Savonneuse brume à pétrole

trop tard et dans les saisons coulait un nectar, la vie était belle… enfin, tizi-ouza ! un vent de printemps parfumé de saligauds et de machines à l’huile…

l’hiver où allaient les hirondelles fidèles à nos rues, des gorges blanches qui virevoltaient au ras du sol ? c’étaient nos matins de caramel, mes voisins respiraient sous les velours troués…

te souviens-tu de ces couleurs, non seulement de leurs nuances, comme les roses de l’émeute, mais aussi la rose rébellion, celle qui ferait d’une ville un guêpier, une savonneuse brume à pétrole…

je frictionnais avec la voix d’un seul chantre, qui me liait à la lignée des exilés. il me semblait que tout était instable et confus, un grabuge derrière nos échos…

il faisait doux dans mon cœur, ses raisons d’y croire en étaient absentes. il faisait bon vivre parfois dans mon quartier, lorsqu’une fraicheur à l’aube retombait, comme un souvenir luisant…

Télégrammes

Jour et heure de dépôt Jeudi 23h07 : 49 mots.

je renais content -STOP- par malheur ou par chance -STOP- je n’y peux rien -STOP- comme la mouche de Duras -STOP- les courants créent des fleuves -STOP- le soleil se lève à la même heure -STOP- un poète peut disait-il -STOP- pour le moment -STOP et FIN

Jour et heure de dépôt Jeudi 23h14 : 54 mots.

cette Madone est de l’or -STOP- que j’oublie -STOP- les jours défilent -STOP- sombres taches -STOP- je n’ai besoin d’aucune posture -STOP- dans mon troue -STOP- une liane de cœur -STOP- paroles d’un fou -STOP- tu ne peux les battre -STOP- un palais et les devantures -STOP et FIN

Jour et heure de dépôt Jeudi 23h24 : 45 mots.

mon amie tu peux te dévoiler -STOP- je pars avec toi -STOP- mon amie -STOP- tu me montres ta réalité -STOP- ton corps sera mon paradis -STOP-à demain où je rompe à tes pieds -STOP- toi la femme que j’aime aujourd’hui -STOP et FIN

Jour et heure de dépôt Jeudi 23h27 : 49 mots.

je ne suis pas attractif -STOP- asexué -STOP- le chef-d’œuvre -STOP- je mène la vie dure à mes amours -STOP- il y a de quoi ne pas être futé -STOP- pas très -STOP- ce sont les mêmes mots -STOP- le mal-aimé est encore moi -STOP et FIN

Jour et heure de dépôt Jeudi 23h31 : 53 mots.

j’ai un froid chagrin -STOP- mon cœur est un verre qui tombe -STOP- je dine d’une soupe de pierres -STOP- je passe l’été en douceur -STOP- j’essaie la justice le linge les couleurs -STOP- mon œil gauche est rouge -STOP- il pleut comme un long silence -STOP et FIN

Jour et heure de dépôt Jeudi 23h34 : 55 mots.

la mouche est passée -STOP- pas pleurer -STOP- tout me rappelle à son souvenir -STOP- parmi celles en état de grâce -STOP- pas laver et pas gratter -STOP- j’enjambe les serpents -STOP- la mouche me sert d’alibi -STOP- je continue d’enculer des mouches -STOP- je reste sur ma droite -STOP et FIN

Jour et heure de dépôt Jeudi 23h49 : 44 mots.

je dis ces mots qui montent à ma bouche presque comme un murmure à une fleur à la fin d’une soirée ou à la fin d’une couche -STOP- j’aime depuis les serpents -STOP- j’aime depuis les mouches -STOP et FIN

Chanson pour rompre

j’étais imparfaitement un mort pour vous

pour vous

pour vous

je fuyais longtemps la vie d’ici bas

avec nous

avec nous

je retombais

dans ce qu’on pourrait appeler l’œil du silence

comme un pendu qui oscille

notre amour était beau et sublime

il fut

de ces riens qu’aujourd’hui, etc.

je vous revoyais encore

de vos gestes

de vos lèvres et bras de sel autour de mon cou

vous me manquiez, à mon tour d’aimer pour vous

avec nous

je ne pouvais oublier et non plus effacer, – pourquoi vous ?

les vents se brisaient sur la porte de mon cœur, au désert de mes routes… , ô mon esquive ! je vous accueillais, rien ne faisait obstacle au premier abord ! me yeux qui vibraient et cristallins

lorsque j’allais bien, une printanière après-midi convoitant des ouvertures, je souhaitais une fine pluie sur mes paupières à demi closes, comme faire sien cette bourgeoise blessure

de tout mon être

être deux, comme des sourires

Chant debout

une aube erronée d’été

un cœur-folie éclairant et brutale, – les pacifier !

est-ce revenir au monde

parmi tant d’autres feux, comme me mentir ?

Noor

il me suffit de répondre non

une psalmodie de l’aube à mon âme

un murmure, noms du Coran

récit, récit oratoire :

je revisitais les tombes, comme en Guyenne. c’était de l’ouïe, celle derrière l’étoffe. je me désillusionnais des fausses communions, puisque les chants se font debout

café et douce cigarette !

prières

On aurait dû aller à Vérone

qu’est-ce qu’il l’enchantait, où cela raillait, l’itinérance ou plutôt l’irréalité de nos échanges, comme les vrais soirs de Marie, de marbre était sa silhouette ! c’était notre dernière saison…

j’observais en silence mon éternel retour, à travers les routes sinueuses de la vallée… son corps, ses rêves, ses effluves distingués, une découverte ! je ne la nommais qu’en de rares occasions…

je la voyais d’une humeur parfois vagabonde, comme sa solitude que nous partagions. nous étions sur l’herbe des heures durant, presqu’iles lointaines, désentravées. elle était jolie et me choisissait…

elle avait dans le cœur l’automne, sa bannière était les comètes et planètes qui voguaient. elle chantonnait avec la radio, changeant de station comme une sauterelle, comme pour son effeuillage…

je quittais son rêve de porcelaine avec précaution, faisant de cet instrument mon bonheur. je me voyais rêver près d’elle, non, vraiment pas très loin d’ici ! elle était ma Philomèle en rossignol…

XII

je ne l’espérais rien que pour moi-même, pour ma survie, ce prochain jour de septembre, comme la promesse d’une décennie de solitude, à écrire

dépression / courage / dépression

( courage à bras le corps ! )

puck : je travaillais pour être riche de ces nuages, – je fuyais le Soi, – je disais très peu ! j’étais sérieux avant toute chose à plein temps. j’en avais marre de tout, de notre séparation, de toi

comme à lui-même :

– tu t’appelles comment ?

– je ne suis personne.

– tu vas bien ?

– je crois, bien.

– je te souhaite un joyeux anniversaire.

– je te souhaite un joyeux anniversaire.

– je te souhaite une douce nuit.

– merci.

je me questionnais sur la parole consignée ou retranscrite, au souffle figé ou d’antique, plus encore dans la durée. lorsque j’en étais à les fantasmer et à les vivre

XI

gardien du chemin de mon cœur

matérialisé par l’écriture

lorsque les dieux en mouvements transigeaient avec humour

je ne valais pas ma vie pour un clou

j’avais tous les âges

le printemps menait ma mythologie personnelle

comme ce jour de septembre au baille renouvelable, infini

– une désillusion.

– est-ce que c’était la fatigue morale ou le repos du poète ?

je tenais après tout à mes scalènes !

j’étais recouvert d’un éclat par la grisé en n’éprouvant chaque respiration

j’aspirais à l’immensité sidérale

je délirais à non plus finir d’âme, d’esprit et de corps autour du temps

je m’éprenais de tout

je désapprenais tout

X

la guitare s’introduisait d’un rythme continu, strident

suivait les coups

venait la batterie

je replongeais dans le silence d’un bond

l’harmonie se révélait

je vibrais à travers le son

ma poitrine était en feux

mon âme s’ouvrait à cet instant

comme une fleur au printemps après le dégèle

ou trop tard dans la saison

je me noyais sans envie dans le bois lumineux

pour en finir avec la voix qui déchirait le ciel, joliment

je volais cet univers métallique et les dissonances

un froid de tombeau qui glaçait les masques

j’avais froid

je faisais un rêve cette nuit là d’un être qui marchait sur l’eau, multiple

je lui empruntais sa couronne comme il ne se laissait pas attendrir, quoique un peu soulagé

ô voie de l’enfance puisses-tu te dilater, flamboyer

l’un des mystères de Pilate, – pourquoi lui ?

pourquoi pas moi !

