Fractures

à Sophia.

complainte entendue

plantes brûlées et drôles de chapeaux

vaste fémur comme les jours abimés

où retombaient les générosités d’un adolescent

révolution des fleurs et des pierres

sensibilité d’une tête muette avec ses frères… , – pas bien pas bien !

quelques colombes effleuraient la fenêtre d’un paisible lointain

nous fallait-il faire face, à tout – à rien – à l’aurore alitée ?

comme un radeau vermoulu, etc.

traversant les longs soirs miraculeux, comme les phyllades !

il quittait le miel et les abeilles de son pays

pour la rive des estropiés

Adolescence

à Mustapha.

j’habite un quartier résidentiel

une construction de la france coloniale

le genre varsovie en noir et blanc

il y a eu encore des émeutes cette nuit

la ville se soulève comme en région

bouillonnante de revendications

les c. r. s. n’ont pas ce petit quelque chose qui fait ordre et rétabli la tranquillité

les manifestants ne prétendent aucunement à gouverner leur pays

c’est assez comique comme événement

j’ai reçu la consigne de ne plus sortir de l’appartement

je sens comme une odeur de chair brûlée

une odeur qui s’infiltre par les ouvertures de la climatisation

Porte Dauphine

à mes nièces Naelle et Shikha.

vous saurez être des femmes rayonnantes pour aimer.

Même toi, Nedjma, ma belle étoile !

Tu m’as laissé seul dans les déserts nocturnes

Avec le cœur qui frémissait de peur

Dans la cour du grand édifice

Embrasse-moi

C’est le souhait de la corde

Et moi mon étoile

Quand les souvenirs se dérobent à l’hiver. Djaroua Allaoua Ouahbi.

Traduit de l’arabe par Abdecelem Ikhlef.

enlevez vos chaussures

allongez vous

fermez vos yeux aux alentours

rentrez dans le noir du charbon

écoutez votre musique intérieure

respirez calmement et avec délectation

vous êtes sur une herbe artificielle qui pique

ne bougez surtout pas sous l’ombre du sycomore

comme un meuble caché aux regards distraits

un vieux tableau accroché au mur il y a longtemps

vous vous souvenez du bleu du ciel : l’épidémique !

élucidez le mystère de votre plus grande peur

restez au-delà de la fermeture du parc

La Croix du Sud

à Abdellah.

Sous un portique d’ardoise viennent rêver des bergers sans troupeaux.

Un soir comme les autres. Jean Claude Pirotte.

comme un sentier dans le ciel

parsemé de clairs étoiles

le berger suit le sentier

les étoiles tombent

le berger trébuche et tombe

il contemple la nuit du sud

les deux mains sur sa tête

une saine colère gronde dans son cœur

il va d’épuisement jusqu’à son éprouvette

le ciel change et ne l’atteint pas

pareil à moi est ce berger

sorti ébouriffé d’un rêve à peine achevé

longtemps me voilera le paradis

le sentier des célestes voyages

( quelqu’un qui revient de loin a parlé ! ).

Verso

à Chouibe.

elle a fait un sacrifice d’elle-même

pour renaître de nouveau nouvelle

ainsi que cendre qui ne fume pas !

je suis artificiellement le 14 juillet depuis qu’elle m’a quitté

j’étais encore avec cette femme

sous le signe de l’algérie

de quelle entité est-il question ?

parlez-moi de vous, parlez parlez ?

Bordeaux. Été 2014.

Les guêpes

dans ce fier monde

et les greniers

les guêpes trouent les toiles

des vaines araignées

l’esprit d’un enfant reste captif

et n’y manque jamais

les honorant de fourmis

clivées d’un linceul !

une envie lui prend de hurler fort

: CATACOMBES !

résolu de rêver son envol plus qu’ici qu’ailleurs

et matérialiser le ciel

ainsi se déverser

ainsi que l’estuaire

ainsi choir

ainsi de la saison des couleurs

les mêmes guêpes

touchent de leur dard de feu

le tendre de nos chairs, etc.

là sont les pensées d’un docte fou

sous-jacent

un mur

de brique

en flammes

Une cascade de pluie

à Ghiles.

au-dessus de la clameur

des noirs sons

je retrouve mon lit de coton

et la littérature

qui berce mes mauvais sommeils

le sable des siècles africains se frotte

aux parois de l’instrument

je repasse sur ma mélancolie

et l’époustouflant chemin

des non-retours

les amoureux du pont de pierre

s’embrassent comme deux

à l’abri des étoiles

une fine pluie mélodieuse

s’entend

une femme élancée

chante un vieux refrain rock’ n’ roll en français

son rythme démentiel

est un sous-titre en chinois

à ma perdition

les amoureux du pont de pierre s’enlacent

dans les vents nus du soir

comme sa délicieuse rengaine

que je lui reprends

de ses lèvres imbibées de gloss

les deux mains humides

et à plat posées

sur sa longue épine dorsale

une fine pluie mélodieuse

descend

ses vertes prunelles voilent mes yeux

figés sur une pierre tombale

la boucle est bouclée

comme un sein

et j’aime mes tentatives de résolutions

La scène déraille

radieux l’abécédaire qui s’est cajolé

de la flûte de nos os enchantés

et des petits miracles quotidiens

les purs espoirs où se dilatent nos rétines

les après-midis de nos amours imaginaires et fantasmés

les rendez-vous clandestins

la tendance qui déferle sur nos anniversaires

l’exubérance des soirées du ramadan

les jeux de nos conquêtes et nos chemins d’aventure

la scène tizi-ouzienne pulse nos cœurs

le plus laid de tous porte un joli parfum

ô les beaux jours !

