière-cour est ma fenêtre du ciel, mais qu’attendez-vous – qu’attendez-vous – qu’attendez-vous ?

*

je souris le matin parce que je suis en vie. je travaille le soir parce que je vais mourir. entre ces deux pôles, je m’adonne à la pure oisiveté.

*

de ce côté-ci du continent, nous aimons pas la vérité vraie. de côté-ci du continent la vérité est chère payer. pour argent comptant : nous fustigeons à gogo.

*

le doute s’immisce sous la couverture. le doute s’immisce comme une belle femme. le doute dit-on est saint.

*

dépressurisation soudaine de l’avion et les plans s’envolent en rigolade. dépressurisation soudaine de l’avion et nous expédions les prières à l’arrache. dépressurisation soudaine de l’avion et nous survivons.

*

elle est la vague et l’alchimie des mots grotesques. elle est la vague et jamais ne sera vaincue. la voix s’est barricadée avant la démolition.

*

vous êtes sur des nuages, et vous marchez. vous êtes sur des nuages, et vous courrez derrière vos rêves. vous êtes sur des nuages, et vous vous en dormez, enfin.

*

puisque c’est une nuit spéciale, le présent est à l’altitude des tropiques. puisque c’est une nuit spéciale, l’amour est à l’altitude des tropiques. je chante aussi mon bleus à qui veux bien entendre.

*

à l’est, un os. à l’ouest, un os. entre ces deux crépuscules, une grande ballade.

*

je ne dois plus partir. je ne dois jamais partir. pour aujourd’hui, avec toi.

*

je rêve de contrôle, et parle. je rêve de contrôle, et divague. j’accepte ma vulnérabilité.

*

le dernier délice. le dernier supplice. le dernier caprice. une machine à laver tourne rond.

*

confortablement le matin : pour mieux s’aimer. sauvagement l’après-midi : pour mieux sentir. doucement le soir : pour mieux s’endormir.

*

le temps passe comme coule la Garonne, je demeure dans la nuit. le temps passe comme coule la Garonne, je verse dans la nuit, – ô nuit, donne-moi le jour ! je pleure la mienne de chance, pourquoi ?

*

à la découverte de ce siècle, comme le cœur de l’homme nouveau. à la découverte de ce siècle, comme le prolongement de la lecture. à la découverte de ce siècle, comme de la nuit et du jour qui augmentent.

*

ils ont maudit mes mains. ils ont maudit mes mots. il ne me reste plus qu’à me maudire moi-même.

*

plus j’attends d’un livre, plus je diffère sa lecture. plus j’attends d’un livre, plus ce rapport se complique. j’empile.

*

nous vivons de rêves froissés. nous vivons de fausses notes. nous sommes insecourables.

*

même si je pleure. même si je meurs. même si je rêve qu’à toi, mon amour.

*

je pars seul. je repars seul. je reviendrai comme un fiancé.

*

je m’attends dans un avenir incertain. je m’attends dans un endroit indéfini. je m’attends moi-même.

*

fou ou pas, la conscience intermède. amoureux ou pas, le cœur s’ébranle. croyant ou pas, la mort pourchasse.

*

vous cherchez la tâche de sang, vous trouverez mon cadavre. vous cherchez la tâche de sang, vous finirez en charognards. je vous aime.

*

je ne me permets plus les nuits blanches. je ne me permets plus les aubes. je ne me permets plus les pornographies. je remercie.

*

je lis lorsque je vois. je lis lorsque j’entends. je lis lorsque je sens. je lis lorsque je goûte. ce que je préfère est de lire lorsque je lis.

*

que je m’éveille. que je m’endorme. que j’erre parmi les peupliers : tu es là.

*

un carré de chocolat, l’optimiste dira on le déguste avant. le pessimiste dira on le déguste après. le même carré de chocolat, le gourmant le divisera en deux.

*

le passé me revient. le futur m’appelle. le présent déjà me fuit. je suis cerné mon capitaine.