IX

deux gouttes, trois gouttes, quatre gouttes, etc. le temps d’une pièce qui s’égouttait : Molière.

zut : je croyais voir une nouvelle lune, – je devinais les étoiles en plein jour, – je déraillais de mon alphabet ! ils avaient des regards qui tuaient et une parole qui blessait

de bord : ô mon cœur… , ô mon obsession… ! snif : j’attendais que la lumière de la ville s’éternelle, – j’attendais en fumant aussi, – je t’attendais sans commune mesure avec ce jour de septembre !

comme les sirènes qui manquaient à l’appelle :

j’étais cette lune

j’étais cette antilope dans le désert

j’étais l’herbe verte

VIII

d’un cœur qui se balançait entre : la folie créatrice ou le délire amoureux. lorsqu’il y avait urgence. je tâtonnais du palais en ce long jour de septembre, parce qu’il pleuvait

l’ouverture du ciel sur le couchant délivrait un passe droit :

– il était bizarre ce noir.

– il était plus noir que le noir de Soulage.

o

ù

é

t

a

i

t

l’

a

m

o

u

r

j’étais le bon client lorsque nul ne répondait sur tout ou sur rien, qui se beignait d’illusions sans colère ni ressentiment. c’était de mes chevaux vapeurs et la notion diurne sauvage

je lisais le bois, en dormant, me rappelant de ton nom ! l’espace trônait sur le temps qui freinait nos déboires, pris au cœur, me soutenait nos béquilles

VII

j’acquiesçais une gifle de cinéma, chaque fois que je voulais bien faire : Paf ! elle s’était réalisée, imprévisible, lutine. une femme pour le grand écran

ah : je la noyais de mon regard, – je caressais ses plates jambes, – je me laissais chavirer dans ses eaux ! je me rendais compte de la chance qui me fuyait et de nos intentions qui n’étaient pas très orthodoxe :

– je te mange tout entier.

– je te dévore tout entière.

elle me disait sans malice qu’elle m’aimait bien, que j’étais son ourson. l’instant d’après, elle attirait mon attention sur un soleil sur les dalles, avec son drôle de chapeau

elle lisait Eluard, Poèmes du dernier amour

j’écoutais Liszt

V

j’entrevoyais un peu de lumière entre les notes de Liszt qui me consolait, me console !

cela faisait remonter le souvenir de ma famille

de mes amis

et de la Parole

célébrés

j’allais vers quoi on ne pouvait lutter

sans souffrance aucune, un spleen

la raison de moi-même et de ma Ténèbre

rien que pour étancher ma soif de celle que j’aimais

sauvagement

j’ouvrais ta porte d’une seule étreinte

– celui qui aime aime en Dieu.

je chantais aussi nos clairs nuits

prélude d’un jour de septembre où nos mots en or s’étaient envolés

IV

on luttait contre le feu qui engloutissait la ville

la boue s’écrasait sur nos semelles

tout n’était autour que désolation et vieilles tôles

sous un ciel infernal

on cheminait comme une perle nacrée qui bousculait le mollusque

on ne s’en sortait pas depuis, par toutes les voies

on se levait pour voir le jour et l’étau se resserrait

notre environnement brulait et demeurait sans secours

on déambulait dans notre géant dortoir

et le restera longtemps… !

dans les prières sur nos dépouilles qui n’étaient plus à purifier

dans l’horreur

dans la confusion

on cherchait la mécanique de la solidarité, l’élan

en cette journée qui ressemblait à la fin des temps

III

un jour de septembre où les nuages m’accrochaient

il y avait presque tout dans ces nuages : tes mains, ton nez, ton dos.

je devinais l’ovale de l’horizon

je scrutais le paysage

j’étais bien sous les pigeons bleus !

la terre de ma peau était à louer ou à vendre

comme la découverte du jardin botanique, une première

le jardin zen et le gazon vert de la ville, les poissons du japon, les bulles, etc.

un je ne sais quoi qui me titillait

qui enchantait mon cœur

on est bien parmi les gens, mon frère. disait-il avec un sourire. puis, il se tempérait

je piochais les phrases des flâneurs

je laissais agir ma transformation

je parlais de poésie

j’observais mon inattention !

je ne prenais rien à cœur, tout comme toi

je m’éloignais de plus en plus du tissu commun

nul ne pouvait me rétablir

le bonheur de chanter était de survivre à soi-même

vaste continent de mes foulées

je n’étais que ton chantre âpreté aux louanges de ta plaie

cela est vrai que tu étais superbe et que tu me snobais

je te faisais du mal de nous

tu me le renvoyais, inhumaine

tu n’étais qu’une vulgaire ombre

II

connaitre et apprendre était ma seule volonté

comme un poète charbonneux, en somme

je ne souhaitais qu’être bon

je ne souhaitais sentir que le vrai

je ne souhaitais qu’admirer mes semblables !

je me rêvais des délicatesses

comme m’en sortir de la rue ou faire un carnage !

après cet ombrage, je passais comme une lettre à la poste

mes yeux questionnaient mon cœur

le gras du ciel

je ne rencontrais que l’inouïe

et les nuages

une traversée qui ne disait rien

rien de drôle ou de rose

comme un train qui rentrait en gare

je m’attardais sur les ombrelles

les couleurs

qui se distillaient dans mon oasis de merveille

je tombais du haut de mes chevaux qui me suspendaient

en rien les esquimaux menaçaient

je voyageais de pôle en pôle sans bouger de mon lit, un tourbillon

comme une poésie qui révélait un possible chaos

une démolition autoprogrammée

si je ne m’y employais pas, comme pour la foi

je dépérirais

I

j’enfilais une veste qui me tenait chaud

le feu brûlait ma poitrine

me blottir tout contre était ma consolation

c’était du cœur

un jour de septembre après l’acte qui s’était joué à huit clos

je ne saurais être un pianiste

mais peut-être oiseleur !

j’extrayais de l’album hors du temps

une image entachée de remords, aussi

je livrais d’un vif regret mon malléable âme, une odeur

la vie chantait, – comment allait-elle bon train ?

plus que de raison, le tronc de ma peau

vieille ronce de la cendre des cités qui s’accumulait

ton tout en dépôt, m’était-il ami ?

comme ton départ qui laissait un vide

je sentais la fauche

comme le sucre de l’arc-en-ciel à saint-michel

parmi quelques ressemblances qui me faisaient sombrer

j’arpentais les ruelles fraiches et électriques

le rouge de l’étude

je me demandais quand et pourquoi philosopher ?

– lorsque le tragique du squelette à en devenir.

je voulais être du cours de la vie

de la lune

et de mes électriques effluves, un rêve

Dur de s’y mettre autant que de s’arrêter

du soir… , comme de la nuit

toute opaque, toute opaque, toute opaque, etc.

une transversale, géométrie de l’objet

que soufflent les vents !

que lave la pluie les souillures !

c’était presque religieux ce moment du petit bout de chocolat plein de saletés que l’on mangeait, – puisqu’on aurait tout essayé, même la perte !

il y aura toujours un orient à l’orient, une vérité à la vérité… mes yeux se tournent vers l’ouest, du moins pour la veillée du ramadan

reconnaitre le poète qu’il fut, c’est comme avouer son ascendance

dur de s’y mettre autant que de s’arrêter !

pour nos glorieux martyrs, on devrait appeler chaque maison de leurs noms ! on pousserait l’utopie encore plus loin

tchat – tchat, tchat – tchat – tchat – tchat – tchat,

tchat, etc.

je quitte mon rêve :

J’étais au fond…

j’étais au fond ton amant qui se dépréciait, qui affichait ses lutineries. un coffret enfermant une salubre mort, – comme était salivante la Marseillaise, salivante était ta mémoire. du sang…

je heurtais le lointain de ton pays jamais arpenté, un rivage tracté par tant de tes visions, un passionné de remords enfilés comme une cagoule. il me restait ta présence…

derrière les rideaux épais, tu criais mon nom et le ciel rougissait, mon amour, ma louve ! je croyais que le soleil m’oublierait, me laissant à mes anciennes abstractions. saoule, mon âme se desséchait…

j’écrivais encore, encore sur mes plaquettes de beurre, boulinant ! j’avançais par petites touches, un exilé voyageait. c’était le parfum des cageots de melons, les bleus parasols, les corps s’offrants…

le visage paisible, mon cousin dort sur le lit à côté, est-ce son rêve que je devine ? à quoi bon le réveiller pour se raconter ! un moment d’extrême doute, de fer…     

Fractures

complainte entendue

plantes brûlées et drôles de chapeaux

vaste fémur comme les jours abimés

grandes générosités dans la sensible tête d’un adolescent

révolution des fleurs et des pierres

chose muette avec ses frères… , pas bien pas bien !