( ô les belles têtes de choux ! ).

– ô les impénitents ! – ô les petits diablotins ! – ô les vieux crapauds !

les chiens errants fêtent nos orphelins

les liens qui tiennent nos âmes en halène

où sont passés les carcans de la coutume ancestrale ?

le souvenir de la lyre du mémorial Jugurtha

notre tigre qui glisse sur tous nos rêves des saphirs !

le merveilleux au coin de nos foyers hors des âges

les étoiles sur nos fronts qui scintillent

le cri de nos joies lancées à l’univers entier

peu nous importe les lendemains réfractaires et moroses

les cieux envieux de nos frères et de nos sœurs

envieux de cette mosaïque flamboyante de mille feux

n’ayez crainte, restez restez restez !

la police urbaine guettent les incartades

Les aînés de l’automne

qu’est ce qui fait bon vivre

sous le soleil

froid

et la lenteur des jours

sans pareils

je me promet d’aller

au gré de mes envies

sans faillir

et faire des vents

à jamais mes aînés adorés

je voudrais tant revenir

aux temps anciens

semblable à un mouchoir blanc

et humer le parfum des fleurs

du pays incertain

m’en sortir le cœur plein

de petites impôts

et me sentir

vieillir

comme un homme éternel ! comme un long fleuve hindou !

quel autre pays

à l’aune de mon amour

me renverse

avec ses habitants millénaires

qui insufflent la démesure

ô que mon pays me manque !

vite – vite… , dépouillons-nous !

tâchons d’apprécier

la beauté de ce bas monde

comme les cormorans

or, entre les continuelles pluies

et mon apanage de brulures

la plèbe se lavent l’âme

sur les reflets poreux

d’une madrigal

Car, je flirtais si longtemps

à Thara.

au cours de l’année du singe

la deuxième se préparait aux mathématiques

il faisait encore nuit, je crois !

une atmosphère propice à la réminiscence

le professeur rentrait comme à son habitude

comme une percée dans l’odeur d’une étable endormie

les regards en un éclair s’échangeaient toutes azimuts

le crédule veillait à l’homogénéité de ses classes

un glock de sous le pantalon

n’en déplaise à l’inspecteur

les cœurs battaient forts

je tirais

la détonation anéantissait tout

le silence sanglant

plongeait

dans mes jours

l’oubli

La table

Dans la sylve elle tombe, sans lieu choisi, mais là elle germe, comme un grain d’épeautre montée en scion, puis en plante sylvestre, les harpies qui se nourrissent de ses feuilles, lui font douleur, et la douleur fenêtre…  » L’enfer, Dante Alighieri.

son assiette fluette

s’adonne à la frugalité des sens décuplés

du pain noir dans son parcours

celui qui serre les dents

( le noir est un accident ! ).

il rentre son pied dans le marbre italien

son âme flotte dans un palais de blanches saveurs

une outrecuidance opaque et délurée

il voit de gentils spectres

( un homme qui s’alimente en regardant le ciel ne peut pas être tout à fait mauvais ! ).

les mouvances se sont vites enfuies, peut-être !

il finit avec une crème, un café

il règle l’onéreuse addition

il sort

Conduire une danse

à la ville de Constantine.

du soleil à gogo se verse

entre les verres des cafés maures

il pleut…

sur le poste radiophonique

et les bouches hachées

des belles passantes et inconnues

il me revient

une aussi belle boursouflure

démarrer en quart

de toi

la carriole flotte

dans le contre espace de la rumeur

la reprise des rires francs et successives

un ras le bol des renoncements

comme ceux qui rétrogradent

la vie au point mort !

la halte prochaine est le cimetière

où reposent mes ancêtres

comme en apesanteur entre le ciel

et les pneumatiques

Tablier

le ciel est court

dormez les bonnes gens, la ville veille sur vous

une figure d’enfant déluré

comme un bleuté jusqu’aux narines de mouton

tu es définitivement parfaite et de perdue

te projeter, tu ne fais que ça !

la puissance renouvelée des absents

quel est ce refus de vivre ?

le poète a des représailles médiévales

et ne veut que finir la récréation chevaline

l’exaltation des peurs et des états souverains

… de l’oxygène dans de l’eau noire

le pli qui transcende les âmes

qui se consument comme l’orientation des blés

la clarté de la Ténèbre : une tourbe !

les semelles scotchées aux sept vents

le prix d’un rêve solitaire

les combles d’un cœur bateau en solitaire

une maison qui ronfle le silence des nuits

tu es l’enfant des arbres

chères lèvres fondues et désirés, je vous désir, etc.

le négatif d’une étoile qui brûle

tu es abattu à plate couture

tout te semble de noir halluciné

vous étouffez d’interminables cris

de vos innombrables vies !

Enfance

durant les années de mon enfance

j’arpentais un cimetière laissé à l’abandon

seul et environné par le silence

j’allais cueillir pour des hommes des plantes sauvages d’été

je ne m’approchais jamais de celles qui étaient sur les tombes

même si je les lorgnais que d’un œil !

je n’oublierais jamais les amples vêtements

et la casquette mickey mouse qui couronnait ma tête

( selon la perspective économe de mes parents ! ).

sous ces cieux idylliques

l’air était pur comme de l’or où rien ne s’étale

je bravais mon cœur ornemental qui me semblait beau

c’était le paradis !

l’enfance ne se sait pas, disaient-ils !

dernière rive d’insouciance avant que mon âme ne s’enténèbre