*

nul ne prétend à une seconde chance. nul n’a recours à une seconde danse. nous nous berçons d’illusions.

*

nous n’aimons pas vieillir avec les peoples. nous n’aimons pas vieillir avec les humoristes. nous n’aimons pas vieillir avec les interprètes. sauf avec les compositeurs, les plasticiens et les cinéastes.

*

aimez-moi à loisir entre le son des cloches. contez-moi l’exil des chantres. chantez-moi la pluie où rêvait l’oublieuse Céleste : qu’à jamais j’oublie.

*

je suis un cafard qui attend la pénombre pour sortir ronger. je suis un cafard qui attend la pénombre pour sortir prier. je suis un cafard qui reste seul dans le noir.

*

il faisait avec ses peurs. il faisait avec sa colère et sa rage. il ne faisait pas long feu.

*

je ne ferrai jamais des cours sur la littérature. je ne signerai jamais des dédicaces de mes poésies. je ne donnerai jamais des interviews sur ma vie. je fais bande à part.

*

un être soupirait. un être éternuait. un être frissonnait. les nuages passaient.

*

on cassait notre ville pour la contestation. on cassait notre ville pour le fun. on cassait notre ville pour reconstruire, non plus pour avancer.

*

parce que je me souhaitais la mort. parce que je me souhaitais la crasse. je tournais votre monde en dérision.

*

je rêve avec toi d’écrire simplement ce que tu omets, et nous évader. je rêve avec toi d’écrire simplement ce que tu notes, et nous pâmer. et puis, je rêve de toi dans mes bras.

*

ils étaient jolis ses avant-bras, ils soutenaient ses petites mains. ils étaient jolis ses tibias, ils soutenaient ses petits-pieds. elle croyait à la souillure.

*

hier, tu me laissais pour mort. hier, tu avais honte de moi. hier encore, tu te vantais de nos liens.

*

les vents m’apportent vos histoires. les nuages me déposent vos pensées. les oiseaux me chantent vos rêves.

*

je soulevais des champs, des cafés où les retraités jouaient au domino. je soulevais des morts, des berceaux où dormaient les enfants, mes oiseaux plutôt les soulevaient. je n’avais rien d’un cric.

*

j’attends la vague. je prends la vague. je retombe à la fin du jour.

*

tu crois inscrire tes poésies. tu crois inscrire tes pas. tu crois inscrire tes amours. c’est faux.

*

cela arrive, comme pour ceux avant toi. cela arrivera, comme pour ceux après toi. comme tout ce qui se produit à chaque instant.

*

tu ne peux plus prendre un café sans une cigarette. tu ne peux plus fumer sans un café. tu ne peux plus écrire un vers sans les deux. de temps à autres, tu vacilles au vent comme une toupie.

*

quel est l’ennemi du livre ? le sensé répond : le temps et la poussière. l’inculte répond : les incultes. entre ces deux natures, le mou est le pire.

*

entre Dieu et un cœur. entre la vérité et une parole. entre l’univers et un corps. de l’encre.

*

parce que écrire c’est la mort. parce que ne pas écrire c’est la mort. parce que écrire c’est la folie. parce que ne pas écrire c’est la folie. parce que c’est moi.

*

l’errance nous suit partout. l’itinérance nous mène partout. le voyage est partout, même dans nos abris.

*

violence oblige. tristesse oblige. parole oblige. je ne sais rien de le femme au loin.

*

on aura beaucoup roupiller. on aura peu répudier. on aura ainsi marcher. est-ce que je reprends du pain ?

*

un toit sur une terre natale est le minimum. un toit sur une terre étrangère est le maximum. qui nous fera oublier l’appel de la forêt ?

*

une faille par où s’endormir. une faille par où se nourrir. une faille par où écrire. que cela me soit octroyé, rien de plus.

*

vous vous rendez à une représentation comme un cadeau. vous recevrez la représentation comme un cadeau. vous aurez le dernier mot.