colombes qui effleurent la fenêtre d’un paisible lointain

nous faut-il faire face, à tout à rien à l’aurore alitée ?

comme un radeau vermoulu, etc.

longs soirs et généreux, comme les phyllades

je quitte le miel et les abeilles de mon pays

pour la rive des estropiés

Béat comme…

béat comme une incantation à Bacchus, qui exhorte l’univers d’un Guéridon, – n’est-elle pas belle, un chaos ? elle présage les sèves qui valent autant qu’un fifre, s’approchant de la gaieté des trèfles…

les atours qui envoûtent, bariolés, ne sont que les signes enjoliveurs, les bois d’un bec, comme ceux des virevoltants. sans racine, ses ongles griffent ma chair de fauve, inondent mes balbutiements…

je fugue parmi ses cavités, fébrile, mon arc est jalonné. les liqueurs du sconse sont vapeurs et benjoins, ils emportèrent mon repos. je tends vers son cou, embrasant, sa jugulaire bat fort…

je la soulève comme tambour, trempette et timbale ! une ordalie, lorsque ce n’est que loi. rivale de la lune, ses morsures m’aiguillent, me maillent, etc. balafres de ses lueurs, le versant de son esquisse…

je fixe ses amendes, guirlandes de coton, etc. les arabesques de nos caresses s’allongent… , éclairs ! effrayé, l’ascension de son corps me semble double, si incertain comme au crépuscule… 

Repêchages

je tenais mon lot de baptêmes du feu, comme tomber plusieurs fois du même arbre. je ne me justifierai en rien au pré de mes interlocuteurs, après ceci :

je passais un pacte pour être méchant et le roi des songes, rien que pour regagner la vie d’ici-bas, regagner la vie une seconde fois à côté de mes semblables   

à propos de mon écriture :                          passion                initiation              exil

à moi seul, je suis une équipe :

concepteur

réalisateur   

producteur 

je vis en poète.

lorsque je découvre un mot 

je reste émerveillé avec les yeux qui brillent

je le fais entendre 

je le fais savoir 

( je ne veux que continuer… ).

Flocons d’hiver

à Ibtissem.

je reste un amoureux de ceux qui s’aiment :

nous reversions du vin là tout contre nos cœurs

nous miroitions devant nos soudainetés

vous étiez une femme aux yeux de chouette, femme de la longitude, femme de la méditerranée… je vous pleure car me trahie l’aurore ! une descendante inétablie et j’oublie…

carrousels  

bouffon

badour 

nous faisions le tour de nos désespoirs de nos royaumes 

les coudées franches comme un rajout

votre écho retentit à l’intérieur de moi comme un puits 

et n’en est que plus cruel

nous en voulions aux autres de leur indifférence  

nous étions deux flocons d’hiver, deux maux roses

Peu importe si je te vois comme mon amoureux

à Zoubida.

il avait de l’honneur et quelque chose de l’empêché, avec un sombre cœur. il voyait la soif des routes marchandes et les vents sonores jointement, ses yeux inoubliables cherchaient le renouveau d’Alger…

il rêvait d’une union de la parole, et ses factions n’étaient que les hautes échelles à gravir. il se présentait quelquefois comme tailleur de pierre, en s’attelant au granite des consciences…

il plaisait aux femmes selon les dires de ses proches qui en témoignent, surtout son petit côté voyou. il était coiffé d’une casquette bleue recouvrant ses cheveux noirs mêlés de gris…

il aimait la compagnie des bateaux amarrés paisiblement, sur les quais ou à la Pérouse sous un ciel voilé. il remontait les lendemains en jouant avec l’aube entre ses bras…

la bouteille d’Ali La Pointe ne le noyait pas, porté comme un bouchon sur les peines des amours perdus. debout, il contemplait la baie avant l’orage comme un berger…

Et puis, le dernier

je revois sur le net des vidéos idiotes d’amis qui se font leurs blagues, parmi tant d’autres ! tout me revient comme une farce. je n’envisage que l’inimaginable, déjà entrevue…

je n’arrive plus à fermer mes yeux sans qu’ils me visitent, tous. comment déterrer d’autres joyaux pour m’en sortir quitte, libre de voyager sans croiser personne, libre de rentrer…

j’intercale vos particularités avec nos adieux, plus précisément de ma vie seconde. il reste le sol sous mes pas, comme il y a nos traces ! tant d’aimés ont disparus…

j’approche à peine puisqu’ils sont désireux de me fréquenter, rien que pour me précipiter aussi tôt dans un tombeau. les adeptes de la gagne, soi-disant frères d’autrefois…

ô vieux malards, n’entendez-vous pas l’hallali ! la même langue qui nous divise, celle qui vient fendra vos oreilles ! à qui vais-je en vouloir ? sinon à Dieu…

D’un soir l’autre soir

mes prières mêlées

aux lointains de la harpe arabe

nul ne peut me délivrer

sans promesse de salut

à l’effarement

aux troubles est jetée ma vie

grandir comme les autres

passer les paliers

échos et vents retentissent

un esprit qui m’éventre

vous vous figez devant le vide

vous y demeurez in-extirpé

remercier remercier remercier remercier remercier remercier remercier remercier remercier remercier remercier remercier remercier remercier remercier remercier remercier remercier remercier remercier remercier remercier remercier remercier remercier remercier remercier remercier remercier remercier remercier remercier remercier remercier remercier remercier remercier

je reste devant la baie vitrée, ma tête posée sur la grande paume

je pense à vous

au pays, sans chercher

il y a quelques nuages gris au goût du passé, et des arbres, sombres comme une allumette. nommons-les la vue, ou peut-être !

je ne sais que faire de cet ordinaire éméché, de toutes mes fêlures, me souvenant de la poussière qui recouvre mes ruines

crache de la fumée, une ombre bleue

aiguisé selon la nuit, le sol

est-ce un mirage qui danse, un rêve incombé ?

abjurer abjurer abjurer…

De zéro à onze

: 0

—— –, — – –, —– — –, –

–, —-, ——-, —— —- —- —– !

—- — – — – – – – -, – – -, – – – ,

——————————————————— ?

— — , —–

– – — – – – —, – – – , —

— —, — -, — —

: 1

je n’ai jamais trouvé de liens entre une chenille, les étoiles et nous

qui observons cela, un peu ahuris

j’aime te parler encore un peu de notre présence au monde

du don de la vie, de nos premiers cris…

il aurait fallu que tu me quittes pour accepter mon étrangeté

mes hors limites, etc. un pardon se niche là

tu es l’autre continent, tu es le verre de lait

: 2

accroche toi, rajuste tes ailes, cible le jour, endure

tes nuits, etc. les pôles s’entrecroisent

une histoire au flanc des dunes, un désert, joue avec les vents

réinvente des tempêtes, etc. on aurait dit un climat tropical

vol au-dessus des lignes, ne trébuche pas, une paire de basket

blanche, une paire sans lacets imbibée de sang

un départ, une pause, un revers

: 3

je rêve de lunes d’argent et de sahara plus brûlants que le métal, parfois

un clairon s’entend, parfois les bois ! c’est d’une faille que j’arrive

je sors de la tourmente, ignoré par la mort, comme passer

par la faim. les plus illustres sont passés en versant leur sang noir

trois cartes, j’espère une quinte d’os sur les braises

en amont de mon amour, au creux de ma main

une rature, une frondaison, un délit

: 4

les bancs publics définissent ton rang social, parlent de tes états

d’âme, etc. les clodos même ne s’y assoient plus

ton corps s’est tellement reposé sur leurs sièges que cela te rend

inquiétant, plus que la course à l’hécatombe

tu ne sais d’où te vient le besoin de les fréquenter, de laisser couler

absent de toi même à l’écoute du vent et les arbres

un banc, une conversation, une fenêtre

: 5

je range mes photos comme de l’artilleries, une chape des

choses véhiculés. je me les figure jaunies, une colle

mes proches s’efforcent à m’éloigner de la poésie, comme au

début de mes tentatives. ils me tiennent dans l’ignorance

les justifier peut m’apparenter à un leurre, si c’est pour me

préserver. parce qu’au fond, cela produit l’inverse

un visage, une absence, un podium

: 6

dur de passer à travers Nedjma, un roman écrit à deux

mains, cela me calme comme un glaçon

il faut reconsidérer cet ovni et les contributions des ses auteurs

que l’on reparle encore et toujours ! les postérités sont une chimère

Kateb Y. prenait des notes sur des cahiers avant sa

disparition. je souhaite jeter un coup d’œil et réécrire avec le barde

un lecteur, un manque, un appel

: 7

je trébuche à chaque palier de mes errances, interdis au toucher

de ma mémoire. oh, quel malaise !

je transpose mon cœur sur la réalité, rien ne me permet

d’explorer mes horizons, une réserve

je revois l’adolescent au visage triste et qui sourit

vilain, désireux de s’endormir sur son foyer de la mélancolie

l’amour m’aurait fait grandir, la mort m’aurait fait guérir

: 8

je touchais un peu à mon mektoub au sahara, mes yeux

exprimaient le feu, une voracité sans vie, insoutenable

je bougeais par mes choix les lignes de mes interlocuteurs

cyclique cellule. je terminais troublé

c’était une main très vague, quelques feuilles sur les dunes

comme un éclair. écrire dès lors était un ancrage

une anomalie s’était révélée, une décharge s’était échappée

: 9

selon la représentation que tu fais du fruit de la connaissance, pomme ou

poire, etc. à un détail près, cela parle de ton courant poétique

les fruits à part les manger, les sexualiser, les laisser pourrir sur un

plateau, etc. on peut les peindre et rentrer dedans, bien dedans

être le fruit au goût de miel pour l’amant, l’amante

le vent du nord, le mistral, une planche

: 10

je commence à me sentir en phase avec mes propositions

comme la poigne d’un fleuret, qu’il me faut déjà creuser davantage

je transcris une poésie qui me travaille, – pourquoi donc est-ce

ainsi ? revivre peut-être une seconde fois, une gratitude

les nœuds, flottements, sont communément les plus authentiques

à transmettre. je verse d’une incrédible douceur

un capharnaüm, un catafalque, une rançon

: 11

je voyais parfois des formes avant de m’endormir, peu bruyantes et

imperméables au temps, mais surtout éveillées

je ne les rattachais à aucune vérité, elles tombaient, impactantes

immédiates. elles avaient une tonalité dramatique, leurs propres couleurs

je les considérais selon mon état d’esprit, l’intensité du moment qui

me prédisposait à les recevoir. elles cousaient dans les parages

une nuit, une attention, un au revoir

Esprits, corps et âmes

1/3

j’allume, j’étreins… c’est toujours moi ! la lampe du bureau fatigue mes yeux, une veille artificielle précédé d’un jour comme un ciel d’été, quinteux

je repense à mes amis qui ne m’ont pas appris à panser mes maux, à faire mon deuil, où sont ceux que j’aimais ? je les tuerai pour m’avoir laissé loin de leur aura

— un tel, dommage… il avait un énorme potentiel ! dommage ! il me devait des sous, et puis sans être trop regardant, je tournais la tête vers l’horizon de mon cœur.

je renonçais à tous les univers qui s’offraient, s’annulaient, etc. je n’avais peut-être pas assez de hauteur, ni de mérite. je comprenais vite

je cherchais dans mon enfance un baume, sans m’attarder sur la primeur de ses affects, comme un malheureux malentendu, une supercherie, annonçant l’avènement d’une chaotique histoire

— je rentrais perdu dans la céleste cité avec mes parchemins, mon baluchon et mes loques. toutes mes lectures et mes poux m’y diriger.

je sais ton cœur en n’espérant plus de tes nouvelles, cet instant d’où ma langue bascule. je te promets qu’une pluvieuse après-midi peut me rapprocher de ce qui fut

je veux que tu m’entoures dans mon long voyage, par tes prières rompues… ! que tu m’emplisses des saveurs de la rosée, pour revenir vers chez toi, vers la clarté

— je glissais de mes mots sur le lit qui me fragilisait, que je dépassais, après une assiette de fromage et de saumon fumé ! une malédiction.

2/3

quand pour les âmes ici-bas est de finir

une langue qui s’exporte, je rage comme la peste

en me cachant pour ne pas voir l’horreur

encore moins qu’un prince, cacher mon chagrin

te reconnaître bien là, à la renverse

et le mal qui se joue de toi

3/3

je lisais les poésies de Joyce, ma tête s’engouffrait dans l’oreiller. le lit me semblait profond. il se trouvait tout de même une fin à ma descente, une chute ! les mots sur lesquels je rebondissais.

je me redressais en nage, comme sorti d’un songe inhospitalier. j’étais pris par une froide fièvre et la nuit, une chorale chantait en moi. je me soulageais cependant qu’il n’y avait pas de pot.

je me disais si j’écris d’une égale beauté, un vers, une phrase par jour, je serai dans le sillage de la plénitude. il faisait dehors un plat brouillard qui fait asseoir une méfiance pour les individus que l’on croise.

À minuit le mur s’est effondré

À Abdelkrim.

une voix me halait lorsque je priais, indiscernable, chaude et lointaine : reviens mon fils, reviens ! je me fourvoyais avant de me ressaisir, puisqu’Il n’a pas de fils :

la nuit est à l’orage de sable

et sommeille sur ses défaites et ses morts

sur pieds et livré sans nœuds

une existence cartonnée

vendredi, sinon quoi dire ?

les jours sont promus au suicide et la fuite

les poings ne tiennent plus tête ni parole

demeure le devoir

si frêle est la traversée des heures d’un deuil

qui donne, une soif !

marcher sans y croire parmi les ombres

le nez haut et insoumis

les adieux au ciel de l’enfance

les retrouvailles seront immaculées, mon oncle

vous réclamiez le pardon à la voix des poètes

ils hurlent : coupable !

cela est sans entrailles et glissent

devrons-nous suivre ?

votre âme survole les rues et les nues

votre mémoire retrouve ses éclairs

les coups sournois

un dédain à la dernière cigarette, sans s’y voir

hors de portée

leurs mains sentent le camphre, le musc et la rose, vidées

rêvant d’une erre, pourquoi, l’ange… ?

ils prennent des trains comme si c’était le dernier

trois feuilles au réceptionniste, rien qu’un stylo et une main

il préparait sa nuit, une proie

la chambre contient deux lits blancs

je-quitterai-les-lieux-avant-qu’-ils-ne-sentent-mon-odeur

une mort lorsqu’il faut tuer

l’invariable calcul des rails

( Dieu qu’elles sont propres les consciences ! )

les toits en guise de murailles, un nid

une synergie s’éternise ailleurs

la ville se rouille et rien ne promet, aucune sentence

sans y croire, un peu aussi !

la lumière du nord n’est qu’une considération

une perspective qui échoue  

les éboueurs passent aux seuils des portes

relient la douleur, grincent comme du fer

le souffle atteint ou éteint

une brise d’été parvient jusqu’à la fenêtre

une époque est passée, l’écriture

quand est-ce que est le temps ?

le monde mérite la ruse dans le sacré, peut-être !

sinon en dehors nul n’en a besoin

vous devriez soulager votre cœur, lâchez vos liens

le cirque prendra fin, ou jamais

Sensations

l’atmosphère de moisie qui nous magnifiait, le bleu-noir du ciel, les étoiles, ta peau, je m’en souviens :

comme de ta voiture rouge métallique, une zx de 1991. toi, tu te tenais juste à côté, tes dessous d’habits baissés…

elles filaient en demi-teinte ces punaises, de vraies bêtes théâtrales, elles mouraient autant les grands soirs de fête, les nôtres…

elles brillaient pour toi seule, cette nuit d’été de l’acte bréviaire, – tu les reconnais ces soirs d’été, où chacun avait son dôme ?

tu l’avais bien comprise cette substantifique moelle… nous rêvions à demi-mot nos nuits désordonnées, les algues et le parfum de la berge siliconée…

tu filais entre mes mains vers les rives baltique, mais je t’attendais ! même si je sentais déjà les prémisses d’une nouvelle déchéance…  

je me baladais avec ton visage urbain, comme un délit ! une valise cabine entre mes jambes et tout prés, ton esprit qui criait à la cavalcade…

c’était juste des météorites

c’était juste une étoile filante

c’était l’histoire d’un poisson combattant

De jour comme de nuit

: 1

toi avec moi // moi avec toi

le jour avec la nuit // la nuit avec le jour

la nuit cédant au jour // le jour cédant à la nuit

moi sur toi // toi sur moi

entre toi et moi // entre moi et toi

le soleil célébrant la lune // la lune célébrant le soleil

un peu de toi // un peu de moi

le jour dans la nuit // la nuit dans le jour

la lune pleurant le soleil // le soleil pleurant la lune

te mentir à toi // me mentir à moi

toi ou moi // moi ou toi

été comme automne // automne comme été

le jour glisse sur la nuit // la nuit glisse sur le jour

toi en moi // moi en toi

toi malgré moi // moi malgré toi

toi sans moi // moi sans toi

là, le jour gît // là, la nuit gît

désirant de toi // désirante de moi

croire en toi // croire en moi

l’eau et le vin // le vin et l’eau

vénus pour mars // mars pour vénus

toi et moi // moi et toi

chienne d’un loup // louve d’un chien

nous

: 2

une fille // un garçon

le monde pour lui // le monde pour elle

un univers avec elle // un univers avec lui

ils s’aiment // ils s’éloignent

il lui manque // elle lui manque

autour d’un diner // au milieu d’un déjeuner

elle l’habille d’un sourire // il l’habille d’une caresse

un rêve de lune // un rêve de soleil

elle le reconnaît // il la reconnaît

un amour de fleurs // un amour de miel

elle naît d’un souvenir // il naît d’une mémoire

l’étoile traverse l’histoire // l’étoile traverse les âges

elle porte le tragique // il porte le tragique

claudia et arman // arman et claudia

elle l’accompagne dans sa traversée // il l’accompagne dans son voyage

pour goûter à la joie // pour respirer le bonheur

un lac sur un ciel // un ciel sur un lac

c’est tellement elle // c’est tellement il

elle tâtonne pour marcher // il tâtonne pour s’asseoir

un regard de lui // un regard d’elle

la tristesse l’oblige // la tristesse le condamne

elle dort à bâbord // il dort à tribord

elle n’a rien d’une poétesse // il n’a rien d’un poète

pourtant

: 3

une sagesse transitoire // une folie ambulatoire

elle pardonne sans un reproche // il pardonne sans un effort

une actrice // un acteur

lorsqu’il la baise // lorsqu’elle le baise

elle joue des interdits // il joue des anathèmes

les comètes déménagent // les comètes euphorisent

toi pour moi // moi pour toi

à l’orée du jour // à l’orée de la nuit

elle le cultive // il la labour

leur terre est plate // leur terre est ronde

les lunes se compilent // les soleils se faufilent

une allée émotionnelle // un chemin sensoriel

elle s’invite dans son assiette // il s’invite dans son assiette

toi en deçà de moi // moi en deçà de toi

son aura est rouge // son aura est mauve

magma et cristal // cristal et magma

elle ironise la vie // il ironise la mort

les anges neutralisent // les démons désunissent

l’exception d’un amandier // la singularité d’un olivier

une éclipse solaire s’attarde // une éclipse lunaire s’accroche

elle lui fredonne ses nuits // il lui murmure ses jours

la terre se dérobe // le ciel se dissipe

elle n’a plus confiance // il n’a plus foi

vice-versa

Débutant tardif

: 1

durant l’un de mes voyages // durant l’un de mes romans

j’ai appris

il n’y a pas que la bourse dans la vie

il n’y a pas que les bons ou les mauvais, le bien et le mal

il reste mes joies // il reste mes peines

j’aligne ces lignes à l’encre de mon sang

comme de tout temps

le dit de ce chant est un adieu

croire en la contemplation // croire en la perdition   

je me ballade dans les rues d’une irréelle ville

leurs âmes m’habitent // j’habite mon cœur

les soirs : triste et seul 

: 2

l’esseulé // le Tahen

désespérément  

le bureau des réclamations est sourd // le bureau des lamentations est aveugle  

ils sont nombreux ceux qui prennent la mauvaise tangente

tu te meurs chaque soir // tu te relèves chaque matin

tu sais qu’il n’y a plus d’espoir

tu t’endors à aube // tu te réveilles au crépuscule

tu sais qu’il y a une lueur

tu tournes à gauche // tu tournes à droite

tu plonges ton regard en toi-même

tu envisages le centre // tu envisages l’extrême

tu te dégages pour être multiple  

: 3

rien qu’une sortie // rien qu’une rentrée  

la voix se trouble dans les foires aux manèges

elle exhume de l’ombre // elle exhume du tabac ( sans mousqueton ! )

je transpire de la gêne // je transpire du poème

le Cœur Intemporel bat fort dans ma bouche

qu’il ne peut s’exprimer convenablement // qu’il ne peut vivre ordinairement

c’est l’automne avec ses dernières attentes  

qu’est-ce qu’on serait sans deux tasses de café !

en rêvant au près d’un ruisseau // en chantant au près d’une fontaine

comme les oiseaux

je respire encore grâce à l’art // je respire encore grâce à l’oubli

bon que dans le malheur

: 4

quelqu’un qui te serre // quelqu’un qui te soulève

tu es en difficulté

inadapté à la vie en société

tu es né pour tout voir // tu es né pour tout entendre

elle te fuit une fois proche de m’amour

que rien ne change // que rien ne stagne

tu touches parfois

de mémoire son corps // de mémoire son âme

tu prends une feuille // tu vois un bureau

tu vois un stylo // tu prends une lampe

si seulement tu avais une assise …

: 5

j’écris : Je bois // j’écris : Je perds

comme l’eau rouge qui coule dans les estaminets

j’écris: Je suis l’aimé à l’infini // j’écris: Je suis perdu à jamais

j’écris les lettres dans le vide des mots

j’écris : Je blasphème // j’écris : Je mens

sur son amour // sur son déshonneur

est-elle seulement présente derrière ses filtres ?

douceur !

à quels moments nos actes prennent leurs sens ?

non-être // super-être

nous en tirons des satisfactions

j’ai gagné la poésie // j’ai gagné l’être

: 6

tu es fatigué de vivre // tu es fatigué de mourir

à l’air libre par Sa faute // à l’air libre pour les autres

tu claques les portes du grand hôpital

l’horreur des enfers remonte à terre

tu es rarement du côté de la vie // tu es rarement du côté du ressentiment

à la nuit tombée

tant qu’il y a à faire ta présence est de ce rafiot

tout en étant libre // tout en étant libre

les crins ondoyants // les plumes soyeuses

tu incarnes les noces de l’enfer et du ciel

peut-être fou // peut-être poète

par ton délire amoureux // par ta folie créatrice

: 7

j’ai fait l’amour à des pierres // j’ai fait l’amour à une fleur

à qui viendrait l’idée de s’envoler ?

comme les promesses d’orage de l’été dernier

qu’est-ce que je dis // qu’est-ce que je déterre 

raconter les fées // conter les ogres

les sorciers ont plus d’un tour dans leur sac

si je veux m’imploser // si je veux me disperser

mauvais que dans le travail

pour fondre vos oreilles endormis // pour briser vos cœurs en éclats

je perce vos profondes angoisses // je creuse vos peureuses argiles

il adviendra des rires fleuris // il adviendra des rêves fleuris

j’écris

quand les mots se dérobent du mot

quand le port de la mémoire

quand le sucre de l’œil

quand tout revient au même

quand la fièvre de l’amour

quand la respiration fait halte

j’écris le murmure du cœur // j’écris l’analphabète du trait

Adolescence

j’habite un quartier résidentiel

une construction de la France Coloniale

le genre Varsovie en noir et blanc

il y a eu encore des émeutes cette nuit

la ville se soulève comme en région

bouillonnante de revendications

les c. r. s. n’ont pas ce petit quelque chose qui fait ordre et rétabli la tranquillité

les manifestants ne prétendent aucunement à gouverner leur pays

c’est assez comique comme événement

j’ai reçu la consigne de ne plus sortir de l’appartement

je sens comme une odeur de chair brûlée

une odeur qui s’infiltre par les ouvertures de la climatisation

L’oxygéné

: 1

une chose

un être à la dérive

d’une mémoire surannée

parachevé par ses aînés

à peine né de ses rêves

ce n’est pas une lourde médecine

ni une conscience d’intermarché

dans une cadence confuse et folle

ses monts étaient positifs

 : 2

quel piètre poète

est-il empêtré ?

sourd aux vents sourd à la vie !

ses fuites et j’oublie

il a énormément perdu

il voit le revers d’une vie bruyante

de leur noirceur son caractère s’endurcie

il n’a pas renoncé

il a refusé de vivre

 : 3

seul

désolé de tout

désolé de la vie

de la vie qui ne va plus

des étoiles qui ne brillent plus

il laisse dire et faire

il n’y a pourtant aucune frontière

relégué dans un sous-sol

il voit du plomb tacheté de lumière

: 4

un clown blanc

comme un vieux reste d’aura

une espèce d’égout dans la gorge

sans caprice et délusoire

il s’accroche à rien et à des semblants d’une vie

il s’accroche au tout et à l’ennui souhaité

son cœur est un sentier

toute son histoire tient sur ces fils

le mieux est qu’il ne sait pas mourir

: 5

il est conté

suspect à réduire au silence

il n’est toujours pas

versant d’un cœur détruit

tout s’effrite et fuit

l’asphalte appelle à l’œuvre les palmiers transportés

sa tête en dehors des sombres couloirs

il va où vont les poètes

la demeure des oubliés

: 6

il se lève

ce n’est pas la forme

il jette un coup d’œil dehors

rien n’a changé depuis la veille

rien ne prédéfini ses actes

il croit qu’il est 10h24

il a encore peur de ses mots

qui s’opposent

il n’y a peut-être aucun chemin pour lui

: 7

une sphère hors du monde

lorsqu’il regarde les murs animés

et projette sa colère

il faudrait un cœur qui irradie sa mémoire

le sol moite s’ouvre devant lui

il devine le noir des ombres

l’enfant en lui s’éloigne

l’enfant en lui veut mourir

: 8

ses mots comme une cantate

un vaisseau fantôme qui vogue

très mécanique et très versatile !

il est le royaume aux portes fermées

sa trentaine se précise

il suffoquait dans les années quatre-vingt-dix

l’avenir est l’espace des étrangers

ô espèce de vieux chaman !

il rit avant de finir

: 9

sa sueur est un nectar

il est le bâtisseur des montagnes

il porte ses mains sur un nouveau visage

d’une lenteur…

il a le sommeil léger des condamnés

il a tout démenti

il ne répond désormais de rien

comme les pas à pas d’une corolle

une fleur qui perd son âme

: 10

il n’a souffrance aucune

les tombeaux se figent

la part de lumière dans la Ténèbre

l’engloutissement de leurs lumières

tout équivaut à Dieu

il prie les anges et les prophètes

il se souvient de la crête

il revoit le commencement des jours

la fin du poème

: 11

il vit une lutte

il ne connait que le travail

et rien n’est bâti

combien de temps avant l’achèvement ?

il n’est jamais en paix

ses mouvements sont irascibles

conscient du peu qui lui reste

il va prendre ses distances

du repos

: 12

du fer antique

réduit compact martelé

comme la taule d’une âme froissée

tout au long du noir sillage

son sombre esprit le quitte

il le devine dès les matins bleus

aux lenteurs et aux gestes approximatifs

vous vous enlisez dans les confections intérieures

voyez qu’il se trouve autour une présence

Porte Dauphine

enlevez vos chaussures

allongez vous

fermez vos yeux aux alentours

rentrez dans le noir du charbon

écoutez votre musique intérieure

respirez calmement et avec délectation

vous êtes sur une herbe artificielle qui pique

bougez surtout pas sous l’ombre du sycomore

comme un meuble caché aux regards distraits

un vieux tableau accroché au mur il y a longtemps

vous vous souvenez du bleu du ciel : l’épidémique !

élucidez le mystère de votre plus grande peur

restez au-delà de la fermeture du parc

Orages

À Isylle. Et à Rémy.

ceux qui vous souhaitent une belle vie,

sachez qu’ils vous ont écarté de la leur.

mes lèvres noirs soufflent sur le soleil couchant l’origami enfantine

la traversante pluie cogne le vert émoussé des vitres de nos voisins lentement

un Je qui n’est pas le je que je connais dans mes délires et mes vagues élucubrations

j’ai réinventé ma vie jaunie en pleine conversation comme Forest en Alabama for ever

redécouvrir la ville que j’ai quitté et je jure de la parcourir habillé d’une âme de pèlerin

j’irai au secret et aux noirs tourments de mon cœur comme être là et ailleurs

je mourrai pauvre et abandonné de tous entre autres balivernes que tout le monde semble l’ignorer

Périgueux. Été 2014.

Passage

À Sihem.

je suis assis au bord d’une banquette démotique, voisinant des journaux abandonnés et humides. seul, je m’écrase sur le grand verre automnal, la peuplade d’Afrique tient le cap sur l’Europe

le ciel est gris, un enduit gras profond qui s’entrouvre :

ils ont des huiles sur le corps pour leur dernière traversée de la saison

portée par le nom des jolies fleurs

de l’aurore jusqu’au vert matin

comme une étincelle sous les yeux

le marathon sacré d’une autre

tu m’apprenais par cœur le mystère des voix de l’homme

et la voie des chemins qui mènent

je revois ta grâce de reine à l’horizontal dans une mare aux grenouilles

un sourire aux lèvres

L’étoile du Sud

Sous un portique d’ardoise viennent rêver des bergers sans troupeaux.  » Un soir comme les autres. Jean Claude Pirotte.

comme un sentier dans le ciel

parsemé de clairs étoiles

le berger suit le sentier

les étoiles tombent

le berger trébuche et tombe

il contemple la dernière étoile du sud

les deux mains sur sa tête

une pure colère gronde dans son cœur

il va d’épuisement jusqu’à son éprouvette

le ciel change et ne l’atteint pas

semblable à ce berger

sortie ébouriffé d’un rêve à peine achevé

sentier des célestes idées

ils nous voilent le paradis pour l’éternité

Jour de vote

toile rajeunie                                                                          salut à nos femmes

du rabougris                                                                           au revoir aux chrysanthèmes

comme tu souhaites                                                              et puis oui

belle silhouette                                                                        verte tige

vestige céleste                                                                        dilem du témoin

                                                                                                    voisins

comme âge

âme d’écolage                                                                        et mesgoule, le mulet !

magie d’éthique                                                                      gris merveille

moderne ethnique                                                                 coupures fines sur une lamelle

yeux mousselines                                                                                   

de noir                                                                                      vieille accroche

coléo                                                                                          couleurs

noix de coco                                                                            rien dans les urnes

Panser les mots

j’ai l’âme d’un rossignol dubitatif qui cherche des perles de diamant pour son bec. je me penche cependant sur les déboires d’un ami esseulé, au lieu de ces épreuves méditatives :

les froufrous de la chandelle sont d’un charme à souhait

vos yeux cernés détruisent la lueur du platane d’orient

elles étaient l’expression vibrée de votre propre solitude qui tombe

comme trois mois de courtisanerie tombent à l’eau

est-ce ainsi que se dérouler tous nos dîners ? sans doute, et puis une autre est venue… elle s’est posée sur mon cœur de toute part !

elles sont bien dans leurs corps // elles sont bien partout ou elles passent

… nous avions des choses d’une simplicité cruciale à nous dire 

le vague à l’âme s’est emparé de nous

laissant des grains de sable dans nos bouches

je prends le volant de sa voiture, seul et désœuvré

( comme seul le désœuvrement nous tient lieu de lecture ! )

je balade mon mégot éteint entre mes doigts, en soupesant le bruit du moteur de la voiture sur l’asphalte, et le tonnerre …

peut-être que ce soir elle me rendra visite !

Léon

À Célia.

nous rêvons d’un être plus intègre qu’une danseuse, soupçons… les fichus sont dramatiques ! cette ultime fête s’est ouverte sur les danseuses étoiles en coulisse :

le bleu du soir est opaque

les guirlandes en papier déchirent le ciel

les vitrines exposent la grande armée

les traits obscurs des marins

scintille discrètement parmi les ruines et les torches

le reine au vieux turban, une magnificence

le règne est diaphane sous l’égide des hommes, son ombre est rouge !

comme un corbeau blanc et la transparence

un parcourt des dédales d’une toile d’un peintre antique

la masse insidieuse des lumières sombres

les trois derniers coups de gong

on vilipende dans le quartier Auden

( nous sommes trois ! )

lune linéaire sur les planches courbes et folles

les hérauts nègres sont les funambules à l’œil moite

Cette manivelle, quel automne !

ceux qui comme moi immortalisent temporairement / en prenant la main des éphémères / où me manque subtilement le parfum des fleurs / désirs, brièveté et intuition à l’honneur :

ma main contre la vitre cordée

un long froid à la décharge me saisi

j’épouse l’ampleur de ma douleur

silence d’aviateur à l’encontre des ondes endurées

trois feuilles de tombés dans l’instant, – sexe fertile, c’est vrai ! que je savoure mollement…

en cette nuit d’hiver aux nuages très bas

j’affiche la teneur du velours caché de l’hymen

( petit rappelle à moi-même : apprendre à maîtriser l’art des fenêtres ! )

Les guêpes

dans ce fier monde et nos greniers poussiéreux

les guêpes trouent les toiles de nos vaines araignées

l’esprit d’un enfant y reste captif

les honorant de fourmis dans un long linceul

l’envie lui prend de hurler fort : CATACOMBES !

de prendre son envol plus qu’ici qu’ailleurs et matérialiser le ciel

se déverser ainsi dans l’estuaire

comme se marier à la saison des couleurs

les mêmes guêpes touchent de leur dard de feu

le tendre de nos chairs

là sont des pensées d’un docte fou

au milieu des champs d’avoine en flamme

Un petit conte d’hiver

j’écoute avec l’œil du cœur l’espoir luire et ne me quitte jamais.

ils rentrent au port inquiet

une cloche retentit entre les poteaux de fumés

la lune est pleine et s’est éteinte pour un temps

ils sont ivres de sel, de paysages et des vents

la soute d’hiver est pleine de cotons venu de Skikda

ils gardent un mauvais souvenir de cette ville aux péripéties prophétiques

sur le pont du bateau amarré

ils s’affairent et chantent dans une langue étrangère :

A nous, à nous le bel horizon

Nous sommes des baleiniers

Ma Fatou est chez l’aumônier

Ali Alo voilà le harpon !

A nous, à nous Dublin ! 

et cetera.

( le tout dans un je ne sais quoi qui revigore leurs survies ! )

je revois les visages des marins sortis tout droit d’un Goya, les contours des corps rivalisent de promesses inachevées, – des olympiens à la pointe des mauves ! 

je reste stone sur les quais de bois et dans un froid brouillard, espérant qu’un jour je connaîtrais cette paix durable intérieure dans la marche

chaines frêles d’ici et d’ailleurs…

dois-je expier ?

Climats torrides

les démons assèchent les illusions de ma chair malléable :

les manquements à la soif, cent fois répétés… !

seul cette mémoire me tient captif

le vent souffle sur ce qui reste de mon territoire

refuges et désœuvrements

le changement s’est intensifié

dénommée : ruine.

ainsi vont les tourbillons dans l’âge d’un cœur

un sablier où le sable ne tombe pas

elles se lèvent les paroles oubliés au milieu de la brume :

l’ensemble des restants : ô sombre forêt, rendez-nous s’il vous plait sa dépouille, nous nous acquitterons devant les morts et les vivants ! 

il n’y aura pas de cérémonie funéraire

il n’y aura pas de coups de feu

le point de vue du mort :

les guerres intestines font encore des émules !

( un loup gris se penche pour voir… )

Une cascade de pluie

À Ghiles.

au-dessus de la clameur

des noirs sons

je retrouve mon lit de coton

et la littérature

qui berce mes mauvais sommeils

le sable des siècles africains se frotte

aux parois de l’instrument

je repasse sur ma folie

et l’époustouflant chemin

des non-retours

les amoureux du pont de pierre

s’embrassent comme deux

à l’abri des étoiles

une fine pluie mélodieuse

s’entend

une femme élancée

chante un vieux refrain rock’ n’ roll en français

le rythme démentie

est un sous-titre en chinois

à ma perdition

les amoureux du pont de pierre s’enlacent

dans les vents nus du soir

comme sa délicieuse rengaine

que je lui reprends

de ses lèvres imbibées de gloss

les deux mains humides

et à plat posées

sur sa longue épine dorsale

une fine pluie mélodieuse

descend

j’avais loin d’ici les yeux figés

sur une pierre tombale

la boucle est bouclée

comme un sein

et j’aime mes tentatives de résolutions

La scène Tizi-ouzienne déraille

radieux l’abécédaire qui s’est cajolé

de la flûte d’os enchantée

les petits miracles quotidiens

les purs espoirs où se dilatent les rétines

les après-midis d’amours perdus et imaginaires

un rendez-vous clandestin

la tendance qui déferle sur les anniversaires

l’exubérance des soirées du ramadan

les jeux de conquête et les chemins d’aventure

la scène Tizi-ouzienne pulse les cœurs

le plus laid de tous porte un joli parfum

ô les beaux jours !

( ô les belles têtes de choux ! )

– ô les impénitents ! – ô les petits diablotins ! – ô les vieux crapauds !

les chiens errants fêtent les orphelins

les liens qui nous tiennent en halène

où sont passés les carcans de la coutume ancestrale ?

le souvenir vive de la lyre du mémorial Jugurtha

un tigre qui glisse sur les rêves de saphir

les contes courts et les espaces hors des palais

les fronts hauts ornés d’étoiles et s’endorment

le cri des joies lancées à l’univers

peu importe les lendemains réfractaires et moroses

les cieux envieux des frères et des sœurs

envieux de cette mosaïque flamboyante de mille feux

n’ayez crainte, restez restez restez !

la police urbaine guettent les incartades

Les aînés de l’automne

qu’est ce qui fait bon vivre

sous le soleil

froid

et la lenteur des jours

sans pareils

je me promet d’aller

sans faillir

au gré de mes envies

et faire des vents

à jamais mes aînés adorés

je voudrais revenir

comme un mouchoir blanc

aux temps anciens

et humer le parfum des fleurs

du pays incertain

m’en sortir le cœur plein

de petites impôts

et me sentir

vieillir

comme un homme éternel ! comme un long fleuve hindou !

quel autre pays

me noie

à l’aune de cet amour

avec ses habitants millénaires

qui insufflent la démesure

ô que mon beau pays me manque

dépouillons-nous…

et tâchons d’apprécier

la beauté de ce bas monde

comme les cormorans

or, entre les continuelles pluies

et mon apanage de brulures

la plèbe se lavent l’âme

sur les reflets poreux

d’une madrigal !

La mort de Willem

je veux extraire et rendre des essences, ou me taire :

il y a ceux qui se consument comme une chandelle, à moitié conscient de ce qui crève les yeux, d’autres ne sont que les pantins de la folie, et qui tuent…

il y a des jours sans pareil miroir, – dévorez vous les uns les autres ! je suis innocent, mon cœur douloureusement en peine, de la si pauvre âme partie…

il y a que la vie est un coup de couteau, accepté résolument en pleine poitrine, et s’éteint d’une mort seulette, comme un vendeur à la sauvette…

il y a que la tristesse originelle de Kâbîl est sans limite, que l’on doit en finir de trop s’achever soi-même. je n’ai plus de visage pour vous mes amis, tout a la cendre étalée…

il y a sous le bleu du ciel de Tizi-Ouzou, un air toujours bleu… je souhaite seulement être là-bas, de l’autre côté du réel

La robe d’un songe

je m’assois à l’arrière d’un autobus en mouvement, tenant entre mes mains rouges et engourdies, un vieux

livre de poésie

je ne distingue pas encore le nom de l’auteur sur la couverture de couleur mauve

je tante sourdement de formuler quelques mots

il pleut dehors sans vergogne comme pendant les longs mois d’hiver

il pleut dehors sans vergogne sur la camargue !

je pleut pendant des mois… ! ( n’est-elle pas folle cette faute ? )

je referme le recueil et le tient serré contre mon flanc pour descendre à destination

je cherche en vain le panneau exit en lettre de feu au-dessus de l’issue de sortie

j’émerge à moitié de mon songe sans ouvrir mes yeux, le sang de mes veines se mêle à la musique des vers

que je n’ai pas lus

Car, j’ai flirté si longtemps

À Thara.

durant la deuxième classe science

un cour de mathématiques

il faisait encore nuit, je crois !

une odeur d’étable endormie

une sorte d’ambiance préliminaire au savoir

le professeur rentrait comme à son habitude

droit vers son grand bureau d’aplomb

les éclairs dans le regard

crédule

un glock de sous le pantalon

nos cœurs battaient forts

je tirais

la détonation anéantissait tout

le silence sanglant plongeait l’oubli dans mes jours

La table

Dans la sylve elle tombe, sans lieu choisi, mais là elle germe, comme un grain d’épeautre montée en scion, puis en plante sylvestre, les harpies qui se nourrissent de ses feuilles, lui font douleur, et la douleur fenêtre…  » L’enfer, Dante Alighieri.

son assiette fluette

s’adonne

à

la frugalité des sens décuplés

du pain noir dans son parcours

celui qui serre les dents

( le noir est un accident ! )

il rentre son pied dans du marbre italien

son âme flotte dans un palais de blanches saveurs

une outrecuidance opaque

il voit de gentilles spectres

( un homme qui s’alimente en regardant le ciel ne peut pas être tout à fait mauvais ! )

les mouvances vites enfuies

il finit avec une crème, un café

il règle l’onéreuse addition

il sort

Conduire une danse

À la ville de Constantine.

du soleil à gogo qui se verse

il pleut dans le poste radiophonique

les phrases hachés des belles passantes et inconnues

le souvenir d’une aussi belle boursouflure

démarrer en quart de toi

la carriole flotte dans le contre espace de la rumeur

les renoncements successives et la reprise des rires francs

comme ceux qui rétrogradent la vie au point mort

la prochaine halte est le cimetière où reposent les ancêtres

en apesanteur entre le ciel et le caoutchouc des pneumatiques

Tablier

le ciel est court

dormez bonnes gens, la ville veille sur vous

figure d’enfant déluré

bleuté jusqu’aux narines

définitivement parfaite et perdue

vous projetez, vous ne faites que ça

une puissance renouvelée des absents

quel est ce refus de vivre ?

le poète a des représailles médiévales

finir la récréation chevaline

une exaltation des peurs et des états souverains

l’oxygène dans de l’eau noire

un pli transcendantale des âmes

ils se consument comme l’orientation des blés

une clarté de la Ténèbre

les semelles sont aux quatre vents

le prix d’un rêve solitaire

les fonds d’un cœur bateau en solitaire

une maison du silence des nuits

tu es l’enfant des arbres

chères lèvres fondues et désirés, je vous désir…

le négatif d’une étoile qui brûle

battu a plate couture

tout semble de noir halluciné

vous étouffez d’interminables cris

de vos innombrables vies !

Soliloque

il me revient ton image radieuse que je touche, toutes ses aspérités sont mon chemin, combien seul sur une terre étrangère et dans le noir de ce jardin…

tu n’as jamais cessée de m’aimer à chaque grand virage, sur les tours de garde et devant les âges. notre relation aussi bref qu’elle fut été intense, rare et sublime…

je peux encore sentir tes bras autour de mon cou, c’est de tes gestes, tes lèvres accueillantes… je te pleure, mon amour perdu ! je me laisserai descendre dans l’œil du silence, une perle qui coulerai à jamais…

je lis à l’instant la nature de tes imitations, combien il est difficile de construire sur le long terme. toi, tu es étonnamment une femme, dont j’admirais plus que tout la conformation astral…

te souviens-tu des arbres que l’on capturait en photo, les grilles ornées d’or et le parc ? j’y suis aussi fantasque qu’au cœur des nues, une source de calme et de régénération…

Enfance

durant les années de mon enfance

j’arpentais un cimetière laissé à l’abandon

seul et environné par le silence

j’allais cueillir pour des hommes des plantes sauvages d’été

je ne m’approchais jamais de celle qui était sur les tombes

même si je les lorgnais que d’un œil !

je n’oublierais jamais mes amples vêtements

et ma casquette Mickey Mouse qui couronnait ma tête

( selon la perspective économe de mes parents ! )

sous ces cieux idylliques

l’air était pur comme de l’or où rien ne s’étale

j’avais un cœur ornemental qui me semblait beau

c’était le paradis !

l’enfance ne se sait pas, dit-on !

dernière rive d’insouciance avant que mon âme ne s’enténèbre

Yo – Yo

hier, je voulais en finir. aujourd’hui, je veux vivre. demain, demain est une langue étrangère.

*

salut à vous Sainte Marie, s’il vous plait ne pleurez pas. salut à vous Sainte Fatima, s’il vous plait regardez moi. salut à vous Sainte Femme, s’il vous plait aimez moi.

*

on pouvait voir que le ciel est beau. on pouvait voir que nos chairs sont meurtris. on pouvait voir que l’enfer est pour tous.

*

j’ai un vieux souvenir qui remonte parfois. je ne distingue rien d’autre d’aussi vague ni ce qui me retient. comme guide, j’ai l’amour.

*

vous aurez un phénix. un phénix à la place du cœur. un phénix avec les yeux perdus au ras du sol.

*

dans mon jardin, il y a des pissenlits blanches. je les appelle fleur à tête multiple de démon. quoi de plus naturel que de renommer les fleurs.

*

sous les roues de tous les camions, j’ai marché. j’ai couru. j’ai sauté haut et j’ai dormi bien bas.

*

ils se sont échangé leurs vœux de noël. ils se sont échangé leurs vœux sous le sapin illuminé de la ville. ils avaient l’air d’être heureux.

*

sur ton dernier lit de vieillesse. sur ton dernier lit on viendra te rendre un dernier adieu. bien le bonjour à vous, mais est-ce qu’on se connait ?

*

je sors de ma longue rêverie. je me revois rêver encore plus loin d’ici. l’instrument de mes fantômes du bonheur.

*

le vent balaie ce qui reste de la terre. le reste s’est consolidé en surface. pour un temps indéfini.

*

mon arrière cour n’est plus à vendre. mon livre voyage et de moi de tendres baisers. vos fenêtres sont le reflet du ciel, mais restez restez restez !

*

je souris le matin parce que je suis en vie. je travaille le soir parce que je vais mourir. entre ces deux pôles, j’offre mon âme à l’oisiveté.

*

de ce côté-ci de la méditerranée, on aime pas la vérité vraie. la vérité est chère payer. prenez le pour argent comptant, on fustige à gogo.

*

le doute s’immisce sous la couverture. le doute s’immisce comme une belle femme. le doute est saint.

*

dépressurisation rapide dans l’avion. les plans s’envolent en rigolade. on expédie ses prières à l’arrache et on survie.

*

alchimie des mots grotesques. elle est la vague et jamais ne sera vaincue. la voix s’est murée.

*

vous êtes sous les grandes roues des nuages. vous marchez et vous courrez derrière vos rêves. vous sautez haut et vous dormez bien bas.

*

puisque c’est une nuit spéciale. puisque le présent et l’amour sont à l’altitude des tropiques. puisque chaque soir je chante mon bleus à qui veux bien entendre.

*

à l’est, un os. à l’ouest, un os. entre les deux, une grande ballade.

*

je ne dois jamais partir. je ne dois jamais partir. pour aujourd’hui, avec toi.

*

je rêve de contrôle. je parle pour ne rien dire. j’accepte ma vulnérabilité.

*

le dernier délice. le dernier supplice. une machine à laver tourne rond.

*

confortablement, pour mieux s’aimer. sauvagement, pour mieux sentir. doucement, pour mieux dormir.

*

le temps passe comme coule la Garonne. je reste dans la nuit, – ô nuit, donne-moi le jour! je pleure sur ma chance, pourquoi ?

*

à la découverte de ce siècle. le cœur du nouveau-né y est. comme le prolongement de la nuit.

*

ils ont maudit mes mains. ils ont maudit mes mots. il ne me reste plus qu’à me maudire moi-même.

*

plus j’attends d’un livre, plus je diffère sa lecture. un rapport ambigu au livre. j’empile.

*

nous vivons comme on rêve. nous vivons de fausses notes. nous sommes insecourables.

*

même si je pleure. même si je meurs. même si je rêve de toi, mon amour.

*

je pars seul. je repars seul. je mourrai en fiancé.

*

je m’attends dans un avenir incertain. je m’attends dans un endroit indéfini. je m’attends moi-même.

*

fou ou pas, la conscience intermède. amoureux ou pas, le cœur s’ébranle. croyant ou pas, la mort pourchasse.

*

vous cherchez la tâche de sang. vous trouverez mon cadavre. vous êtes des charognards.

*

je ne me permets plus les nuits blanches. je ne me permets plus l’aube. je remercie.

*

je lis lorsque je vois. je lis lorsque j’entends, je lis lorsque je touche. je lis lorsque je sens. je lis lorsque je goûte. mais ce que je préfère est de lire lorsque je lis.

*

que je m’éveille. que je dorme. que j’erre parmi les peupliers.

*

un carré de chocolat, l’optimiste dira on le mange avant. un carré de chocolat, le pessimiste dira on le mange après. toujours pour le même carré de chocolat, le gourmant le divisera en deux pour avant et après.

*

le passé me revient. le futur m’appelle. le présent déjà me fuit. je suis cerné mon capitaine.

*

nul ne prétend à une seconde chance. nul n’a recoure à une seconde danse. nous nous berçons d’illusions.

*

nous n’aimons pas vieillir avec les peoples. nous n’aimons pas vieillir avec les humoristes. nous n’aimons pas vieillir avec les interprètes. sauf, les compositeurs, les plasticiens et les cinéastes.

*

aimez moi à loisir entre le son des cloches. conte moi l’exil des chantres. chantez moi la pluie où rêvait l’oublieuse Céleste. qu’à jamais j’oublie.

*

je suis un cafard qui attend dans le noir. je suis un cafard qui attend la pénombre pour sortir prier. je suis un cafard qui reste seul dans le noir.

Syndrome moderne

co : copyright cowboy à culottes blanche cocorico

po : poteau popo dans le pot polyphonique

la : la, la, la…l’enfance rêvée laminé l’arctique

copo : copponex coppo-next

pola : polarisation pola nue sur une photo en noir et blanc

cola : collation embrassade dans des bulles collaboration

poco : poco allegro poco poco

lapo : la peau lisse l’apothéose de mon oncle la police

laco : la corniche en été l’accordéon en cuir de vache ou d’artistes

Coppola est aussi une réalisatrice